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LES ARTS DÉCORATIFS

Les procédés de reproduction inventés par le xv" siècle — fonte en bronze appliquée aux plaquettes et aux médailles, gravure sur cuivre et sur bois — répandirent partout les modèles des maîtres. Mais à la longue, par une réaction fatale, ils paralysèrent, puis tuèrent chez les artistes décorateurs toute espèce d'initiative : ce n'était pas impunément qu'on leur offrait , pour quelques baïoques, des compositions aussi parfaites que les estampes gravées par Marc-Antoine d'après Raphaël : la tentation était trop torte; si déjà les architectes , les sculpteurs et les peintres avaient trop souvent copié les modèles antiques, pouvait-on demander à un émailleur, à un potier, de s'ingénier à inventer des compositions nouvelles! De là ces innombrables copies, en majolique, en émail, sur vitraux, en tapisserie, en bronze ou en bois, du Jugement de Paris, de ï Histoire de Psyché et de tant d'autres pages, admirables en elles-mêmes, mais absolument déplacées sur des objets mobiliers. La postérité y a

perdu cette fouie de motifs originaux qui faisaient naguère le prix des moindres productions de l'art décoratif; et d'autre part une confusion fâcheuse s'est introduite dans les différentes branches de l'art. En effet, violant la règle si sage de la séparation des genres, on copiait indifféremment le même sujet en

E. Mùntz. — II. Italie. L'Age d'Or '^3

Le Retable de Gran. (Musée du Louvre.)

sculpture et en peinture, en métal ou en verre, dans des tapisseries gigan tesques, dans des reliures, dans des bijoux.

Un des faits les plus considérables dans cette nouvelle phase des industries d'art italiennes, c'est la position prise par les Vénitiens; la mosaïque, la dentelle, la reliure suivent l'impulsion qu'ils leur donnent; par leur canal, les éléments orientaux se mêlent aux éléments classiques. La faveur qui s'attacha aux motifs d'ornementation plane, si tranquilles et si riches, empruntés cà l'art arabe ou persan, est une nouvelle preuve, à ajouter à toutes les autres, de l'éclectisme

et de la tolérance qui caractérisaient la Renaissance italienne.

Des différentes applications industrielles de la sculpture — bronze, ivoire, stuc, etc. — il a été suffisamment question dans un des chapitres qui précèdent pour que nous puissions nous contenter ici de quelques indications sommaires.

Pour la SCULPTURE EN IVOIRE, unc demi- douzaine de pièces conservées au South Kensington Muséum (par exemple le Saint Sébastien attaché à un arbre) et quelques autres morceaux appartenant au Musée du Louvre (le Triomphe de la Renommée, le Saint Jérôme agenouillé, et surtout le tameux retable de Gran, exécuté pour Mathias Corvin) montrent que les ItaHens préféraient dès lors la simplicité et la pureté des lignes à l'intensité de la vie et aux draperies fouillées affectionnées par nos ivoiriers français. Le retable de Gran (gravé p. 817), qui a passé par la collection Timbal, conserve la forme traditionnelle du triptyque gothique, avec des frontons ornés de crochets; mais le style, d'une grande pureté, révèle une main italienne. Les sujets. traités se rapportent à la Vie de la Vierge*.

En ce qui concerne le bronze, nous avons vu qu'il servait à la fois à fabriquer des margelles de puits monumentales ou des bases de mâts, comme à Venise, et des objets d'un usage quotidien : lampes, candélabres, sonnettes, encriers, mortiers, poires à poudre, etc.

Dans les annales de I'Art du médailleur, l'Age héroïque, c'est l'ère des

I. Maskell, Description of the Ivories, Londres, 1872, p. 49. — Molinier : Ga:(ette archéologique, i883, pi. XXXV, p. 226-233.

Vase en bronze (xv-xvr siècles).

(Musée de South Kensington.)

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