LA TRADITION ANTIQUE
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poèmes arcadiques. Nous devons donc faire abstraction de la signification religieuse de ces mythes pour ne nous attacher qu'à leur sens symbolique;
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Cérès. Fac-similé d'une sravure de Robetta.
ainsi seulement nous comprendrons comment ils ont vécu jusqu'à nos jours, comment ils vivront aussi longtemps que la civilisation même issue de l'antiquité, cette civilisation née une seconde fois avec la Renaissance.
Les amateurs et les artistes ne furent pas seuls à encourager ou à répandre les souvenirs du monde classique. Le domaine de l'antiquité était si vaste, que toutes les formes de gouvernement, républiques comme monarchies, y trouvaient leur compte : aux unes, elle offrait l'image de la prospérité terrestre; à d'autres, d'éclatants exemples de la justice des dieux, d'un amour farouche de la liberté ou de la puissance de l'Empire romain. Les chefs d'États et les municipalités'comprirent rapidement combien ils avaient d'intérêt à invoquer tant de hautes leçons de patriotisme, à personnifier les grandes forces morales de la société en des figures plastiques parlant si nettement aux yeux. Hôtels de ville et tribunaux s'ouvrirent aux héros de l'antiquité ou aux réminiscences du polythéisme, même dans les régions les plus attardées. Au « Cambio )> (la salle des Changeurs) de Pérouse, le Pérugin peignit, comme représentants de la Justice, Camille, Pittacus et Trajan; comme représentants de la Prudence, Fabius Maximus, Numa Pompilius; de la Modération, Scipion, Périclès et Cincinnatus; du Courage, L. Licinius, Léonidas, Horatius Codés, puis Caton, qui tous se prélassent à côté des Sibylles et des Prophètes. Venise, si longtemps réfractaire à la Renaissance, finit par accueillir avec enthousiasme, au palais des Doses, sur les bases de ses mâts, sur les bucentaures, sur ses médailles et ses monnaies, ces images, les plus claires et les plus éclatantes qu'on ait jamais conçues. La mythologie, l'histoire grecque et l'histoire romaine cessèrent par là d'être lettre morte, pour redevenir la chair et le sang de la nation. Au palais municipal de Brescia on choisit, pour personnifier la Justice, un mélange de scènes bibliques et de scènes païennes : ï Histoire de Su:;anne, — Philippe de Macédoine réparant une sentence injuste, — Charondas se donnant la mort pour avoir enfreint une loi qu'il avait promulguée, — Seleucus se crevant un œil et faisant crever l'autre à son fils, — le Jugement de Camhyse, — Manlius condamné à mort par son père, — la Justice de Trajan, — le Jugement de Salomon (fresques attribuées tour à tour à Giulio Campi et à Antonio Campi).
L'antiquité s'assura une place jusque dans l'art de la guerre et sur les engins de destruction. Les figures de Mars et de Bellone servirent à orner les façades des arsenaux ou des casernes, les canons, les cuirasses, les casques; la tête de Méduse devint l'ornement obligé des boucliers (rondache de Léonard de Vinci, boucliers de l'Armeria de Madrid, etc.).
(Constatons en passant que, contrairement à toute présomption, cette époque profondément spiritualiste accueillit sur un pied d'égalité les divinités représentant les forces de la nature et celles qui symbolisaient une idée morale).
Un autre signe des temps, c'est l'apparition, sur les places publiques, de statues monumentales sculptées ou fondues en l'honneur des dieux. Jusque vers la fin du XV" siècle, les sculpteurs, en exécutant les simulacres des divinités païennes, auraient craint de froisser les sentiments des fidèles. Seul Donatello avait eu le courage, dans son Cupidon, de donner au dieu de l'Amour les dmiensions d'un être réel. Longtemps ses contemporains ou successeurs
LES COLLECTIONS D'ANTIQUES. io3
n'osèrent pas sortir, pour cet ordre de représentations, du bas-relief ou de la statuette. Voilà que tout à coup Michel-Ange prend pour sujets de statues de grandeur nature Cupidon endormi et Cupidon bandant son arc, Bacchus, Apollon, auxquels font suite le Mercure de Bandinelli, acheté par François F', et des Hercule sans nombre.
Bientôt sur les places publiques se dressent des statues colossales, telles que le Mars et le Neptune de Jacopo Sansovino, au Palais ducal de Venise, V Hercule et Cacus de Bandinelli et le Neptune d'Ammanati, sur la place de la Seigneurie de Florence, pour ne point parler du Neptune de Jean Bologne. Les idoles ont repris possession de l'Italie.
Mais, avant d'examiner comment la génération nouvelle comprit et comment elle mit en œuvre tout ce monde de souvenirs, il nous faut déterminer la nature et l'importance des documents qu'elle tenait de l'antiquité, les sources auxquelles elle puisa ses idées, les modèles dont elle se servit pour assouplir ou ennoblir son style. Nous commencerons, comme de raison, par dresser la statistique des idées et des sujets empruntés à la littérature grecque ou romaine; quant aux monuments de l'art figuré, dont l'étude a permis, d'une part, de donner à ces sujets leur couleur locale, de l'autre, de se rapprocher du style antique, nous les passerons en revue dans la seconde partie du présent chapitre.
Quelque nombreux qu'eussent été les modèles antiques découverts ou utilisés par la Première Renaissance, ces ressources comptaient peu au prix de celles dont disposa la génération suivante.
Prenons l'architecture. Certes, la Seconde Renaissance ne remit au jour aucun temple, aucun amphithéâtre, aucune basiHque; mais elle étendit ses recherches aux ruines de l'Italie méridionale et de la Sicile (Fra Giocondo, Giuliano da San Gallo, Francesco di Giorgio Martini, Bramante, Morto da Feltro), à celles du midi de la France (Giuhano da San Gallo), ainsi qu'à celles de la Grèce et de l'Asie Mineure (sous les auspices de Raphaël). D'autre part, les fouilles entreprises, par exemple, dans les thermes de Titus à Rome devinrent pour l'ornementation le point de départ d'une ère nouvelle, en lui révélant la catégorie d'ornements si importants à laquelle on donna le nom de Grotesques, et en l'initiant en outre à toutes les ressources de la décoration en stuc. Enfin, et ce seul progrès suffirait pour différencier la Seconde Renaissance d'avec la Première, une série d'architectes éminents s'appliquèrent à serrer de plus près le texte de Vitruve (Francesco di Giorgio Martini, Fra Giocondo, Raphaël, Cesariani, B. Peruzzi, CaporaH, le commentent ou le traduisent; la première édition paraît à Rome en i486), tandis que les autres mesurent avec plus de rigueur les monuments antiques existants. C'est à ce dernier rôle que se consacra l'armée d'architectes de la Toscane et de la Lombardie qui s'était abattue
sur Rome : les Cronaca, les San Micheli, les Bramantino Suardi, les Falconeto, les Labacco et tant d'autres.
Dans son célèbre Rapport à Léon X, document qui marque une étape capitale dans ces études, Raphaël insiste pour que les monuments antiques soient dessinés en plan, en coupe et en élévation. Cette mnovation ne tarda pas à faire loi ; elle présida aux principaux recueils qui se succédèrent à des intervalles de plus en plus rapprochés à partir du règne de Léon X.
Pour la sculpture sées étaient d'une l'autre Rome leurs école fécon
les deux grands mupart Florence, de On a vu ailp. S-i) quelle hautes et études
Grotesques du l'cruyin. (Tribunal « del Cambio » à Perouse)
constituèrent pour la jeunesse artiste les jardins des Médicis. Afin de compléter l'action de ces modèles muets, Laurent le Magnifique les plaça sous la surveillance d'un sculpteur doublé d'un archéologue, de Bertoldo, l'élève de Donatello, le plus ancien en date des conservateurs de musées. Bertoldo cumulait probablement ces fonctions avec celles de restaurateur. La Renaissance, en effet, et en cela elle faisait fausse route, n'admettait pas l'on exposât une statue mutilée : elle s'efforçait de la compléter, parfois dans des données absolument arbitraires. D'autre part, entraînée par ses tendances littéraires, elle s'obstinait à donner un nom à chacune de ces nombreuses figures antiques, dans lesquelles il ne faut voir que des guerriers gaulois ou des portraits d'athlètes : de là à placer dans la main qui manquait l'attribut d'une divinité, il n'y avait qu'un pas : il fut franchi. Ces pieuses supercheries ont donné fort à faire à la critique moderne, occupée, avec une sollicitude si justifiée, à éliminer toute addition parasite.