Scène allégorique, par Jean Bellin
^Académie des Beaux-Arts de Venise.)
de Vempereur Frédéric Barberousse, etc. Et ces préoccupations se retrouvent à la fin du même siècle dans les compositions commandées par les confréries, l'Histoire de sainte Ursule, YHistoire de la vraie croix, ces chroniques si fidèles et si pittoresques de la vie vénitienne à l'époque de la Première Renaissance, ces tableaux de cérémonie si éblouissants.
Ainsi, tandis qu'ailleurs on allait à l'abstraction, ici on se retrempait sans cesse aux sources vives de l'histoire nationale.
De là aussi cette abondance de traits naïfs, piquants, familiers, et qui paraîtraient parfois vulgaires sans l'incomparable coloris qui les transfigure.
Dans le coloris, en effet, l'antagonisme entre l'École vénitienne et l'École florentine ne s'accuse pas moins. Les Florentins plaçaient un ton à côté d'un autre sans parti pris, presque au hasard; les Vénitiens au contraire s'efforcèrent de bonne heure d'augmenter l'effet de l'un par le voisinage de l'autre; grâce à des contrastes imprévus, ils rendirent leur gamme plus vibrante en même temps que plus harmonieuse.
On constate tout autant de différences entre l'École vénitienne et une grande École voisine, celle de Padoue, fondée par Andréa Mantegna. Ce maître brillait avant tout par la science de l'invention, de la composition, du dessin. Telle de ses fresques, par exemple la Vie de saint Christophe, ne laisse rien à désirer, ni au point de vue de la conduite dramatique, ni à celui de l'ordonnance, ni à ceux, plus spéciaux, de la perspective et du modelé. On y sent une inspiration très forte, formée par la lecture des auteurs classiques autant que par l'étude soit de l'antique, soit de la nature. Rien de plus rare au contraire, à Venise, que les sujets empruntés à la mythologie ou à l'histoire ancienne, du moins au xv'' siècle : les amateurs ne les auraient pas compris. La direction toute scientifique, propre à l'École de Padoue non moins qu'à l'École de Florence, demeura toujours lettre close pour l'École de Venise; elle dédaignait d'étudier méthodiquement l'archéologie, l'anatomie, la perspective linéaire, et même le dessin, cette « probité de l'art », d'après la définition d'Ingres.
Il est permis d'hésiter entre leur mol abandon et la science impeccable de leurs rivaux, de même que l'on peut opposer, à l'activité fébrile des industriels et des marchands florentins, des marchands de terre ferme, la noble assurance de ces grands seigneurs vénitiens, navigateurs en même temps que banquiers, familiarisés dès leur enfance avec le métier des armes aussi bien qu'avec la diplomatie, et qui, comme les Orientaux, cachaient les plus hautes qualités derrière je ne sais quel masque d'indolence.
Il nous reste à rapprocher l'École vénitienne de l'École ombrienne. D'accord pour donner la préférence au coloris sur le dessin, les deux Écoles se rencontrent en outre dans leurs tendances lyriques; la conviction religieuse tient lieu chez elles d'idéal et le sentiment remplace l'inspiration.