‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 255 sur 288 · ll■:lu;K i>h Saint Simi · texte numérisé non relu

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HISTOIRE Di: L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.

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Commencés vers i5i4, ' terminés vers i5i6 : des n.- (tissées à Bruxelles dans les At..-iii' la chapelle Sixtine.

Il est à peine n ' ■ vésàP' ■ ^' • terre) et qut

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Jc V Histoire de Psyché, les Planètes de la chapelle Chigi, dans l'église Sainte-Marie du Peuple, et plus encore certaines esquisses, dont la plun.irî ne sont plus connues que par les gravures de Marc-Antoine, le Jugement Neptune calmant les flots (gravures p. 117, 127), les Signes du Zoune série de Fcnns, la Peste de Phrygie (gravée p. 107), nous montrent enfin une interprétation de l'antiquité aussi loyale et correcte dans la conception i' ne 7H)Sle et pure dans le dessin même des fi»ures. T.e charme était ' jopstitutions vainement p< ab( J'tence désirable, mais avi par M '^e frivolité par Filippino Lippi, rencontraient l'inter, '"^ indépendant, capable d'évoquer le passé avec la pi cesser d'être l'homme de son temps.

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longtemps et avec un tel éclat, qu'il ne faut pas lui en vouloir si la science à son tour le tenta : la continuation des travaux du nouveau Saint-Pierre, la restitution de la Rome d'autrefois, qu'il poursuivait sur le papier, n'étaient-elles pas d'ailleurs, elles aussi, des œuvres d'imagination, ne devaient-elles pas également mettre en action la puissance créatrice!

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Les tableaux de sainteté peints sous le pontificat de Léon X ne décèlent que trop souvent l'intervention des élèves, surtout celle du violent et brutal Jules Romain. Raphaël, débordé, accablé, se voyait réduit à esquisser les cartons; quant à l'exécution des peintures, force lui était de l'abandonner à la phalange de disciples et de collaborateurs qu'il avait groupée autour de lui. Ainsi s'expliquent les lourdeurs du coloris.

Pour toute une série de Madones (la Perle du Musée de Madrid, etc.), le Poileineiit de croix, au même Musée, ]a Vision d'E:^écbiel, au palais Pitti, la Sainte Famille de François I", au Musée du Louvre, le Saint Michel, au même Musée, nous sommes forcés d'admettre ou que la main du maître s'est alourdie, ou qu'il a recouru à ses collaborateurs sur une plus large échelle que par le passé. Or, que sa main ne s'était pas alourdie, que son inspiration n'avait pas faibli, c'est ce que prouvent quelques pages hors ligne, qui appartiennent incontestablement à cette dernière période : la Sainte Cécile (peinte en i5i6), aujourd'hui à la Pinacothèque de Bologne, la Vierge à la chaise (gravée p. 75), au palais Pitti, l'admirable Vierge de Saint Sixte, au Musée de Dresde, et la Transfiguration, la dernière en date des compositions du maître (à la Pinacothèque du Vatican). Ces deux pages immortelles, l'une reposée et recueillie, l'autre éclatante et victorieuse, brillent non seulement par une fraîcheur d'impressions, ou une vigueur de conception, qui ne le cèdent en aucune façon à celles des plus belles années de la jeunesse de Raphaël, mais encore par la magie du coloris, par une tonalité souple et harmonieuse, par une entente du clair-obscur, qui arrachèrent devant l'une d'elles au jeune Corrège le cri : moi aussi je suis peintre, « anch'io sono pittore ». La Vierge de Saint Sixte offre, à côté de détails qui sentent le Primitif (la position — encore toute péruginesque — des pieds de la Vierge, l'arrangement des deux rideaux roulant sur

Les Parques

(Bordure des tapisseries

de Raphaël.)

une pauvre tringle, etc.), une poésie tellement haute et de telles échappées sur l'infini, qu'elle nous apparaît comme la suprême expression du mystère de l'Incarnation.

Dans la Transfiguration, la partie supérieure, la seule qui soit entièrement peinte de la main de Raphaël, nous transporte dans les régions éthérées où tout est lumière et esprit. Les figures du bas, violentes d'attitudes et dures de coloris, témoignent malheureusement de l'intervention de Jules Romain.

Parmi les portraits de cette période, celui de Léon X, au palais Pitti, s'impose ànotre admiration'par la puissance de la caractéristique et la richesse de la mise en scène. Pour être de dimensions plus restreintes et d'un aspect plus modeste, le portrait de Baltha^ar Castiglione, au Musée du Louvre, n'en séduit pas moins, grâce aux rares et extraordinaires qualités de coloriste que Raphaël y a déployées. Que les Aristarques, qui lui reprochent de n'avoir été qu'un dessinateur, s'arrêtent devant ce morceau d'une tonalité en apparence si simple, mais en réalité d'une finessse et d'une harmonie inimitables : ils reconnaîtront que Raphaël s'y montre le rival, non seulement des peintres vénitiens contemporains, mais encore le précurseur des peintres espagnols et hollandais; Rubens et Rembrandt ne s'y trompèrent point, lorsqu'ils copièrent tous deux ce chef-d'œuvre.

A la suite d'une telle merveille, on hésite à citer le portrait de Jeanne cT Aragon (également au Louvre), peint en i5i8, d'après une esquisse prise à Naples par Jules Romain, et même le Joueur de violon, au palais Sciarra Colonna à Rome.

Quoique Raphaël, en vrai fils du Midi, professât avant tout le culte des formes nettes, fermes et pures et des conceptions véritablement plastiques, la fantaisie propre aux pays du Nord parfois éveilla un écho dans cette âme vibrante : le lecteur a pu voir 'par la reproduction de la Carcasse (p. i53) que le chef de l'École romaine savait à l'occasion donner un corps aux cauchemars et aux visions des ténèbfes, provoquer le frisson, éveiller de mystérieuses terreurs. Jérôme Bosch et Albert Durer eussent pu être fiers de signer cet essai magistral : il ne le cède en rien au Chevalier de la mort.

Cepen(iant cet effort incessant, cette production d'une fécondité sans pareille, finirent par épuiser le frêle et délicat artiste, aux yeux langoureux, au doux sourire, à la longue chevelure noire que nous montre le portrait dans lequel Raphaël s'est représenté lui-même. Atteint par une fièvre pernicieuse, il sentit rapidement approcher l'heure fatale : comme un soldat frappé en plein triomphe, il succomba au moment où il mettait la dernière main à la Transfiguration. Il ne comptait que trente-sept ans (un an de plus que le prince des musiciens, que Mozart, avec lequel son génie a tant d'afiinités), lorsqu'il expira, le vendredi. saint (il était né un vendredi saint également), 6 avril i520.

La douleur causée par cette mort subite fut immense. Lorsqu'on exposa son cadavre dans son atelier, ce champ d'honneur sur lequel il était mort, à côté de

RAPHAËL. 767

la Transfiguration, le contraste entre l'œuvre pleine de vie et l'auteur réduit à l'impuissance arracha des sanglots à toutes les poitrines. Ses -élèves, Jules Romain, Perino del Vaga, Jean d'Udine, Marc- Antoine et tant d'autres, perdirent le plus affectueux des maîtres; le pape pleura amèrement, à la nouvelle fatale, le plus zélé de ses collaborateurs, l'Italie un des plus glorieux d'entre ses fils. Les artistes de Rome entière accompagnèrent à sa dernière demeure, au Panthéon, où il repose aujourd'hui, en compagnie du premier roi de l'Italie unifiée, de Victor Emmanuel, celui qui avait été comme la personnification même de la peinture.

Raphaël est un de ces génies prédestinés, « l'aboutissant de longues files obscures », qui résument le passé tout en préparant l'avenir. Nul n'a su féconder et vivifier comme lui les trésors de piété accumulés depuis les débuts du christianisme, se montrer tour à tour ample et majestueux à l'instar des artistes des basihques chrétiennes primitives, vif, ému ou pathétique à l'instar des artistes gothiques. Dans ce vaste concert des sentiments qui constitue le Panthéon chrétien, il n'en est pas un qu'il n'ait formulé et définitivement consacré : la ferveur et la sérénité, la tendresse et la passion, l'humilité ou l'extase, les idylles de l'Ancien Testament, les joies et les douleurs de la Vierge, la résignation des martyrs opposant la force d'âme à la force brutale.

Et son siècle même, ses amis et ses protecteurs, le paysage de sa patrie, avec quelle vérité et quelle force ne les a-t-il pas fixés à jamais, tantôt dans d'inexorables portraits, tantôt sous le voile transparent de ses tableaux de sainteté ou de ses tableaux d'histoire! Ainsi, les deux principes qui ont fait la grandeur de la Renaissance, le culte de la nature et la poursuite de l'idéal (cette dernière incarnée dans l'étude de l'antique), se sont fondus chez lui en une équation telle qu'on ne saurait la concevoir plus parfaite.

En un mot, comme dramaturge et comme portraitiste, Raphaël a prouvé qu'il savait, aussi bien que n'importe quel réaliste, saisir la physionomie de l'individu isolé, posant tranquillement devant le peintre, représenter avec une vérité saisissante soit l'effort ou la douleur physiques, soit les émotions de l'âme se traduisant par des gestes. Comme inventeur, comme poète, son imagination intarissable parvint à incarner les impressions ou les conceptions les plus complexes dans les figures les plus claires, les plus plastiques, évoquer les fêtes, dérouler les triomphes avec une fécondité de ressources que seuls trois ou quatre d'entre les plus grands peintres, Giotto, Mantegna, Rubens, ont égalées. « Il pensait avec des formes, a dit M. Taine, comme nous pensons avec des phrases. »

Mais sa raison d'être, et disons le mot, sa mission, consista plus encore dans l'intuition de cette beauté parfaite que la Grèce avait la première fliit briller aux yeux de l'univers ébloui et qu'il retrouva pour la plus grande gloire de la Renaissance, la seule des grandes époques de l'art qui puisse â cet égard se mesurer avec l'antiquité. Ici reparaissent les influences platoniciennes, qu

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ont tenu une si large place dans la genèse de l'Age d'Or. Raphaël eût voulu peupler la terre d'une race de dieux, jeunes et beaux comme ceux de l'Olympe, avec la tendresse et la pureté chrétiennes en plus. Qui mieux que lui a mis en pratique ces préceptes du divin Platon : « Ne faudra-t-il pas encore surveiller les artistes et les empêcher de nous offrir dans les représentations des êtres vivants, dans les ouvrages d'architecture ou de quelque autre genre, une imitation vicieuse, dépourvue de correction, de noblesse et de grâce et interdire à tout artiste incapable de se conformer à cette règle l'exercice de son art, dans la crainte que les gardiens de l'Etat, élevés au milieu des images d'une nature dégradée, comme au sein des mauvais pâturages, et y trouvant chaque jour leur entretien et leur nourriture, ne finissent par contracter peu à peu, sans s'en apercevoir, quelque grand vice dans leur âme? Ne devrons-nous pas au contraire rechercher ces artistes qu'une heureuse nature met sur la trace du beau et du gracieux, afin que, semblables aux habitants d'un pays sain, les jeunes guerriers ressentent de toutes parts une influence salutaire, recevant sans cesse, en quelque sorte par les yeux et les oreilles, l'impression des beaux ouvrages, comme un air pur qui leur apporte la santé d'une heureuse contrée, et les dispose insensiblement, dès leur enfance, à aimer et à imiter le beau et à mettre entre eux et lui un accord parfait? » (La République, trad. Cousin, t. IX, p. i57-i58.)

Ainsi envisagée, la beauté devient le corollaire de la vertu et l'art l'auxiliaire le plus puissant de l'éducation. Qii'importe que les lacunes de la nature humaine et les réalités de la vie viennent trop tôt ruiner un si noble idéal! Puisque tout est périssable ici-bas sauf les œuvres de l'esprit, sachons gré aux hommes de génie qui, comme Platon et Raphaël, ont affirmé dans d'éloquents paradoxes ou dans des figures radieuses cette foi dans la perfection, seule digne et seule capable de séduire et d'absorber les âmes d'élite.

Le Christ apparaissant à Saul, par Raphaël. (Tapisseries du Vatican.)

Sirènes et Génies. Bas-relief de l'église « Santa Maria dei Miracoli » à Venise.

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