‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 278 sur 288 · CONCLUSION. J · texte numérisé non relu

CONCLUSION. J

La DENTELLE, un des nombreux procédés empruntés par les Italiens aux Orientaux, ne fit son apparition que vers la fin du xv" siècle; mais dès cette époque les galères vénitiennes transportèrent partout ces merveilleux produits où les fils d'or et d'argent se mariaient à la soie '.

Essayons de caractériser, au moment de clore l'histoire de l'Age d'Or, le travail énorme réalisé durant le demi-siècle qui s'étend de l'avènement de Laurent le Magnifique à la mort de Léon X, de l'apparition de Bramante et de Léonard de Vinci à la mort de Raphaël.

Les événements se sont précipités : en quelques lustres, des tâtonnements des Primitifs, la Renaissance italienne a passé aux suprêmes triomphes. L'apparition d'une pléiade d'hommes de génie, les plus grands artistes qui eussent surgi depuis Phidias et Apelles, a hâté la maturation, en môme temps que tous, jusqu'aux plus obscurs travailleurs, s'efforçaient de mettre dans leur œuvre « quelque chose d'eux-mêmes, leur monogramme ou leur marque, leur signature, leur empreinte, très différents sur ce point de ces pieux tailleurs d'images dont le ciseau a creusé les pierres de nos cathédrales ou de ces Primitifs qui se faisaient de leurs tableaux un moyen de salut" ».

Partout et jusque dans les moindres manifestations de l'art décoratif, se font jour une souplesse et une aisance, une ampleur, une grâce, une harmonie, une éloquence, inconnues aux générations précédentes et dont les époques suivantes ne perdirent que trop tôt le secret. Le moyen âge et les Primitifs, alors qu'ils parvenaient à animer la matière rebelle, sacrifiaient la recherche de la beauté à celle du caractère; au xvii'' siècle, l'École de Bologne et ses congénères placèrent de leur côté les formules académiques au-dessus de l'expression de la vie. L'idéal de l'Age d'Or, large et sublime comme celui de l'Antiquité, comprenait au contraire assez de vérités relatives, assez de traits régionaux ou individuels, pour prêter à ses créations les apparences de la vie, et assez d'éléments généraux et absolus pour intéresser, assez de hautes aspirations pour séduire

1 . Mme Bury Palliser, Histoire de la Dentelle, p. 41 et suiv. — M. Seguin, par contre, affirme que « l'origine de la dentelle n'est pas antérieure au milieu du xvi" siècle » (Ja Dentelle; Paris, 1875, p. 10). D'après M. Lefébure, la plus ancienne mention, aujourd'hui connue en Italie, de la dentelle aux fuseaux, se trouve dans le partage fait à Milan, en 1493, entre Angelo et Ippolita Sforza Visconti. On y voit « una binda lavorata a poncto de doii fuxi per uno lenzolo )> (une bande travaillée à point de douze fuseaux pour une bordure de drap). Le même document mentionne un « punto a redexalo », un point sur réseuil. M. Lefébure ajoute que le plus ancien tableau peut-être qui montre de la dentelle est un portrait de dame, par Carpaccio, au Musée de Venise, {La Broderie et les Dentelles. Paris, Quantin, p. 182, 196, 255. Cf. Molinicr, Venise, p. 271.)

2. J'emprunte cette définition à l'éloquent et suggestif ouvrage de M. Ferdinand Bruneticre ; l'Évolution des Genres (t. I, p. 89).

à jamais l'humanité entière. On vit paraître tout ensemble des réalistes qui savaient s'élever à la beauté et des idéalistes qui mirent au jour des portraits étourdissants de réalité.

La conception de l'art, telle qu'elle se présentait à l'esprit des contemporains de Michel-Ange et de Raphaël, était à la fois la plus désintéressée et la plus féconde : fidèles à la doctrine de Platon, qu'il faut sans cesse invoquer quand on parle de Renaissance, ils considéraient les artistes, sans aller toutefois jusqu'à les faire monter dans une chaire de morale, comme des facteurs essentiels de l'éducation publique. Fidèles, d'autre part, au principe même de la civilisation, ils s'efforçaient de tenir compte des leçons du passé tout en y ajoutant leur part d'émotions ou leur part de progrès. Ils rêvaient, ces cosmopolites généreux, de s'élever assez haut pour unir tous les peuples dans une foi commune, la foi dans la science, la foi dans la poésie, la foi dans la beauté; de même que Jules II avait ouvert à la chrétienté entière le nouveau Saint-Pierre de Bramante, de même ils s'efforçaient d'ouvrir aux représentants des races les plus variées le Parnasse ou YEcole d'Athènes. Devant les revendications des nationalités et le débordement du particularisme, qui sont le fléau de notre époque, on se plaît à croire, en contemplant les chefs-d'œuvre de l'Age d'Or, que la poursuite d'un idéal commun à tous les peuples et à tous les siècles n'est pas seulement une chimère et une utopie.

Jupiter traîné par deux aigles.

Revers de la médaille du cardinal Alidosi.

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