L'ORNEMENTATION
intérieurs : la marqueterie, la mosaïque de marbre, la sculpture en bois, le stuc aussi bien que les tapisseries et la fresque. Peut-être cette époque chez laquelle toutes les impressions se traduisaient en images plastiques poussa -t- elle même trop loin l'habitude de tout « historier », depuis les manches de cou-
Soffite en bois sculpté et doré, aux armes du pape Alexandre VI. ( Eglise Sainte-Marie Majeure à Rome.)
teaux, les armures, les étoffes, jusqu'aux portes, aux plafonds et aux parquets. Le palais d'Urbin, ce merveilleux ensemble où Raphaël et probablement aussi Bramante puisèrent leurs premiers enseignements, avait fait la place la plus large possible aux différentes industries d'art, au détriment de la peinture et de la statuaire monumentales. Les chambranles des portes, les cheminées, les soffites en bois sculpté, avec leurs compartiments octogonaux ornés du chiffire du duc Frédéric et des emblèmes les plus variés, précédèrent dans cette voie la plupart des autres palais italiens.
Un facteur inconnu aux Primitifs vint à point pour renouveler le fonds de l'ornementation, qui menaçait de s'épuiser, surtout en raison de l'abandon progressif des motifs personnels et intimes, tels que les ornements tirés de l'art héraldique : le lecteur a compris que je veux parler des grotesclues.
La décoration de la Première Renaissance procédait surtout, ainsi que M. Schmarsow l'a établi, des marbres antiques. La découverte des grotesques fit pénétrer dans la décoration les modèles peints. Faisons une pause ici pour retracer l'historique de cette découverte.
Vasari raconte que dans sa jeunesse le peintre Morto da Feltro se rendit à Rome, à l'époque où Pinturicchio décorait les salles du Vatican et les loges de la tour du château Saint-Ange et que, son humeur (n'est-ce pas ici une de ces fioritures si chères au biographe?) l'ayant poussé à l'étude des édifices de l'antiquité, il remarqua sur les voûtes et les parois des grotesques qui lui plurent à ce point qu'ils devinrent l'objet principal de ses travaux. « Bientôt, ajoute Vasari, il s'assimila la manière antique d'enrouler les feuillages de telle sorte que personne en son temps ne lui fut supérieur en ce genre. Pour arriver à son but, il visita toutes les galeries souterraines de Rome, et copia tous les pavements qui étaient au-dessus et au-dessous du sol, dans la villa Adriana, à Tivoli. Puis, ayant appris qu'à Pouzzoles, ville située à dix milles de Naples, il existait des constructions couvertes de magnifiques grotesques peintes et moulées en stuc, il courut y passer plusieurs mois. A Campana, endroit plein de tombeaux antiques, il ne laissa rien sans le dessiner, et il en fut de même pour les temples et les grottes qu'il rencontra à Trullo, dans le voisinage de la mer. Enfin il alla à Baies et à Mercato di Sabato, où se trouvaient une foule de ruines curieuses. C'est ainsi qu'à force de recherches et de constance il acquit un talent remarquable ». •
L'impartialité me fait un devoir d'ajouter que dans les dernières années M. Schmarsow a tenté de revendiquer en foveur de Pinturicchio la découverte des grotesques'. Le premier, croit-il, celui-ci en a fait usage dans l'appartement Borgia (1494) au Vatican, et surtout dans les salles du château Saint-Ange (1497- 1498). Les peintures de la « Libreria » de Sienne et de l'église de Spello témoignent également d'une entente remarquable de ce genre de décoration.
Des fresques de Morto et de Pinturicchio, les grotesques passèrent dans les fresques du « Cambio » de Pérouse et dans celles de la chapelle de Signorelli, au dôme d'Orvieto.
La mise au jour des thermes de Titus fut un nouvel aiguillon pour les artistes et en particulier pour Raphaël et son école. Jean d'Udine leur emprunta les
I. Annuaire des Musées de Berlin; 1881, p. 131-144. — Bernardino Pinturicchio înRoma; Stuttgart, 1882. — Le terme de « Grotesques » est employé pour la première fois en i5o2, dans le contrat conclu avec Pinturicchio pour la décoration de la « Libreria » du dôme de Sienne. D'après Vasari, ce terme vient de ce que l'on trouva pour la première fois ces ornements dans les grottes de Rome.