LES GROTESQUES
principaux éléments du style dans lequel il passa bientôt pour le souverain maître.
Est-il nécessaire d'ajouter qu'en ce qui touchait les idées (si tant est que l'on puisse appliquer ce terme à ce qui constituait l'absence la plus absolue de toute réflexion) et en ce qui touchait la combinaison des motifs, les artistes jouissaient d'une Hberté illimitée.
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Quel parti un décorateur tel que Raphaël tira-t-il de ces ressources diverses ? L'ornementation de ses Chambres est aussi sobre que complète. La place d'honneur y est occupée, comme de droit, par la peinture : seuls les pavements en mosaïque et les portes sculptées par Giovanni Barile sont appelés à concourir à l'effet d'ensemble. Mais, dans la peinture, quelle richesse ! fonds à imitation de mosaïques, camaïeux, grotesques, trompe l'œil, emblèmes, armoiries, etc., etc. Point de raffinements, mais toutes les ressources de l'art loyalement et largement mises à contribution.
Dans les Loges, Raphaël a poussé plus loin la magnificence. Se rend-on compte de la fécondité d'imagination que représentent ces milliers de figurines en peinture, en camaïeu, en stuc; sujets d'histoire, scènes lamilières, animaux, grotesques, feuillage, arabesques! L'ensemble, affirme Vasari, est tel, que l'on ne saurait ni exécuter ni imaginer rien de plus beau.
Malgré ces prodiges, certains juges placent les ornements de la Villa Madame encore au-dessus de ceux des Loges. « Si nous quittons maintenant le
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Grotesques de Raphaël et de Jean d'Udine. * (Loges du Vatican.)
Vatican pour la villa Madame, déclare Hittorf, le premier aspect de cette galerie, moins étendue et moins subdivisée, produit aussi un effet général moins confus. Les principaux ornements ont entre eux une proportion beaucoup plus harmonieuse, une plus grande symétrie. Les magnifiques voûtes, malgré la variété de leurs ornements, n'éveillent que des sensations agréables, tranquilles. Dans les champs principaux, tous les sujets représentent, sans mélange, des scènes prises dans les mythes antiques, et concordent parfaitement avec les remplissages en arabesques et avec la destination de l'édifice; enfin, nous retrouvons ici un grand pas fait vers cette unité et cette convenance que les Anciens avaient si bien comprises, et qui ont été l'écueil de ' Raphaël dans ses Loges du Vatican. En admettant, suivant l'opinion généralement reçue, que cette belle conception est une seconde œuvre composée par Raphaël et exécutée par Jules Romain et Jean d'Udine, nous voyons qu'ici le sublime artiste sut éviter ce que ses contemporains et lui-même trouvaient de défectueux dans son premier ouvrage, et qu'en se corrigeant il sut mériter la glorieuse prérogative d'avoir, à la fois, créé les arabesques modernes, et de les avoir portées au plus haut degré de perfectionnement où elles soient parvenues'. »
La vitalité de la génération nouvelle s'affirma dans les constructions les plus diverses, églises et chapelles, campaniles et coupoles, mausolées et fontaines, citadelles, théâtres, palais et villas; de même aussi elle donna leur développement normal à une foule de membres d'architecture négligés par les Primitifs : les ailes des façades, les escaliers, les balcons.
Prenons les escaliers : les Primitifs les avaient exclus, ou peu s'en faut, de la décoration de leurs façades (t. I, p. 388). L'École nouvelle s'en empara avec avidité. Bramante, le plus grand manieur d'idées architecturales qui ait jamais existé, disposa sur une des façades latérales de la cour du Belvédère un superbe escalier à rampes obliques en retraite les unes sur les autres, et dans une autre partie du même édifice le fameux escalier en spirale, pour lequel il se serait inspiré, suivant Vasari, de l'escaUer imaginé par Niccolo Pisano, et, suivant Palladio, de trois escaliers antiques dépendant du portique de Pompée à Rome. Dans ce second ouvrage, il ménagea si habilement les transitions, qu'en le gravissant on ne s'apercevait pas du passage du dorique à l'ionique et de l'ionique au corinthien. On fait également honneur à Bramante de l'invention du grand escalier à rampes qui permet de monter à cheval jusqu'au second étage du Palais pubHc de Bologne. Rappelons enfin le plus magnifique des escaliers passés et présents : l'Escalier des Géants au Palais ducal à Venise (gravé p. 289).
Il ne fut pas donné à l'Age d'Or de créer des ensembles complets, des places
1 . ParaUèle. cnire les Arabesques peintes des anciens et celles de Raphaël et de ses élèves, dans les Décorations de palais et d'églises en Italie, de Gruner, p. 2.