LE MOBILIER
instruments de musique, le poète Barabai assis sur un trône placé sur un élcphant, etc.
Nous ne saurions passer en revue les innombrables monuments de cette époque qui existent encore dans les églises d'Italie. Qu'il nous suffise de dire que nous sommes désormais placés entre une recherche exagérée des efFets
Le Trône de Julien de Médicis. (Ancienne collection de San Donato.)
propres cà la peinture et une dégénérescence de plus en plus grande de l'ornementation. Fra Damiano de Bergame (f 1549), dont le P. Marchese a retracé la vie avec tant d'éloquence, compose de vrais tableaux, animés par de nombreuses figures, par une riche végétation ; il s'essaye même dans la perspective aérienne. Telles sont les portes qu'il a exécutées pour Saint-Pierre de Pérouse (i535) : elles représentent l'Annonciation, l'Adoption de Moïse par la fille de Pharaon, les têtes de saint Pierre et de saint Paul, posées sur une sorte de coffret. Il n'était pas de voie plus dangereuse.
La marqueterie, si intimement liée à la sculpture en bois, nous servira de transition pour passer de l'ornementation en relief à l'ornementation plane, des branches qui relèvent de la sculpture à celles qui relèvent de la peinture.
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Nous commencerons, comme de raison, par la MINIATURE, qui a l'avantage de nous offrir, dans sa spontanéité et sa fraîcheur natives, l'œuvre de l'artiste créateur.
Cet art, si florissant pendant la Première Renaissance (voy. t. I, p.
697-704), compte, vers la fin du xv" siècle et le commencement du xv!"", quatre grands noms qui en marquent l'apogée :
les Florentins Attavante, Gherardo et Monte, le Milanais Antonio da Monza. Poursuivant la voie inaugurée par l'éminent Francesco d'Antonio del Cherico (t. I, p. 700- 701), ces maîtres s'efforcèrent de donner à leurs miniatures un caractère plus décoratif et de fondre plus intimement la partie figurée avec la partie ornementale.
Attavante, fils de Gabriello di Vante, naquit à Florence en 1452. Dès 1488, sa réputation était assez solidement établie pour que Thomas James, évêque de Dol, lui confiât les miniatures de son Missel (aujourd'hui conservé dans le trésor de la cathédrale de Lyon'). Plusieuts années durant, il travailla simultanément pour le duc d'Urbin et le roi de Hongrie, au souvenir duquel son nom est indissolublement lié. En 1494, il se
1 . L. Dclisle, Le Missel de Thomas James, êivqiie de Dol (extr. de la Bibliothèque de r Ecole des Chartes, 1882). — La Renaissance au lembs de Charles VIII, p. 19^.
iMarqueterie en bois exécutée par les del Tasso. (Cathédrale de Pérousj.)
Portes des Stances du Vatican, exécutées, sous la direction de Raphaël, par Q. Barile.
83o HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
chargea d'enluminer, pour Clémente Seringi , un Traité de saint Thomas d'Aquin et une Bible, que M. Milanesi identifie à celle dont Jules II fit présent au roi de Portugal, et qui se trouve aujourd'hui à l'abbaye de Belem. En i5oo, il reçut du chapitre de la cathédrale de Prato la commande des miniatures de deux Antiphonaires. De i5o8 à i5ii, enfin, Attavante travailla pour l'œuvre du dôme de Florence. Les miniatures qu'il peignit à son intention trahissent la décadence et peuvent passer pour des œuvres de vieillesse. A partir de i5i I on perd toute trace de l'habile miniaturiste.
Attavante était un artiste laborieux, plutôt que spirituel et brillant; mais à l'occasion il savait s'élever plus haut que n'importe qui. Certaines de ses figures égalent par la dignité et l'ampleur celles de D. Ghirlandajo, ce qui n'est pas peu dire.
Gherardo, fils du sculpteur florentin Giovanni di Miniato, surnommé Fora (t. I, p. io6), naquit en 1446 et mourut en 1497. Il se voua de bonne heure à l'enluminure des manuscrits, ainsi que ses deux frères Bartolommeo (1442- 1492), dont on ne possède plus aucun ouvrage, et Monte (1449- 1529), dont nous reparlerons ailleurs. Les Médicis, le duc d'Urbin, le roi Mathias Corvin l'employèrent simultanément. La BibUothèque Laurentienne possède de lui le premier volume d'un Missel ayant appartenu à la cathédrale de Florence. M. Milanesi lui attribue en outre un Cérémonial de la Bibliothèque du Vatican (fonds Ottonien, n" 5oi) et V Homère de la Bibliothèque de Naples, avec le portrait de Pierre de Médicis (reproduit t. I, p. 3i7). Gherardo cultivait en même temps la mosaïque.
Fra Antonio da Monza (peut-être identique à l'Antonio da Monza qui remplissait en 1456 les fonctions de massier de la corporation des peintres de Padouc) appartenait à l'ordre des Franciscains. Il doit sa réputation à la superbe miniature qui servait autrefois de frontispice au Missel d'Alexandre VI et qui a échoué à Vienne dans la Collection Albertine. Cette pièce capitale, où l'influence de Léonard éclate dans plusieurs figures, contient, sous une richissime arcade, la Vierge et les apôtres attendant la Descente du Saint-Esprit. Dans la bordure, l'artiste a essayé, mais en vain, de fondre en un tout harmonieux les motifs classiques et les motifs empruntés à la nature, les sirènes, les candélabres, les trophées, les branches d'oranger, les pampres, les paons, les hiboux, etc. L'accumulation des détails et le manque d'échelle (le paon n'atteint pas à la taille d'une feuille de vigne, etc.) produisent un effet assez discordant.
La Renaissance, avec son exquise entente des lois de la décoration, semblait appelée à régénérer la mosaïque, qui se recommandait à elle par les souvenirs de l'antiquité plus encore que par ceux du moyen âge. Elle lui témoigna en effet un réel intérêt : Laurent le Magnifique, ce grand initiateur, ne négligea rien pour la remettre en honneur. Mais, pour aboutir, de telles évolutions