CHAPITRE III
LES ARCHITECTES TOSCANS. — LES MAJANO, LES SAN GALLO, LE CRONACA, BACCIO d'aGNOLO. — FRANCESCO DI GIORGIO ET VITONI. — l' ARCHITEC- TURE A NAPLES, A FERRARE, A MANTOUE, A VENISE ET A VERONE. — LES LOMBARDI ET FRA GIOCONDO.
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Florence la brusque rupture avec le passé, cette rupture inaugurée et poursuivie avec tant de logique par Brunellesco, ne pouvait manquer d'engendrer de la sécheresse , en coupant les racines qui rattachaient l'architecture à la société contemporaine. Il convient d'ailleurs d'ajouter que le goût de la simplicité était dans le génie de la race toscano-étrusque : déjà dans le Baptistère de Florence et dans la basilique de San Miniato, qui appartiennent au xif siècle, la pureté des lignes l'avait emporté sur les effets pittoresques; cette tendance ne s'était pas moins nettement affirmée dans la Loge d'Orcagna. Mais, encore une fois, pour lui assurer un triomphe aussi complet, il fallait l'invincible énergie de Brunellesco.
La rareté des constructions religieuses nouvelles, à un moment où tout le reste de l'Italie se couvrait d'églises à coupoles, est le signe distinctif de l'architecture florentine depuis l'avènement de Laurent le Magnifique jusqu'à la mort de Léon X. Les plus gros événements en ce genre sont deux
concours, restés sans résultat, pour l'achèvement de la façade de la cathédrale (1490) et de la façade Saint-Laurent (i5i6), puis la construction de la sacristie de Santo Spirito, et enfin celle de la petite église de San Bartolommeo al Monte. Même pendant la domination de Savonarole, on ne songea pas à perpétuer par quelque fondation grandiose le mouvement de ferveur qui, phénomène étrange, dura près de dix ans.
Les fondations municipales ne furent pas moins rares. Tout au plus peut-on citer la grande Salle du Palais Vieux et la Loge construite en i5i8 par Baccio d'Agnolo et Antonio da San Gallo l'ancien en face de l'hôpital de l'Annonciation.
Dans le domaine de l'architecture privée au contraire l'on commence ou l'on termine une série de palais qui comptent parmi les plus beaux de Florence : le palais Strozzi, bâti sur les plans de Benedetto da Majano, doté de son admirable corniche par le Cronaca; le palais Guadagni, attribué au même Cronaca; le palais Gondi, par Giuliano da San Gallo; le palais Serristori, faussement attribué à Baccio d'Agnolo ; le palais Pandolfini, construit par G. F. da San Gallo et Aristotele da San Gallo d'après un modèle de Raphaël; le palais Bartolini (aujourd'hui hôtel du Nord), commencé vers 1620 par Baccio d'Agnolo; le palais Antinori, etc.
Dans bon nombre de ces monuments, le type du palais florentin primitif, je veux dire du Palais Vieux, continue à dominer. Et encore certains architectes vont-ils jusqu'à proscrire les bossages, le seul élément qui pût relever la monotonie des fliçades, et mettent-ils leur gloire à ne demander la vie et le mouvement qu'à une savante alternance des pleins et des vides. Aussi des constructions telles que les palais Gondi et Antinori, avec leurs façades pures, mais nues, plates et froides (le palais Antinori, attribué tour à tour à Giuliano da San Gallo et à Baccio d'Agnolo, ne contient ni un bossage, ni un pilastre), forment-elles de tout point l'opposé de l'architecture mouvementée, brillante, parfois fantaisiste de la Lombardie et de la Vénétie. On dirait une école de dessinateurs en présence d'une école de coloristes. Ce n'est qu'à la longue que des grafiites tempérèrent la sévérité de l'ancien palais-forteresse. Andréa Feltrini se rendit célèbre par les grotesques qu'il peignit au moyen de ce procédé sur un certain nombre de façades.
Les premiers architectes florentins qui marquèrent après la disparition de la génération personnifiée par Michelozzo, Alberti et Rossellino, furent les deux frères Giuliano et Benedetto da Majano. Ils appartenaient à cette classe des architectes-sculpteurs représentée au xv" siècle par les Florentins Michelozzo, Bcrnardo Rossellino et Luca Fancelli, par les Milanais Omodeo, T. Rodari, Cristoforo Solari, et les Lombardi de Venise, au xvf siècle par Michel-Ange, au xvif par le Bernin. Mais ils se rattachaient également au groupe des architectes-incrustateurs, qui comptèrent à Florence tant de brillants champions :