‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 206 sur 288 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

a cependant exécuté une série d'ouvrages intéressants, au palais municipal de Brescia (bustes à' Empereurs, 1 499-1500), à la Chartreuse de Pavie et surtout à Gênes. Il est l'auteur du superbe bas-reliet de l'église de Folleville, dans le département de la Somme'.

Quant au sculpteur Marco Ferrari d'Agrate, que l'on range d'ordinaire parmi les contemporains d'Omodeo, il appartient en réalité à une période bien postérieure. Son Saint Barthélémy date de i562, son Saint François de Paule de 1571 -.

A Côme, les frères Tommaso et Jacopo Rodari, originaires de Maroggia, près du lac de Lugano (p. 378), se sont immortalisés par les sculptures de la cathédrale. La décoration de la porte latérale du nord, l'exécution d'un autel, et surtout les monuments commémoratifs des deux Pline, sur la façade (l'un porte la date 1498), etc., nous montrent, à côté d'un style fort maniéré, une accumulation fastidieuse de réminiscences antiques. Ces artistes, ainsi que M. Rahn l'a prouvé dans le mémoire cité ci-dessus (cf. p. 3o2, 873), sont étrangers à la décoration, si curieuse, de la cathédrale de Lugano : il faut en faire honneur à une École locale''.

On voit quelle génération laborieuse et vaillante s'était développée au milieu de cette province exubérante, avec ses gras pâturages bordés de mûriers, au feuillage d'un vert si tendre et si brillant, ou d'ormes se reliant les uns aux autres par des festons de vignes, entre les montagnes et les lacs, dans les vallées ensoleillées, fermées de toutes parts. Ouverte aux idées poétiques et douée de l'instinct de l'art, pour ne pas dire de l'instinct du beau, il ne lui manquait que de savoir. Mais n'est-ce pas là quelquefois une force? Les Florentins, eux, savaient, ils ne savaient que trop, et voilà pourquoi l'originalité disparut si vite chez eux. Chez les Lombards, au contraire, nous assistons à un véritable cas de génération spontanée : en peu d'années surgit une École incorrecte, vivante, amusante au possible, ne doutant de rien, se plaisant à bouleverser toutes les règles reçues : notre curiosité, blasée par la monotonie du classicisme, se ranime devant ces créations originales, bizarres, parfois grotesques; ici du moins nous découvrons de la sincérité et de la vie.

1. Voy. Alizeri, Notifie dei Professori de! Disegno in Liguria, t. V. — Palustre, la Renaissance en France. — La Renaissance au temps de Ctiarles VIII, p. 538. — Gaurico, de Scutptiira, édit, Brockhaus, p. 74.

2. Annati delta Fahhrica del Dtioiiio di Milano, app., t. II, p. 223.

3. Sur l'histoire de la sculpture à Gènes, voy. t. I, p. 198; t. II, p. 3o8-3o9. — Aux artistes toscans signalés comme ayant travaillé dans cette ville, il faut ajouter Benedetto Buglioni ('499). Par contre, Civitale et Sansovino ont exécuté, le premier à Lucques même ou à Carrare, le second à Florence (et non sur place), les statues destinées à la cathédrale. Sur les différents autres artistes étrangers fixés à Gênes et sur les belles portes historiées de cette ville, voy. le tome V des Notifie dei Professori del Disegno in Liguria d'Alizeri.

Puis, après avoir débuté par l'âpreté, l'École milanaise tombe dans l'afféterie et la fadeur. L'influence de Léonard de Vinci a très certainement été pour beaucoup dans cette évolution. Les sculpteurs lombards, étrangers aux fortes études des Florentins et hommes de sentiment avant tout, ne voyaient en effet dans les créations de ce souverain maître de la peinture que le résultat final, je veux dire la suavité de l'expression, sans soupçonner la masse infinie d'études au moyen desquelles ce résultat était obtenu. En un mot, entraînés par le courant, ils abandonnaient d'un cœur léger le terrain du réalisme, si familier aux Primitifs, pour aborder des sphères où ils n'étaient soutenus ni par la science du dessin, ni par la pureté du goût.

Anges tenant le saint Suaire, par Omodeo. (Chartreuse de Pavie.)

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