‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 147 sur 288 · Italie. L'A'-e d'Or · texte numérisé non relu

Italie. L'A'-e d'Or

années après la mort de Francesco. La « Madonna del Calcinajo » se distingue par l'ampleur et l'harmonie des proportions, plus que par la richesse de l'ornementation. L'édifice a la forme d'une croix latine, avec une coupole octogonale s'élevant sur le transept. L'extérieur, en pierres de taille, malheureusement très frustes déjà, est divisé en deux ordres, ornés de distance en distance de pilastres un peu maigres. La façade n'a pour ornement qu'une porte surmontée d'un fronton semi-circulaire et une grande rosace. Une rosace analogue orne les autres extrémités de la croix. Les trois fenêtres rectangulaires percées dans chaque côté de l'étage inférieur, et les huit fenêtres de la coupole, assurent à l'édifice une lumière abondante et égale.

L'intérieur se compose d'une seule nef, voûtée en berceau, avec trois autels de chaque côté. Somme toute, étant donnée la tendance à la simplicité qui caractérise l'œuvre de Francesco di Giorgio Martini, et malgré des traces d'hésitation, malgré la pauvreté des pilastres, bien excusables chez un quattrocentiste, la « Madonna del Calcinajo » compte parmi les plus belles productions de la Première Renais sance; un peu plus de vigueur et de relief, et nous n'hésiterions pas à la ranger à côté des chefs-d'œuvre de la Renaissance parvenue à son apogée.

Francesco mourut en i5o2, riche, comblé d'honneurs. MM. Saluzzo et Promis lui ont élevé un véritable monument en publiant son Trattato di Architettura civile e militare (voy. p. 3 17). Nous reproduisons ci-contre deux dessins tirés de ce Traité et qui témoignent de la constante préoccupation de l'artiste : ramener les édifices aux proportions, voire à la configuration du corps humain.

La Dérivation du Chapiteau ionique (D'après un dessin de F. di Giorgio.!

Pendant que les Majano, Giuliano et Antonio da San Gallo, le Cronaca, Baccio d'Agnolo, Francesco di Giorgio Martini, développaient dans une donnée encore un peu archaïque les principes posés par Brunellesco, un autre Toscan, Ventura Vitoni, s'enrôlait résolument sous la bannière de Bramante. Cet artiste, né à Pistojà, en 1442, débuta par la pratique de « l'arte del legnaiuolo », je veux dire de la menuiserie, de la marqueterie, de la charpente. Plus tard, sans qu'il soit certain qu'il ait visité Rome, il s'inspira des modèles de Bramante. En 1494 il commença l'atrium et le chœur de 1' « Umihtà », et en iSoq la partie centrale de l'édifice, qu'il poussa jusqu'aux fenêtres du troisième étage.

Cette église, de forme octogone, est précédée d'un vestibule fermé, avec des pilastres corinthiens, qui supportent une voûte en berceau décorée de

VENTURA VITONI.

riches caissons. Dans le projet de Vitoni la coupole devait reposer sur l'entablement du second ordre, mais Vasari la fit reposer sur le troisième. Les auteurs de l'Architecture toscane, Famin et Grandjean de Montigny, déclarent cette église une des productions les plus pures du xxf siècle et l'édifice le plus intéressant qui soit dans la ville; le vestibule, ajoutent-ils, est d'un très beau caractère. Les auteurs du Cicérone, de leur côté, louent le portique, d'un style aussi fin que noble, avec son stylobate et ses sièges de marbre, ses pilastres, ses voûtes en berceau, sa petite coupole. Le sanctuaire luimême se recommande par ses élégants pilastres corinthiens et ses fenêtres d'une gnâce parfaite.

Vitoni vivait encore en i532, époque où il fit son testament : il semble être mort la même année. On trouvera dans l'édition de Vasari pubHée par M. Milanesi l'indication de plusieurs autres églises élevées à Pistojà par cet artiste distingué.

Par une de ces anomalies fréquentes dans l'histoire de l'art, l'Ombrie, cependant si voisine de Florence, adoptait les principes de Bramante, et Naples, si éloignée de la Toscane, subissait la domination de l'École florentine. Les monuments les plus remarquables qui s'élevèrent dans cette capitale vers la fin du xv^ siècle, la « Porta Capuana », les villas de Poggio

Reale et de la Duchesca, eurent pour auteur un étranger, le Florentin Giuliano da Majano (voy t. II, p. 899 et t. I, p. 118). Le palais Como, construit vers i5oo, rappelle de son côté le palais Strozzi, construit par le frère de Giuliano, Benedetto da Majano. Aussi M. Frizzoni n'est-il pas éloigné d'en faire honneur à Benedetto, qui visita plusieurs fois Naples. Deux autres architectes toscans, Giuliano da San Gallo et Francesco di Giorgio Martini, travaillèrent également pour la cour napolitaine (t. I, p. 1 16-1 18). M. Frizzoni cite en outre, comme exemples de l'influence toscane, l'église de « Santa Caterina a Formello », près de la « Porta Capuana », construite en iSiS par Antonio Fiorentino délia Gava (inspirée de l'église Santo Spirito de Florence), la fltçade de « Santa Maria la Nuova », la coupole de « Santa Maria in Constantinopoli »*.

La personnalité des architectes napolitains de cette époque n'est pas encore assez nettement définie pour que nous nous engagions dans la discussion de

Basilique reproduisant les formes

du corps humain.

(D'après un dessin de F. di Giorgio.

I. Nabolî nci stioi rapporti coW arte del Rinascimento ; Florence, 1872, p. 26-27.

leurs ouvrages. De ces architectes — Giovanni Donnadio de Mormanno (mort vers i522), Gabriele d'Agnolo de Naples, Antonio Fiorentino délia Gava, etc. — nous ne connaissons guère avec certitude que les noms. On attribue à Mormanno ou Mormandi la construction de la façade de l'éslise San Severino (1490), celle du palais du prince de l'Aricia (fin du xv'' siècle) et celle de l'église « Santa Maria délia Stella ». Quant à Gabriele d'Agnolo, il passe pour avoir construit le palais Gravina (aujourd'hui la Poste).

Cet édifice mérite de nous arrêter. La façade sur la cour se distingue par de belles et nobles proportions : au rez-de-chaussée, des arcades ouvertes supportées par des piliers, avec des médaillons dans les écoinçons; au premier étage des arcades fermées, supportées par des pilastres aux moulures savantes; la partie inférieure de chaque arcade contient des fenêtres rectangulaires, couronnées par la corniche horizontale chère aux Primitifs. Quant à la partie cintrée de la même arcade, elle contient une fenêtre plus petite, également rectangulaire; puis dans les écoinçons une autre série de médaillons avec des bustes de guerriers.

La chapelle de Pontano, construite en 1492 (t. I, p. 120), n'a rien de commun avec Andréa Ciccione, à qui on l'a longtemps attribuée. C'est un édifice simple, mais non dénué d'élégance. La façade a pour ornements quatre pilastres cannelés; au centre une porte à corniche horizontale, à gauche une fenêtre rectangulaire et une autre à droite. Au-dessus du premier ordre une sorte d'attique percé d'un oculus.

Il y avait trop de trouble dans la rue et trop peu de cohésion dans les esprits pour que les architectes napoHtains parvinssent à créer un style à eux. Néanmoins ils interprétèrent non sans talent la donnée florentine dans ce qu'elle avait de sobre et, de pur.

En dehors de Naples, il convient de signaler l'église de l'Annonciation à Sulmona (construite de 141 5 à 1 622). Sa façade horizontale, assez incohérente, a le tort de trop ressembler à celle d'un palais. .

Dans les Marches et la Romagne, peu de noms indigènes à relever. Citons Matteo Nuti ou Nuzi de Fano, qui dirigea, à partir de 1460, d'après les plans d'Alberti, les travaux de l'église Saint-François à Rimini. En 1465, il construisit son chef d'œuvre, la Bibliothèque de Césène. La citadelle de cette ville est également son ouvrage; il cumulait en effet la profession d'architecte avec celle d'ingénieur militaire, et ce fut à ce titre que les Papes l'employèrent (1466 et années suivantes) comme inspecteur des fortifications pontificales. Il mourut avant le mois de janvier 1473'.

I. Tonini, la niiova Guida nella citlà di Riinîni; Rimini, 1879, p. 172-174. — Yriarte, Rimini. — Les Arts à la cour des Papes, t. II, p. 20, .32,5; t. III, p. 81, 212.

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