LES ARCHITECTES BOLONAIS
A Bologne, les traits saillants sont l'éparpillement des forces, la rareté des constructions religieuses, la ténacité du style gothique (en 1478 on en fit usage au palais Tartagni et plus tard encore dans l'église de l'Annonciation), enfin l'emploi de la terre cuite. Partout abondent les motifs les plus séduisants, mais, pas plus en architecture qu'en sculpture et en peinture, cette ville ne parvint à créer quelque ensemble propre à s'imposer.
Passons rapidement en revue les principaux architectes de cette période.
On a longtemps fait honneur à Gaspare Nadi (141 8-1 604) de la construction du palais des BentivogHo, détruit en iSov, du portique de San Giacomo Maggiore et du palais Bevilacqua. Mais il résulte de recherches récentes* que ce personnage, qui nous a laissé une volumineuse chronique, était plutôt maçon qu'architecte. En tout état de cause, si la façade du palais Bevilacqua (commencée en 1481), avec son appareil à facettes, en guise de diamants, reproduit un motif curieux plutôt que beau, la cour offre des qualités véritablement supérieures. Elle comprend deux étages d'arcades, superposées de telle façon que deux arcades de l'ordre supérieur correspondent à une arcade de l'ordre inférieur. La frise est ornée de figures à mi-corps se terminant en rinceaux et de médaillons soutenus par ces mêmes figures. Une corniche superbe couronne ce monument aussi riche qu'élégant.
On manque également de détails précis sur le rôle joué par Francesco Francia en tant qu'architecte : le palais « dell' Arte degli Stracciaiuoli » (1496), qu'on lui attribue, révèle une véritable inexpérience des formes architecturales; la richesse de l'ornementation n'y saurait faire oublier la pauvreté de la structure organique.
Quant au fameux ingénieur et architecte Aristotele Fioravanti, il ne saurait avoir donné les dessins de la façade du Palais du Podestat (1485), comme l'affirme le Cicérone, car il avait à ce moment depuis longtemps quitté l'Italie pour se fixer en Russie.
Nous ne pouvons que consacrer une mention à une foule d'autres palais, dont on trouvera la description dans les ouvrages spéciaux : le palais Ghisilieri (1491, aujourd'hui hôtel Brun), le palais Pallavicini in Galiera (1497), fondé par Bartolommeo FeHcini, Mécène insigne, les palais Saraceni-Gualandi, Fava, Bianchetti (1497), etc.
Une particularité propre à un grand nombre de ces monuments, c'est que le rez-de-chaussée se compose d'arcades ouvertes, sous lesquelles la foule peut librement circuler.
Bologne ne devait pas tarder à devenir une pépinière d'architectes habiles : Sebastiano Serlio (i475-i552), Andréa et Jacopo Marchese de Formigene, Francesco Terribilia, Bartolommeo Triachini, les Tibaldi et d'autres artistes appartenant à la troisième période de la Renaissance, y élevèrent une série
I. BiBL. : Gozzadini, Note per Stiidi siâV Architcttiira civile in Bologna, dal secolo XII al XVI. Modène, 1877. — Ricci et Bacchi, Diario bolognese di Gaspare Nadi. Bologne, 1886.
de monuments des plus élégants ou répandirent au dehors la réputation de son école d'architecture.
En ce qui concerne les monuments de Carpi, la cathédrale, l'éghse San Niccolô et le palais des Pio, nous les décrirons dans notre prochain volume, en étudiant l'œuvre de leur auteur. Bal. Peruzzi.
A l'ouest de Bologne, Parme et Plaisance s'enrichissent de quelques monuments d'une importance exceptionnelle : l'égHse San Giovanni (i5io) et l'église de la « Steccata » (i52i), élevées dans la première de ces villes par Bernardino Zaccagni de Torchiara, l'église San Sisto (commencée en 1499) et le palais « dei Tribunali » dans la seconde.
Quelque dures que fussent les épreuves que le duché de Ferrare eut à traverser pendant les règnes d'Hercule I et d'Alphonse I, la capitale se couvrit d'églises et de palais : San Francesco fut commencé en 1494, San Benedetto vers i5oo, par les Tristani, la Chartreuse de San Cristoforo en 1498, l'église San Giovanni Battista en i5o5, Santo Spirito en 1 5 19, le campanile de la cathédrale au début du siècle. Les constructions civiles ne furent ni moins importantes ni moins considérables : le palais des Diamants, ainsi appelé parce que les pierres (au nombre de plus de 1 2 000) sont taillées à facettes, fut commencé en 1492 par Sigismond d'Esté, mais terminé seulement en 1567. Le palais Roverella, qui prit naissance vers la même époque, est un des plus beaux spécimens de l'architecture en terre cuite : on ne peut lui reprocher que la disposition dissymétrique de ses fenêtres.
Deux noms d'architectes éclipsent tous les autres à Ferrare : Pietro di Benvenuto, surnommé degli Ordini, et Biagio Rossetti'.
Le premier, qui fait son apparition après 1460, fournit en 1466 les plans d'un hôpital, éleva de 1467 à 1469 l'étage supérieur du palais de Schiflinoja, dirigea différents travaux au château ducal, ainsi qu'à Reggio. Il mourut en 1483.
Biagio Rossetti (f i5i6) incarne, non sans distinction, les aspirations de l'architecture ferraraise pendant cette période. Il débuta en 1469 en construisant, sous les ordres de Pietro Benvenuto, le second étage du palais de Schifanoja; éleva l'église « Santa Maria in Vado » (1476 et années suivantes), d'après le modèle composé par le peintre Ercole Grandi, puis l'église San Giorgio (1485) et l'église San Francesco (1494); une foule de palais de Ferrare et des environs, entre autres celui « des Diamants », furent également bâtis sur ses plans. Rossetti couronna sa carrière par la construction de la « Loggia del Consiglio » à Padoue.
I . Campori , gli Architetti c gV Ingegneri civiU e militari degli Estensi dal secolo XIII al XVI. Modène, 1882.