CHAPITRE I
l'architecture a la fin du XV" et au commencement du XVf SIÈCLE. —
l'Étude de vitruve et la tradition du moyen age. — les différents
ÉLÉMENTS DE LA CONSTRUCTION. — LA POLYCHROMIE ET l'oRNEMENTATION. — ÉGLISES, PALAIS ET VILLAS.
es modifications si profondes qui ont marqué pour l'architecture italienne l'avènement de l'ère nouvelle ont été mentionnées sommairement dans notre esquisse de l'évolution politique de la Péninsule et dans notre étude sur l'influence antique (p. 18-14, 80-81). On a vu comment, par suite de la concentration du pouvoir, les fondations municipales, c'est-à-dire les fondations destinées à l'usage du plus grand nombre, cédèrent le pas aux résidences des souverains; comment, dans les constructions religieuses, l'esprit de discipline l'emporta sur la fantaisie si charmante des Primitifs, et l'esprit d'abstraction sur leur système d'ornementation si vivant et si pittoresque; comment, d'autre part, gnâce à une connaissance plus approfondie de l'antiquité, à une possession plus complète des formes architecturales, les artistes de l'Age d'or purent donner à leurs créations une liberté, un relief et une couleur absolument inconnus à leurs devanciers. Il reste à examiner ici par le détail le contre-
E. Muntz. — II. Italie. L'Age d'Or. 40
3i4 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
coup de ces différentes évolutions dans l'art de bâtir, miroir fidèle, s'il en fut, de l'état politique, social et moral de chaque génération.
Les Primitifs, le grand Brunellesco peut-être excepté, s'étaient perdus en tâtonnements et en compromissions sans nombre. Pleins de considération encore pour l'œuvre de la génération précédente, pleins de défiance dans leurs propres forces, ils aimaient à greffer leurs élégantes arabesques sur un fonds préexistant. Rien de plus rare chez eux qu'une affirmation nette et hardie, qu'un monument s'imposant carrément à l'attention. Tantôt, comme Brunellesco dans l'église Saint-Laurent à Florence, comme Alberti dans le temple des Malatesta à Rimini, comme Rossellino dans la basilique de Saint-Pierre à Rome, ils se bornaient à transformer un édifice antérieur, se plaçant en quelque sorte sous la sauvegarde de leurs aînés ; tantôt, comme dans les palais florentins, ils reproduisaient, en la modifiant dans le détail, la disposition générale du Palais vieux édifié au xiif siècle par Arnolfo del Cambio. Souvent aussi les travaux traînaient tellement en longueur, qu'il fallait trois ou quatre générations pour les terminer. A peine, de loin en loin, peut-on citer un monument dégagé de tout lien avec le passé : les constructions élevées par Pie II à Pienza, le palais de Saint-Marc bâti par Paul II au pied du Capitole, la villa de Poggio Reale près de Naples. Or un des traits distinctifs de l'Age d'Or, c'est précisément ce besoin de créer de toutes pièces des pages qui soient siennes, et non plus seulement de rajeunir les constructions du moyen âge ou de l'époque de transition.
La période que nous désignons sous le nom d'Age d'Or ne put d'ailleurs ellemême réaliser qu'une partie de son programme : il fallait que la Renaissance entrât plus profondément encore dans l'esprit de la nation italienne pour rendre possibles des constructions aussi complètes, aussi vastes et aussi homogènes, que la villa de Caprarole, les palais de Lucques, de Mantoue, de Venise, ou la transformation de Vicence par Palladio.
Constatons d'abord que l'architecture, aujourd'hui le moins populaire des arts, passionnait alors au suprême degré petits et grands. Des prélats, des princes, se piquaient de tracer des plans à l'envi des hommes du métier : citons au hasard Laurent le Magnifique, messire Octavien Panigarola de Milan, qui assista Zenale dans les travaux du dôme milanais, le duc Alphonse de Ferrare, le cardinal Daniel Barbaro, patriarche d'Aquilée, etc. Bon nombre de peintres et de sculpteurs, à commencer par Raphaël et Michel-Ange, cultivaient l'architecture avec non moins d'ardeur. Enfin les concours ouverts pour l'achèvement des dômes de Milan et de Florence, de l'église Saint-Laurent dans la même ville, de l'église San Petronio à Bologne, etc., mettaient en émoi des cités entières. La vivacité de ces sympathies ne contribua pas peu à donner de la vie aux productions de l'art de bâtir; la dévotion et la magnificence firent le reste.
La situation des architectes grandit en raison même de la faveur que le