FILIPPINO LIPPI
')ÛÔ
Dans le Martyre de saint Jean rÉvangéliste, Filippino nous montre le proconsul — fort correctement costumé à l'antique — se tenant sur son trône et étendant les mains vers le saint qui prie, debout dans une chaudière d'huile bouillante. A côté du proconsul, un vieillard, un licteur et un soldat, qui regardent attentivement; à droite et à gauche du saint, les bourreaux, l'un occupé à attiser le feu, l'autre qui cherche à jeter un fagot dans les flammes, mais qui, effrayé par la chaleur, recule en faisant une grimace caractéristique. Un soldat le protège avec son bouclier , tandis qu'un autre soldat et un licteur discutent avec vivacité cet épisode. La composition , très habilement agencée et très mouvementée, est déparée par le luxe d'armes et d'attributs antiques : l'enseigne avec une main levée et les signes S. C, le fanion avec le S. P. Q.. R., la statue de Mercure se détachant sur l'horizon, etc.
Cet excès d'érudition a valu à Filippino les éloges de Vasari, qui admire dans les tresques de la chapelle Strozzi la nouveauté et la variété des
inventions: hommes armés, temples, vases, casques, armures, trophées, lances, bannières, costumes, coiffures, vêtements sacerdotaux et détails de tout genre.
La troisième fresque. Saint Philippe chassant le démon de la statue de Mars,
aboiements d'un chien, laisse tomber le morceau de pain qu'il tient à la main. Ces traits essentiellement familiers prouvent que les peintres florentins ne cherchaient pas seulement à intéresser, mais encore à amuser le public.
Prétendu portrait de Masaccio, attribué à Filippino Lippi. (Musée des Offices.)
niS'roiR]<: di-: l'Art pkndaxt la renaissance.
représente Mars, debout sur un piédestal compliqué et brandissant une torche. Autour de lui, sur l'espèce d'autel dont il occupe le centre, des cariatides, des Victoires tenant des prisonniers, des trophées et toutes sortes d'attributs guerriers. Devant lui le démon s'enfuyant par un trou. Ce trou a sa légende : d'après Vasari, il produisait une telle illusion, qu'un soir un des élèves de Filippino courut en toute hâte y cacher un objet qu'il voulait dérober à la vue d'un visiteur qui frappait à la porte. Au premier plan, Filippino a donné place à l'apôtre, aux prêtres de Mars, à une foule diversement agitée. Aux spectateurs placides alignés par Ghirlandajo autour de la scène principale il oppose des acteurs
véritables, ardents et inquiets, tout entiers à leur rôle; les uns, à moitié suffoqués par les exhalaisons du démon, se bouchent le nez, d'autres s'empressent autour du jeune prince défaillant ou s'inclinant, avec les marques d'un respect profond, devant le saint apôtre. Et que celui-ci est imposant, avec son bras levé par un geste digne de celui de saint Paul dans la chapelle du Carminé! Tout est mouvement et dislocation dans cette page étonnante :
il n'est pas jusqu'aux cariatides de l'arc de triomphe qui ne se démènent et ne
Tête d'Hérétique, par Filippino Lippi.
(Eglise de la Minerve à Rome.)
grimacent.
Cette exagération était peut-être nécessaire pour rompre avec la raideur des Primitifs. Je ne crains pas d'aftirmer que Filippino forme dans la dernière évolution de la peinture italienne, entre Ghirlandajo et Raphaël, un anneau que l'on ne saurait supprimer sans laisser dans la chaîne une solution de continuité.
Dramaturge consommé, s'entendant comme pas un aux effets de théâtre, Filippino a en outre le droit de figurer parmi les ancêtres du rococo. Le premier, il a pris plaisir à combiner de la façon la plus audacieuse les membres d'architecture et les ornements, à violer toute les lois de la statique et de la vraisemblance. Ce ne sont chez lui qu'obélisques qui surplombent, ailes bizarrement évidées, accumulations grotesques.
La dernière page de ce cycle mémorable, le Martyre de saint Philippe, abonde en figures patibulaires, vrai gibier de potence, et en attitudes disloquées. Le§ bourreaux se livrent à des tours de force pour dresser la croix : les uns la calent av€c des échelles, d'autres tirent sur elle à l'aide de cordes; un vieillard cherche à en soulever la base en se servant d'un levier qu'il appuie sur un chapiteau. C'est toujours, on le voit, la donnée réaliste chère aux Florentins,
m m mj^i
r!Cr»
^ ■ iMT l*tiii,ii>i'K ^lf.^ssi.^^
( Koi.itiK Swi \ ■ «
KSpi K I>r. h'iMI'l'lNO Lll'PI
||^l■M^': rti f
(>5h msroiRi; di-; lakt i>i:m)an'I' i.a KLNAissANct:.
acvj,.
représente Mars, debout sur un piédestal compliqué et brandissant une torche. Autour de lui, sur l'espèce d'autel dont il occupe le centre, des cariatides, des Victoires tenant des pri >, des tropliçcs et toutes sortes d'attributs guer-
riers. Devant lui le déinon s'ent'uyant par un trou. Ce trou a sa légende : d'après Vasari, il produisait une telle illusion, qu'un soir un des élèves de Filippino courut en toute hâte > cacher un oSîrt qu'il voulait dérober à la vue d'un visiteur qui frappait à la porte. Au plan^ Filippino a donné place à l'apôtre,
aux prêtres de Mars, à un: ..'rsement agitée. Aux spectateurs placides
alignés p.- ■ , one principale il oppose des acteurs
véritables, ardents et inquiets, tout '■s à leur rôle; les uns, à moitié par les exhalaisons du dé- .x)uchent le nez, d'autres s'em- ^ 'our du jeune prince défail-
r. avec les marques M' "id, devant le saint
st imposant, par un }.'< i Paul dans U wU-peiie uu L-ù;iiiUie! Fout est mouvement et dislocntion dans cette page étonnante :
il n'est pas jusqu'aux cariatides de l'arc de triomphe qui ne se démènent et ne
Tcto d'Hôréii . '^ ^
• Kirii' L^ri-macei''
Cette ' tu;-:! eï:ui peut-être ne-
•u! ïo\ ^^■' ' ' pas d'affirmer
iiibuiiiuic : au.v eiîcts de théâtre,
1 outre le dro ..rres du rococo. Le pre-
pîaisir à conu'nu' audacieuse les membres
u d ' les ornements, Ji >>is de la statique et de la
ie sont chez ■ :cs qui surplombent, ailes
en i;,y .-
bourreaux ..c
avec des éch^.
iii. > .
cherche .\ en