‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 14 sur 288 · SUPÉRIORITÉ DE L'ART SUR LA LITTÉRATURL · texte numérisé non relu

SUPÉRIORITÉ DE L'ART SUR LA LITTÉRATURL

connu avec l'Arioste l'ironie raffinée, le rire large avec la Calandm de Bibbiena, la tendresse avec les Ballades de Politien, la licence et le cynisme avec les Ragionamenti de l'Arétin et les Capiloli florentins, d'où vient, dis-je, que cette littérature n'a pas connu la passion tragique, le ravissement lyrique, l'intensité, l'héroïsme, le sublime? Cette différence entre la littérature et l'art tient-elle à des lois historiques ou à la supériorité du talent personnel ?

La réponse est facile : Dès le xiv" siècle, la langue italienne, avec Dante et Pétrarque, avait atteint à son apogée, en tant que souplesse et en tant que force d'expression. On pouvait tout au plus égaler ces poètes de génie (c'est à imiter Pétrarque que s'employèrent la plupart des poètes lyriques du xvf siècle), ou encore s'essayer dans d'autres domaines. Quant à espérer de les surpasser, c'eût été une folie. L'art au contraire , après les Niccolô Pisano , les»

Arnolfo, les Giotto, avait encore énormément de progrès à

réaliser; deux siècles d'efforts persévérants ne turent pas de trop pour lui donner l'entière connaissance des procédés matériels et la liberté illimitée de l'expression. Conséquence : tandis que les poètes du xvi'' siècle pouvaient tout au plus ambitionner de prendre rang à côté de leurs glorieux devanciers, un Raphaël, en se comparant à Giotto, avait le droit de se considérer comme parvenu au sommet de l'échelle dont Giotto avait gravi les échelons inférieurs.

La littérature subissait en outre plus lourdement que l'art le joug classique : les humanistes, s'exprimant dans la même langue que les anciens Romains, n'avaient qu'à copier Virgile, Ovide, Lucain, leur empruntant la torme de leurs poèmes, les idées, et jusqu'à des hémistiches entiers. Les artistes au

Mausolée de Dante à Ravenne, par Pielro Lombaidi (1.4»:).

contraire (et les peintres notamment, auxquels l'antiquité n'avait guère laissé de modèles appartenant à leur spécialité) durent se livrer longtemps à un travail considérable d'interprétation et d'appropriation; ils se virent forcés, par suite, de tenir toujours leur initiative en haleine.

D'autre part, les artistes, presque tous issus du peuple ou de la petite bourgeoisie, conservèrent plus longtemps que les littérateurs, grâce à leurs attaches plébéiennes, les trésors de piété ou de candeur, les fortes, saintes et généreuses aspirations, sans lesquels l'art tombe fatalement dans l'afféterie ou dans, l'abstraction.

Nous dirons donc que la littérature est l'expression la plus variée et la plus complète de cette société, mais que l'art en est l'expression la plus élevée. L'une la reflète jusque dans ses moindres défauts, l'autre met uniquement en lumière les aspirations auxquelles la Renaissance a dû de captiver, à travers les siècles, la sympathie et l'admiration de l'humanité.

Toutes les forces vives de la nation concentrées sur le domaine de l'intelligence; les imaginations encore assez fraîches pour saisir les éléments qui donnent la vie aux idées; l'art soutenu et inspiré par une infinité de sentiments généreux; l'équilibre parfait des facultés de l'esprit et de l'âme; le culte de la forme favorisé par la distinction générale des mœurs, et, par surcroît, une pléiade de génies incomparables : telles sont, en résumé, les facteurs qui ont fait du xvi" siècle l'âge d'or de l'art moderne.

Les Ames du Purgatoire regardant Virgile et Dante Fresque de l'Ecole de Signorelli.

(Dôme d'Orvieto.)

Frise provenant du Palais ducal d'Urbin.

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