‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 3)Chapitre 90 sur 257 · Notixja d'Operc di disegiio · texte numérisé non relu

Notixja d'Operc di disegiio

2. BiBL. : T. I, p. igo-igi. - B.irclli. Moiiiiiiienti Coiiiaschi. Corne, )88q et suiv.

LA LO.MBARDIE.

3oi

façade particulièrement maussade, la physionomie de cet édifice. Un de ses fils, l'historien Paul Jove (i483-i552), jeta dans la suite un certain lustre sur sa ville natale par sa belle collection de portraits.

A Legnano, les guides ne signalent que l'église San Magno, commencée en i5o4, et un retable de Luini, qui appartient d'ailleurs déjà, d'après la division que nous avons adoptée, à la dernière période de la Renaissance.

A Lodi (t. I, p. 190), la merveilleuse église de 1' « Incoronata »

(1488- i5i3) tient Heu d'autre ornement.

A Pavie (t. I, p. iH8-i()n), toutes les fondations se trouvent reléguées dans l'ombre par les travaux d'embellissement entrepris à la Chartreuse : la décoration de la façade, due à Omodeo, aux Mantegazza, à Benedetto Briosco; les tombeaux des Visconti et des Sforza, dus à G. Pellegrini, à Omodeo, à Cristoforo Solari et à Gian Cristoforo Romano; les fresques ou les retables, dus à Borgognone, à Bartolommeo Montagna, à Macrino d'Alba, au Pérugin, à Andréa Solari. Grâce à la riche dotation laissée par les Msconti et respectée par les envahisseurs, les travaux purent se poursuivre au milieu des troubles qui bouleversèrent la Lombardie.

Dans la ville même de Pavie, le fait le plus considérable est l'apparition de Bramante, qui fournit des

plans pour le dôme, ainsi que pour l'église Canepanova. Le château de Pavie (t. I> p. 184), qui servait de résidence, il serait plus exact de dire de prison, à l'infortuné Jean-Galéas \'isconti, le souverain légitime du Milanais, ne reçut que peu d'embellissements nouveaux, en raison même de la situation eff'acée à laquelle ce prince était condamné.

\'igevano, la résidence favorite de Ludovic le More, puis des Trivulce, compta souvent pour hôte Bramante, qui ajouta une loge à l'antique château

Le Palais municipal de Brescia.

(Fraernenl de la façade.)

des Visconti, et Léonard, qui y composa certainement plusieurs de ses traités. Cette ville servit ensuite d'asile à un très intéressant atelier de tapisseries, dont les productions, les Z)c';/-t' Mois, d'après les cartons de Bramantino Suardi, ornent aujourd'hui encore le palais Trivulce à Milan.

Plus au nord, Abbiate Grasso et Busto Arsizio s'honorent chacun d'une église, chef-d'œuvre de Bramante.

Dans la Suisse italienne, Lugano se recommande par le portail de San Lorenzo, probablement décoré par Tommaso Rodari.

Par l'intensité du mouvement intellectuel, par l'importance et la variété des ouvrages qui y prirent naissance pendant ce tiers de siècle d'une fécondité vertigineuse. Milan n'a de comparaison à accepter qu'avec Rome et \'enise. Vérone, Padoue, Mantoue, Ferrare, Bologne, Naples, Florence même, pâlissent en regard des radieux chefs-d'œuvre dont l'enrichissent deux maîtres illustres entre tous. Bramante et Léonard de Vinci'. Quelle somme de génie que celle dépensée à Santa Maria délie Grazie, à San Satiro et au Castello di Porta Giovia, dans la Cène et dans la statue équestre de F. Sforza, et quelle dette de reconnaissance la postérité n'a-t-elle pas contractée envers le prince, aussi coupable qu'infortuné, qui a rendu possibles de telles merveilles !

Me reprochera-t-on de m'attacher trop exclusivement au point de vue de l'art et de trop sacrifier celui de la morale, je répondrai qu'étant donnés deux princes également ambitieux ou cruels, mettons César Borgia et Ludovic le More, il n'est qu'équitable d'accorder la préférence à celui qui professait du moins le culte des belles choses et de le placen au-dessus de celui dont aucune qualité ne rachetait les défauts ou les crimes.

Ludovic le More, dont j'aurais voulu placer le portrait sur le frontispice du présent volume, entre ceux de Jules II et de Léon X, n'a pas seulement été, en effet, le Mécène intelligent et libéral que l'on connaît : il a vécu en communion d'idées avec les grands hommes dont il avait deviné le génie, et leur a communiqué cette délicatesse, ou plutôt encore cette subtilité, grâce à laquelle l'architecture et la peinture ont atteint au dernier degré de la perfection. Sans la critique minutieuse et pénétrante à laquelle il soumit leurs ouvrages — c'était son défout comme sa qualité, — Bramante, Léonard et tous ceux qui l'approchèrent, le miniaturiste Antonio da Monza aussi bien que l'orfèvre-sculpteur Caradosso, se fussent laissés aller à des créations plus robustes peut-être, mais assurément pas d'une distinction ni d'un fini aussi admirables. Le lecteur voudra bien me croire ici sur parole, en attendant que dans un travail spécial je fournisse la démonstration mathématique de ce que certains peuvent quant à présent considérer comme un paradoxe.

I. BiBL. : T. I, p. 1-5. — Piot, le Cabinet de V Amateur, i862-l863, p. Q et suiv. — La Renaissance au temps de Charles FUI, p. 208-278. — M'"^ James Darmesteter (Mary Robinson) a consacré des pages attachantes aux princesses milanaises dans Tiie End of the Middle Ages, p. 3oo et suiv. Londres, 1889.

iMlLAN.

Quelques points de repère d'abord pour la biographie de cet homme extraordinaire, si astucieux et si pusillanime, si actif et si raffiné. Ludovic était le second fils de François Sforza, né en 1451 (après l'élévation de son père au trône ducal, circonstance dont il se prévalut pour soutenir qu'il avait seul la qualité d'héritier légitime, son frère Galéas-Marie étant né avant que son père devînt duc de Milan). A la mort de son frère, il ourdit intrigues sur intrigues contre la régente, sa belle-sœur Bonne de Savoie. Exilé pendant quelques années, il revint en triomphateur en 1470, fit exécuter Simonetta, le

Ludovic le More remettant un acte de donation au prieur de Sainte-Mane des Grâce (Miniature de la collection du marquis d'Adda à Milan.)

ministre tout-puissant de Boiuie, et à partir de ce moment jusqu'à l'invasion de Louis XII, exerça l'autorité absolue, d'abord comme tuteur de son neveu Jean Galéas, puis comme souverain du duché.

Pour n'avoir plus besoin de revenir sur l'histoire politique du Milanais, rappelons tout de suite que, conquis par Louis XII en 1499, repris par Ludovic le More en i5oo, puis presque immédiatement reconquis par Louis XII, le duché fut occupé par la France, sous l'administration réparatrice du maréchal Charles d'Amboise, seigneur de Chaumont, jusqu'en i5i2. A ce moment, le fils de Ludovic, Maximilien Sforza, s'empara de nouveau de sa capitale, qu'il reperdit, puis regagna l'année suivante. En i5i5, la victoire de Marignan rendit Milan à la France, qui la reperdit en i52i, époque à laquelle les ti-oupes impériales s'en emparèrent pour le compte de François II Sforza, qui régna jusqu'en i535.

Il 3' avait en Ludovic — dont un contemporain, le chroniqueur Corio, a tracé le portrait de main de maître — une agitation perpétuelle, une recherche fébrile du mieux : avec un architecte de la valeur de Bramante, il eût pu se

dispenser de recourir aux lumières des autres. N'importe : pour mener à fin la coupole de la cathédrale, il appela tour à tour ou simultanément les architectes gothiques de Strasbourg, le Siennois Francesco di Giorgio Martini, le Florentin Luca Fancelli, sans parler des architectes indigènes. Grâce à une émulation si soigneusement entretenue, il réalisa les miracles que l'on sait.

Dans sa suggestive étude sur l'orfèvrerie milanaise, Eugène Piot n'a pas exagéré en affirmant que vers l'année 1490, si l'on jette un coup d'œil sur le reste de l'Italie, on ne trouve que l'art florentin capable de faire contrepoids aux élégantes constructions élevées en Lombardie par Bramante. Et encore, ajoutet-il, trouve-t-on dans les œuvres improvisées (c'est à dessein qu'il se sert de ce mot) par cet artiste une grâce particulière, une sorte d'ingénuité adorable, bien rare en architecture, et que l'on ne rencontre pas ailleurs.

Associons au souvenir de Ludovic celui de son épouse, Béatrix d'Esté, la lîlle du duc Hercule de Ferrare et la sœur de la marquise Isabelle de Mantoue. Quoique toute jeune (née en 147.^ mariée en 1401, morte en 1497), elle exerça une grande autorité sur son mari par son énergie et son ambition. La netteté de ses vues ne contribua pas médiocrement à donner de la cohésion à ce qu'il pouvait y avoir de trop flottant dans les décisions de Ludovic. L'Arioste a parlé en historien, plutôt qu'en poète habitué à la flatterie, quand il nous rappelle que, « du vivant de Béatrix, Ludovic, les Sforza et les

Portrait du chroniqueur B. Corio.

(Fac-similé d'une pravure du xvi' siècle.)

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