NICCOLO DELL' ARCA
deir Arca, le Florentin Francesco di Simone, puis Michel-Ange, et enfin Sperandio de Mantoue, qui créent les oeuvres véritablement faites pour s'imposer. On affirme que Baccio da Montelupo séjourna également à Bologne dans sa jeunesse et y exécuta les statues des Dou^e Apôtres.
Né à Bari, fixé jeune encore à Bologne, Niccolô dell' Arca s'inspira principalement des modèles laissés par Jacopo délia Quercia, bien que celui-ci, selon toute vraisemblance, fût mort assez longtemps avant son arrivée. Son premier ouvrage à date certaine (1458) est le vigoureux bas- relief de l'église San Giacomo Maggiore, représentant Annibal Bentivoglio à cheval (gravé t. I, p. 58i).
En 1467, Niccolô fut chargé de terminer le couronnement en marbre de la châsse (r« arca », d'où son surnom) de Saint Dominique, ouvrage considérable, où il succéda à des maîtres tels que Niccolô Pisano et où il eut à son tour des successeurs tels que Michel -Ange. De 1469 à 1473 environ, l'artiste y sculpta les Anges tenant des festons, figures
d'une plénitude, d'une exubérance et d'une désinvolture étonnantes pour un ouvrage du xv" siècle. Dieu le Père, quatre Prophètes, vêtus en Sarrasins (l'un d'eux gravé t. I, p. 298) et offrant une saveur réaliste très marquée, cinq Saints et enfin une Pietà. On y admire la netteté et la force de la caractéristique, et je ne sais quoi de vif, de spirituel, de brillant. La statuette de l'ange agenouillé qui tient un flambeau a longtemps passé pour l'œuvre du Buonarroti. De fait, elle l'emporte sur la statuette de ce dernier par le sentiment de la jeunesse et de la grâce, par sa rare suavité. Considéré au point de vue architectural, le couronnement de 1' « Arca » est d'ailleurs aussi irrégulier que possible : il procède avant tout de la sculpture en bois; certains miotifs, par exemple cet
E. Muntz. — II. Italie. L'Age d'Or. 66
Statue d'Ange, par Michel-Ange.
(Châsse de saint Dominique à Bologne.)
enfant appuyé sur une seule jambe, ces dauphins dont les uns montent et dont les autres descendent, violent les règles de la sculpture en marbre et, on peut l'ajouter, de la sculpture décorative.
En 1478, Niccolô exécuta pour la façade du Palais Public de Bologne une superbe terre cuite représentant la Fierge avec V Enfant Jésus. On admire dans ce morceau une liberté, une ampleur, un mouvement et une vie extraordinaires; les draperies sont traitées par grandes masses, avec une véritable bravoure; l'enfant, le nez un peu relevé, n'est pas sans analogies avec les types de Verrocchio.
On manque de détails sur les dernières années de Niccolô dell' Arca. Nous savons seulement qu'il mourut en 1494.
Le sculpteur et médailleur Sperandio ' était, comme Niccolô dell' Arca, un étranger : il se rattachait par ses origines à la ville de Rome; son père, l'orfèvre Bartolommeo, fixé à Mantoue, puis à Ferrare, appartenait en effet à la noble famille romaine des Savelli. Sperandio naquit, selon toute vraisemblance, à Mantoue, vers 1426; il suivit son père à Ferrare et devint le médailleur attitré de la cour d'Esté, au service de laquelle il demeura jusqu'en 1477; après un séjour à Faenza, il se fixa, en 1478, à Bologne. On ignore où et quand il mourut : ce fut probablement vers i5oo, et non en 1628, comme on l'a longtemps cru.
Sperandio travaillait le marbre aussi bien que le bronze, et si l'on ne peut lui attribuer que par conjecture certains bustes ou certaines sculptures décoratives (buste en terre cuite de Jean II Bentivoglio, dans la collection Orloff" à Paris; has-relie{ d' El éonore d'Aragon, dans la collection G. Dreyfus, etc.), il est aujourd'hui acquis qu'il exécuta, en 1482, le tombeau du Pape Alexandre V, dans l'église San Francesco à Bologne, œuvre lourde et empâtée, avec des figures pauvres et vides. On affirme qu'il modela vers la même époque les chambranles (en terre cuite) de la jolie porte de l'église Santa Caterina (ou Corpus Domini) dans la même ville, avec ses génies, ses candélabres, ses mascarons, à la fois pleins de naïveté et pleins de charme, nullement comparables au malencontreux tombeau d'Alexandre V. — Nous aurons à apprécier plus loin le mérite de Sperandio comme médailleur '.
Parmi les sculpteurs originaires de Bologne, le Cicérone mentionne avec force éloges les œuvres ■ — des terres cuites principalement — de Vincenzo Onofri, l'auteur du mausolée de l'évêque Nacci à San Petronio (vers 1480), du buste du philosophe Beroalde à San Martino Maggiore (1604) , et de différents autres ouvrages. Il y relève la finesse, la grâce et la vie. '
1. BiBL. : A. Venturi : Archivio storico deW Arte, 1888, p. 385; 1889, p. 229.
2. Sperandio étant mort, selon toute probabilité, vers l'année i5oo, ne saurait être l'auteur du buste placé sur le tombeau de Mantcgna (f i.5o6). Ce buste, attribué par M. de Fabriczy à Bartolommeo Melioli, vient d'être revendiqué par MM. U. Rossi et Bode en faveur de Gian Marco Cavalli. (Archivio storico dell' Arte, 1888, p. 428.)