GUIDO MAZZONI
« Santa Maria délia Rosa » , à Ferrare, et la Vierge avec F Enfant adorée par des saints, autrefois dans l'église de 1' « Osservanza » , aujourd'hui au dôme de Modène. Venise et Crémone s'enrichirent également d'œuvres similaires, aujourd'hui détruites.
En 1489, Mazzoni se rendit à Naples, où il résida plusieurs années durant. Outre le buste en bronze du roi Ferdinand (gravé t. I, p. 1 15), il y modela la célèbre Déposition de croix de l'église de Monte Oliveto (gravée page 257). Cette composition est à la fois plus crue et plus théâtrale que celle de Modène : au lieu de grouper harmonieusement les personnages, l'artiste les a simplement juxtaposés, et de telle manière que la plupart d'entre eux se montrent de profil (on affirme qu'il y représenta l'historien et poète Pontano sous les traits de Nicodème , Sannazar sous ceux de Joseph d'Arimathie, Alphonse sous ceux de saint Jean). Après avoir suivi Charles VIII en France (où nous le retrouverons plus tard), Mazzoni, après un premier voyage à Modène en i5o7, revint se fixer définitivement dans sa ville natale en i5i6, chargé d'honneurs et de richesses; il y mourut deux années après, en i5i8.
Dans son testament, l'artiste (qualifié de « magnificus comes et eques dominus Guido de Mazonis ») divisa en trois parties sa fortune, qui était fort ronde : il en laissa une partie à sa veuve et à ses parents, la seconde au montde-piété de Modène, la dernière aux pauvres.
Par son réalisme, non moins que par son culte pour la polychromie, Mazzoni appartient encore à l'ère des Primitifs : il les dépasse, d'un autre
Fragment d'une statue de Mazzoni.
(Collection du comte Cesis à Modène.)
côté, par l'extrême souplesse de son style et par la puissance du sentiment dramatique.
Un autre artiste considérable de Modène, Antonio Begarelli (i565), nous échappe par la date de ses travaux.
A Venise, la sculpture, sans connaître les fortes études et sans nourrir les hautes ambitions de l'École florentine, nous offre un ensemble de productions varié, intéressant et séduisant au suprême degré : statues, bustes et bas-reliefs, retables, frises et cariatides, cheminées et tombeaux, margelles de puits et bases de mâts ', marbres, bronzes et terres cuites. Aussi bien les architectes, presque tous habitués à manier le ciseau en même temps que le compas, lui faisaient-ils la part belle : à l'opposé des architectes-peintres, tels que Bramante, Raphaël, Peruzzi, ils mettaient leur gloire à charmer, non par la correction des lignes, mais par le luxe des détails et prodiguaient sans compter rinceaux, arabesques, masques et mascarons, ornements de toute nature. Ils se rencontraient sur ce point avec leurs voisins les Lombards, dont ils procèdent sur bien des points : les principaux d'entre eux, pendant la période qui nous occupe, les Lombardi, avaient en effet pour patrie les environs du lac de Côme ; seuls Antonio Riccio et Leopardi pouvaient être revendiqués, le premier par Vérone, le second par Venise même. Sans suivre exactement les errements de l'École personnifiée par les Mantegazza, les Omodeo, les Solari, les Bambaja, etc., les sculpteurs vénitiens aboutirent cependant à des résultats à peu près identiques : la suavité des types et le sentimentalisme des expressions se substituèrent chez eux à l'âpreté primitive. Je ne serais pas éloigné de croire que l'influence de Léonard de Vinci y fût pour quelque chose, quoique le maître ne semble avoir visité Venise qu'assez tard et n'y avoir séjourné que peu de temps. Cette influence a pu s'exercer par le canal de Verrocchio, qui portait en lui à l'état plus ou moins latent quelques-uns des traits distinctifs du génie de son immortel disciple; elle se propagea plus tard, après 1490, par l'initiative d'Andréa et de Cristoforo Solari, fixés un instant à Venise. Enfin les œuvres mêmes de Léonard éveillèrent un écho au milieu des lagunes : nous le savons par la copie en marbre de la Cène, dans l'église « Santa Maria dei Miracoli ».
Si les sculpteurs vénitiens se rapprochaient, d'autre part, des sculpteurs de
I. Pour toutes ces sculptures décoratives, je renvoie le lecteur à l'ouvrage de M. Molinier : Venise, ses arts décoratifs et ses collections. — Tout est à admirer dans ce siècle* béni et dans cette ville fortunée. « On s'oublierait une journée, dit Charles Blanc, rien qu'à regarder les margelles des citernes du Palais ducal, sculptées d'un goût charmant par deux artistes du xvi° siècle, Niccolô Conti, Vénitien, et Alphonse Alberghetti, de Ferrare. Flanquées de cariatides, de sirènes, historiées de sujets bibliques, ciselées de mille arabesques en haut et basrelief élégamment tourmentées, ces belles vasques sont travaillées comme des coupes de Benvenuto, et revêtues, à l'intérieur, de plaques en bronze niellé. « (De Paris à Venise, p. 146.)