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LE CRONACA ET BACCIO D'AGNOLO

Palais Vieux ait été défigurée sous prétexte d'embellissement, au temps du duc Cosme de Médicis. Vasari, à qui nous devons les plus précieuses indications sur l'œuvre du Cronaca, fut en même temps l'instrument dont Cosme se servit pour opérer ces remaniements.

On a souvent aussi fait honneur au Cronaca du palais Guadagni, remarquable surtout par sa décoration polychrome (gravé p. 33 1). Mais cette attribution ne s'est pas confirmée.

Le biographe nous montre chez le Cronaca une des nombreuses victimes des prédications de Savonarola. L'artiste embrassa le mysticisme du prophète avec un tel fanatisme, qu'il ne voulut plus s'occuper d'autre chose. Il mourut en cet état en i5o8, âgé de cinquante et un ans seulement.

Un parent du Cronaca, le fameux peintre et sculpteur Antonio Pollajuolo, se serait également essayé, au dire de Vasari, dans l'architecture : il aurait fourni au pape Innocent VIII les dessins du palais du Belvédère.

Plus laborieux que le Cronaca fut son compatriote Baccio d'Agnolo (i 462-1 643), l'auteur de plusieurs églises (San Giuseppe, iSiç) et d'une série de palais élevés à Florence, les palais Bartolini, Roselli del Turco, la villa Stiozzi Ridolfi, aujourd'hui palais Orsini, etc., etc.

Prenant exemple sur les Majano et les San Gallo, Baccio d'Agnolo cultiva la marqueterie et la sculpture en bois, et même la sculpture en marbre, concurremment avec l'architecture. Vasari cite un grand nombre d'ouvrages témoignant de sa rare habileté, entre autres la balustrade des orgues de Santa Maria Novella (aujourd'hui dans l'église de Rueil, près de Paris). La balustrade en marbre de la « cantoria » ou tribune des chanteurs, sculptée pour la même église, a également pris le chemin de l'étranger; elle est exposée depuis une trentaine d'années au musée de South Kensington). Contormément aux traditions du bon vieux temps, Baccio tenait boutique ouverte. L'hiver, des citoyens distingués et des artistes considérables, Raphaël, Sansovino, Filippino Lippi, le Cronaca, les San Gallo, Granacci, etc., s'y rassemblaient pour discourir sur les arts. Parfois aussi Michel-Ange y faisait une apparition.

Malgré un talent véritable, surtout pour l'aménagement des habitations particulières, Baccio d'Agnolo fut à tout instant en butte aux attaques de ses confrères. On a vu à quelles railleries donna lieu son palais Bartolini (p. 824, 829). Dans une autre circonstance, Michel Ange traita de puéril le modèle en bois que Baccio avait exécuté d'après ses dessins pour la façade de Saint-Laurent (p. 820). Ce fut Michel- Ange aussi qui fit écarter le projet

Portrait du Cronaca.

( D'après la gravure publiée

par Vasari.)

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de galerie extérieure imaginé par Baccio pour la coupole de Sainte-Marie des Fleurs; il la compara irrévérencieusement à une cage à grillons, « una gabbia da grilli ».

Laissant de côté les artistes ou les constructions moins en vue, sur lesquels on trouvera des renseignement suffisants dans les ouvrages spéciaux de Vasari, de J. Burckhardt, de M. del Badia et de M. de GeymûUer, essayons de définir le rôle des architectes florentins pendant la seconde période de la Renaissance.

Malgré un talent et une science qu'il serait inique de révoquer en doute, les Majano, les San Gallo, le Cronaca ou Baccio d'Agnolo ont cherché en vain à donner à leurs créations soit l'originalité, soit l'aisance, soit la haute distinction qui caractérisent les monuments élevés par leur émule Bramante. Leur infériorité tient à des causes multiples : les troubles politiques, le scepticisme et la sécheresse de jour en jour croissants de l'esprit florentin. Plus encore que les chefs-d'œuvre de la sculpture et de la peinture, ceux de l'architecture exigent le concours d'une foule de facteurs appartenant à l'ordre moral; pour naître et pour mûrir, il faut qu'ils soient inspirés par quelque grande idée, soutenus par les convictions d'une cité ou d'une génération entière. Or, si l'on découvre dans le Saint-Pierre de Bramante le contre-coup de l'essor imprimé à l'Église par un pape tel que Jules II, quelles aspirations, je vous prie, pouvaient refléter les constructions de la malheu reuse Florence, constamment ballottée, pendant près d'un demi-siècle, entre la tyrannie des Médicis et les revendications de la liberté !

La vieille métropole de la Toscane n'avait cependant pas dit son dernier mot : lorsque Léon X ouvrit en i5i6, à l'occasion de son voyage à Florence, le fameux concours pour l'achèvement de la façade de Saint- Laurent, concours auquel prirent part les maîtres les plus célèbres en l'art de bâtir, le Pape décerna le prix à un Florentin qui n'avait jusqu'alors manié que le ciseau et le pinceau et qui devait renouveler l'architecture, comme il avait renouvelé la sculpture et la peinture. Dans cette préférence donnée à Michel- Ange sur des concurrents tels que Raphaël, Giuliano da San Gallo, les deux Sansovino, il y avait comme l'intuition de l'avenir réservé aux architectes florentins dans la dernière évolution de la Renaissance. Si leur rôle tut bienfaisant ou non, nous n'avons pas à l'examiner pour le moment : il nous suffit de constater, une fois de plus, la prodigieuse vitalité du génie florentin.

Sienne ne s'enrichit pendant cette période que d'un petit nombre de monuments nouveaux; en revanche, deux de ses fils, Francesco di Giorgio Martini et Baldassare Peruzzi (dont nous réservons la biographie pour notre troisième volume), remplirent d'églises, de palais, de citadelles, la Toscane et

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