I. Schmarsow : Archivio storko âelV Arte, 1889, p
BENEDETTD DA MAJANO.
bas-reliefs de la porte, — entre autres la Trinité, (représentée par trois têtes, dont l'une de face, les deux autres de profil), — ils nous offrent des types qui ne sont pas exempts de brutalité et de laideur, semblables en ceci à certains types de Mino de Fiesole.
Dans les Scènes de la vie de saint François d'Assise, sculptées en bas-relief sur la chaire de l'église Santa Croce à Florence (date inconnue; l'ouvrage fut exécuté aux frais de Pietro Mellini), Benedetto a créé quelques jolis tableaux, habilement agencés, d'une composition sobre et claire.
Des motifs d'architecture encadrent harmonieusement les scènes (on remarque entre autres la reproduction du Colisée de Rome et celle d'une colonne triomphale), saut dans le Saint François recevant les stigmates, où le tond se compose d'un paysage, d'ailleurs moins accentué que les paysages correspondants de Ghiberti. Assurément, il ne faut demander à notre artiste ni passion, ni fougue, ni grandeur; son Saint François traversant un bûcher (ce bûcher est microscopique, ce qui ôte au miracle toute sa portée)
n'égale à aucun degré la composition analogue peinte par Giotto dans la même église. Mais dans les scènes calmes et recueillies, telles que la Mort de Saint François, Benedetto sait intéresser et toucher. Notre gravure reproduit cette composition si bien pondérée et rythmée. Il taut également accorder une mention très honorable au Massacre des Franciscains en Afrique. Un bourreau — nu à l'exception des reins et de l'épaule droite, que ceint une écharpe — tranche la tête d'un vieillard prosterné devant lui. A droite, le sultan qui ordonne le supplice; à gauche, des Franciscains debout ou agenouillés; au fond, un escaher et une balustrade, avec deux jeunes gens, l'un assis sur les marches, l'autre sur la balustrade, motif qui rappelle vaguement les bas-reliefs de Donatello à Padoue.
En résumé, dans ces bas-reliefs Benedetto a fait preuve d'un véritable talent
La Mort de saint François, par Benedetto da Majano. Chaire de Santa Croce.)
de composition. Que lui a-t-il manqué pour s'élever au caractère ou à l'élégance? Du parti pris, de la conviction, une manière de voir qui affirmât hautement sa personnalité, son système, si l'on veut ; des contrastes plus tranchés et surtout ce souci de la forme creusée, caressée, ce souci du style dans les petites choses, qui avait fait le fond de l'art de Donatello et de Ghiberti.
Cinq statues de Vertus complètent la chaire de Santa Croce : elles montrent la grâce plutôt que la force.
A Naples, où il se rendit vers 1490, Bendetto construisit, pour le comte de Terranuova, dans l'église de Montoliveto, une chapelle qu'il décora d'un retable avec V Annonciation, de deux statues représentant Saint Jean-Baptiste et Saint Jean rÉvangéliste, et de Scènes de P Histoire du Christ. Dans V Annonciation, la Vierge se fait remarquer par sa grâce peut-être un peu cherchée, et l'ange par la violence de ses mouvements et la lourdeur de ses draperies.
M. Bode attribue en outre à Benedetto le tombeau de Marie d'Aragon (f 1470), dans l'église de Montoliveto : Benedetto l'aurait exécuté d'après l'esquisse composée par Antonio Rossellino.
C'est pour Naples également que Benedetto fut chargé de sculpter une longue série de statues et de bas-reliefs destinés à la « Porta Capuana » et repré sentant le Couronnement du roi Ferdinand. Mais ce travail, interrompu par les événements politiques, ne fut pas achevé. A la mort de l'artiste on trouva dans son atelier de Florence un certain nombre de sculptures ébauchées : une statue du duc de Calabre, une de Don Frédéric, chacune de trois brasses de haut, les statues d'un roi, d'un évêque, d'un joueur d'instruments, d'un danseur, etc. D'après Vasari, la « Porta Capuana » devait être enrichie de plus de quatrevingts figures. Le biographe ajoute que de son temps on voyait encore plusieurs de ces statues ou statuettes dans l'église de la Misericordia à Florence.
Mais r^-enons aux travaux destinés à la ville natale de Benedetto. Les relations de l'artiste avec Filippo Strozzi nous ont valu, outre le palais Strozzi (p. 401), une série de sculptures des plus intéressantes : le buste en terre cuite (Musée de Berlin) et le buste en marbre (Musée du Louvre; gravé t. I, p. 65) de StroxTj, tous deux très simples et très vivants, puis sa médaille et enfin son tombeau. Ce dernier monument, dans l'église de Santa Maria Novella, se compose d'un sarcophage en pierre noire, reposant sur des griffes de lion, et orné, sur sa face, de deux anges en reliet soutenant une tablette commémorative. L'espace au-dessus est rempli par des anges en adoration et par des chérubins qui supportent un médaillon renfermant un groupe de la Madone et l'Enfant Jésus. Suaves dans leur expression et pleins de ferveur, ces anges manquent de liberté dans leurs mouvements : ils révèlent chez l'artiste le manque de fortes études premières.
Laurent le Magnifique n'eut garde de négliger un sculpteur aussi habile que Benedetto da Majano. Il lui confia (en 1490) l'exécution du monument commémoratif de Gioito (avec un buste en bas-relief d'une élégance un peu facile),