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PEINTRES DE GENRE ET PORTRAITISTES

sur tant de points l'antithèse de la grande peinture d'histoire et qui suppose la passion du réalisme autant que celle-ci suppose le culte de l'idéal, ne cessa de tenter, au Nord comme au Midi, les peintres les plus illustres, les Vénitiens et les Lombards aussi bien que les Florentins et les Romains (seuls les Ombriens le négligèrent, absorbés qu'ils étaient par les préoccupations religieuses). C'était le vieux filon réaliste des Primitifs qui se poursuivait à travers la transformation si complète de la peinture italienne.

Le xv" siècle (t. I, p. 594)' ne connaissait guère que les effigies proprement dites : le xvf siècle créa le portrait historique, avec une mise en scène brillante et une foule d'accessoires destinés à compléter, sinon la ressemblance physique, du moins la physionomie morale. On remarquera la rareté des portraits de profil : le xyf siècle, avide de mouvement et de couleur, les trouvait évidemment trop monotones et trop peu animés. Les portraits de Raphaël offrent toute l'importance de grandes pages d'histoire. Mais si certains des originaux qui ont posé devant lui sont devenus des types (Jules II, l'énergie indomptable; Léon X, l'épicurisme intellectuel, etc.), cela tient à la physionomie même de ces originaux,

non à la transformation que leur a foit subir l'artiste. Celui-ci en effet professait pour la vérité individuelle un respect profond. Il s'efforçait, comme l'a fort bien établi un esthéticien anglais, de « montrer tout le tempérament et le caractère, la créature réelle et active avec toutes les marques de son tempérament et de ses habitudes actuelles, avec toutes les indications qu'exerçaient sur lui ses actions immédiates; sans esprit ou sans amertume aucune, sans la moindre tendance à torturer la réalité pour la transformer en caricature ou en monstruosité; peut-être même sans excès d'analyse psychologique pour

Élude de costume, par Manteg-iia.

(Fragrment de la Présentation au temple.)

(Musée des Offices. }

I. La passion pour les portraits, à peu près inconnue au n:oyen âge, prit des proportions inusitées. Bon nombre de souverains, a commencer par le roi de France Charles VIII, illettré insigne s'il en fut, en faisaient collection. Paul Jove en réunit une série d"une richesse extrême (p. 107). Sur les portraits commandés par les Gonzague aux Bellin, voyez VArchivio storico deWArte, 1888, p. 276.

E. Mùntz. — II. Italie. L'Age d'Or. '2

comprendre la signification exacte de ce qu'il peignait; il allait droit au fait et paraissait absolument insensible, comme n'ayant pas l'alternative d'agir autrement*. »

En vrais spiritualistes, en vrais adeptes de la doctrine platonicienne (voy. p. 75 le mot de Socrate), les peintres de l'Age d'Or subordonnent tout à la figure humaine et n'admettent pas que la nature animée ou inanimée ait sa raison d'être en dehors de l'homme. Nous avons déjà constaté la disparition des ANIMALIERS. Les paysagistes proprement dits ne sont pas plus nombreux. Il serait même impossible, je crois, de découvrir, pour toute la première partie du xvf siècle, un paysage n'ayant pas pour unique destination de servir de fond à une composition historique".

Néanmoins on constate, chez les Florentins et les Ombriens aussi bien que chez les Vénitiens, chez le Pérugin, chez Francia, chez Léonard de Vinci, chez Lorenzo Lotto (Saint Jérôme du Musée du Louvre) ^ et surtout chez le Giorgione, une tendance à accorder au paysage une place prépondérante. Ce paysage, Pinturicchio, Léonard et certains Vénitiens le détailleront à la façon des Flamands, en y mettant autant de fraîcheur que de poésie, tandis que le Pérugin l'envisagera par grandes masses, en prenant pour base la campagne romaine avec ses lignes monumentales, créant ainsi le vrai paysage italien.

En effet, la nature en Italie n'offre pas les côtés intimes et familiers qui caractérisent les pays du Nord, des dessous de bois vaporeux, des sources cachées dans les fougères et les mousses. Le sol, plus rocailleux, se prête moins au développement de cette végétation luxuriante qui fait l'ornement de tant de nos provinces, de la Normandie par exemple (je songe en écrivant ceci aux délicieux environs de Trouville, de Villerville, de Honfleur). Tout se présente au delcà des Alpes avec un caractère de simplification plus grand : les formes générales du paysage ont des arêtes plus nettes; le détail est moins touff'u et moins fouillé. Les paysages du Poussin et de Claude Lorrain, avec leurs lignes si simples et si nobles, ont forcément pris naissance en Italie; ceux de Paul Huet, de Rousseau, de Corot, de Dupré, de Français, ne se conçoivent que dans notre climat septentrional".

1. Vernon Lee, Euphorion, heing Studies 0] the antique and the mediaval in the Renaissance, p. 255. Londres, i885.

2. Signalons cependant la belle définition du paysage donnée par Balthazar Castiglione dans h Courtisan : « Cette masse de l'univers, que nous contemplons avec l'immensité du ciel brillant des rayons de tant d'étoiles, et, au milieu, la terre entourée par les mers, acciderftée par des montagnes, des vallées et des fleuves, et décorée d'une grande variété d'arbres, de plantes et de fleurs, ne peut-on pas dire que c'est un noble et grand tableau composé par la main de la nature et de Dieu ?» — Comme paysages purs , c'est-à-dire comme paysages sans figures, je ne puis citer pour cette période que quelques estampes, entre autres les deux Paysages gravés par Domenico Campagnola. (Passavant, h Peintre Graveur, t. V, p. 171.)

3. Le lecteur trouvera dans les chapitres qui précèdent une foule de notices, dont il y a lieu

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