LES MAJANO
personne ne savait donner à la marqueterie en bois, la « tarsia in legno », cet art si apprécié des Italiens de la Renaissance, plus d'élégance ni plus de fini.
L'aîné, Giuliano, né à Florence en 1482, entraîné par une vocation irrésistible, trompa l'attente de son père, qui, tailleur de pierres et charpentier, rêvait de taire de son fils un notaire. Après avoir exécuté une foule de marqueteries et de sculptures en bois, il débuta comme architecte en 1468; son premier ouvrage, ce semble, fut la chapelle de Santa Fina au dôme de San Gimignano. A partir de ce moment, il fournit les plans de nombreux édifices, égUses, palais, citadelles, à Florence, à Arezzo, à Sarzane, à Recanati et ailleurs. Par contre, il faut résolument rayer du catalogue de son œuvre les monuments qu'on lui a si longtemps attribués à Rome, sur la foi de Vasari : le palais de Saint-Marc, le palais du Vatican, etc.; ils ont pour auteur non Giuliano da Majano, mais son compatriote Giuliano da San Gallo. En 1477, il fut nommé architecte en chef, « Capo Maestro », de la cathédrale florentine, fonction qu'il remplit de longues années durant. Plus tard il dirigea sous le même titre les travaux du sanctuaire de Lorette.
En tant qu'architecte, Giuliano a laissé son œuvre maîtresse à Naples, où il éleva l'arc triomphal connu sous le nom de « Porta Capuana », avec sa clef de voûte qui sent encore trop le Primitif et
son entablement d'un style également trop timoré, ainsi que les villas de Poggio Reale et de la Duchesca. J'ai décrit et apprécié dans le précédent volume (p. 119) les constructions napolitaines de Giuliano, les unes défigurées par des restaurations, les autres détruites.
A Faenza , Giuliano ( « Julianus de Florentia » ) élabora le plan de la cathédrale et fut nommé maître de l'œuvre de cet édifice, avec Mariotto (f iSiç) comm^ sous-architecte' ; c'est une basilique à trois nefs et à coupole, avec une série de chapelles autour de l'abside (le nombre total des chapelles s'élève à vingt). On y remarque un motif absolument roman, l'alternance de piliers et de colonnes, deux petites arcades reposant sur une colonne commune étant chaque fois encadrées dans une arcade plus grande qui repose sur deux piliers. Les chapiteaux rappellent de la manière la plus frappante ceux du palais Quaratesi à Florence.
Giuliano ne comptait que cinquante-huit ans quand il mourut à Naples, le 3 décembre 1490. Le roi, affirme Vasari, pour honorer sa mémoire, fit assister à ses funérailles cinquante pleureurs vêtus de brun (cette couleur
Portrait de Giuliano da
Majano.
(D'après la gravure publiée
par Vasari )