‹ Histoire de l'art pendant la renaissance (volume 3)Chapitre 91 sur 257 · MILAN · texte numérisé non relu

MILAN

couleuvres des Visconti étaient redoutés depuis les glaces hyperboréennes

LuJuvic 11- .Mort, Béalrix d'Esle et leui> entants aux pieds de la \icri,' Tableau attribué à Zenale. (Musée de Biera à Milan.)

jusqu'au rivage de la mer Rouge, depuis l'Indus jusqu'aux montagnes que baigne la mer; mais, qu'elle morte, Ludovic et le royaume des Insubres furent réduits en servitude, au grand dommage de toute l'Italie; qu'elle dis-

E. .Munlz. — II. Italie. L'Age d'Or. 39

parue, ce qui passait auparavant pour la prudence la plus consommée ne fut plus considéré que comme l'œuvre du hasard. »

On possède moins de détails sur les goûts de la princesse Blanche-Marie, la nièce du More et l'épouse de l'empereur Maximilien (i472-i5i(i) '.

Un gouvernement aussi ombrageux que celui de Ludovic le More ne pouvait manquer de confisquer et d'absorber les forces vives de l'aristocratie milanaise. A peine quelques alliés de la fomille ducale, les Sanseverino par

exemple, ou des fonctionnaires tels que Angelo Fontana, à qui l'on attribue la fondation du palais Castiglione, purent-ils se distinguer de la toule.

Quant au maréchal J.-J. Trivulce (i447-i5i8), il dut attendre la chute des Sforza pour affirmer son goût et sa magnificence.

L'encouragement des arts incomba donc principalement aux fabriques des églises. Parmi cellesci, l'œuvre de la catliédrale se signala par la persévérance de ses efforts, au milieu des plus cruelles épreuves. Les travaux en effet ne discontinuèrent pas , quoiqu'ils avançassent avec une extrême lenteur. Dolcebuono (1490), Amadeo ou Omodeo (i4QQ-i5o8), Luca Fancelli (i5oo-i5o3), Cristoforo Solari (i5(:>6-i5i9), Girolamo Porta (i5i2) et d'autres les dirigèrent à des titres divers".

Dans la sculpture , l'événement capital fut la préparation de la statue équestre de François Sforza, le mystérieux chef-d'œuvre de Léonard de Vinci, détruit au début du xvi'' siècle sans que l'on sache même si le cheval était au pas ou au galop. Sous l'action plus ou moins latente de ce grand charmeur, la sculpture milanaise se transforma rapidement : d'âpre et anguleuse qu'elle était, elle se fit suave et morbide, trop suave même, car chez le Bambaja par exemple, chez Benedetto Briosco et cliez Cristoforo Solari, la suavité dégénère déjà en fadeur. Milan fut d'ailleurs, au temps de Ludovic le More, le rendez-vous d'une foule de sculpteurs habiles : Gian Cristoforo Romano, qui sculpta le buste de la duchesse Béatrix d'Esté, aujourd'hui au Louvre;

1. H. Calvi, Bianca Maria Sfor^a-Fisconti. Milan, 1888. ;. Voy. Boito, // Duomo di Mihno. Milan, 1889.

Étude de Léonard de Vinci

pour la statue équestre de François Sforza.

(Bibliothèque de Windsor.)

MILAX.

Puitiait tic lilaiiLiic-.Maiic SL.iza

Dessin d'Ambrogio de Prédis.

(Académie de Venise.)

Andréa da Fusina, à qui nous devons les tombeaux de Biraghi et de Bagaroto; Tommaso da Cozzanigo, l'auteur présumé du tombeau des Brivio; Caradosso, l'auteur des délicieux génies de la sacristie de San Satire (gravés t. I, p. acp; t. II, p. i3o) et du Calvaire de la même église; pour ne point parler des Rodari, des Omodeo, de Lorenzo da Mugiano, l'auteur de la statue de Louis XII sculptée pour le cardinal d'Amboise et transportée du château de Gaiilon au Musée du Louvre, etc.

Pour la peinture, le nom de Léonard suffit à dire ce qu'était alors l'Ecole milanaise. A côté de ses émules, représentants des traditions anciennes, les Foppa, les Zenale, les Borgognone, à côté d'artistes indépendants ou éclectiques, tels que Bramantino Suardi et G. -F. Caroto de Vérone, qui s'établit à Milan en i5o5, surgirent ses brillants élèves ou imitateurs, les Andréa Solari, les Boltraffio, les Cesare da Sesto, les B. Luini.

Les arts décoratifs ne le cédaient pas à l'architecture, à la sculpture, à la peinture. Dans la miniature le frère Antonio da Monza, dans la gravure en pierres dures Domenico dei Cammei, dans l'orfèvrerie Caradosso et une pléiade d'artistes célèbres, dans l'émaillerie Daniele Arcioni, portèrent au loin la réputation d'habileté et de goût des Milanais, a Milan devint comme la métropole où s'alimentait le luxe européen : on y fabriquait les plus belles armures, les plus riches parements et étoffes d'or et de soie, des meubles d'ébène et d'ivoire d'un travail précieux, des œuvres de tour recherchées. Le travail des matières dures y avait pris un développement considérable : c'est dans ses murs que se taillaient les grands vases de cristal de roche, honneur de nos musées, et des ateliers milanais sortaient comme d'une ruche laborieuse des essaims d'artistes qui se répandaient

partout, en Espagne, en France, en Allemagne, à Rome et à Florence même'. »

De toutes les grandes villes de l'Italie, Milan est peut-être celle qui paye le moins de mine. A Florence, à Venise, à Rome, les chefs-d'œuvre se trou\-ent sur votre passage, s'imposent à votre admiration : à Milan il faut les chercher.

Mi-Jaille du maréchal J.-J. Tri\ ulc AUiibuée à Caradosso.

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