LA CÉRAMIQUE
Pavage du couvent
de S. Paolo, à Parme.
(D'après M. E. ISIolinier.)
des ombres bleues, et d'accessoires teintés d'ocrc, de jaune, de vert clair ou de violet.
Dans une autre église de Bologne, à San Giacomo Maggiore, l'auteur du pavage de la chapelle des Bentivoglio (entre 1487 et 1491) s'est inspiré de modèles orientaux et a emprunté à des faïences ou à des tapis persans ses feuilles ou ses rosaces qui se détachent en bleu turquoise, en jaune clair, en vert clair, en violet, sur un fond d'émail blanc.
Le pavage d'une des salles du couvent de San Paolo à Parme (aujourd'hui au Musée de cette ville) comprend une série de bustes, de sujets mythologiques, de sujets, de genre, même de caricatures, des ornements de toutes sortes. Le coloris se compose d'un dessin bleu à tond blanc avec de larges teintes de jaune, de bistre, de violet ou de vert clair'.
A Venise, le pavage, aujourd'hui détruit, de l'église Santa Elena, exécuté avant 1480, contenait les armoiries des Giustiniani, des devises et des emblèmes. La fabrication des faïences était assez prospère dans cette ville pour faire l'objet d'exportations considérables jusqu'en Angleterre.
Il reste à signaler le pavement d'une des chapelles de l'église Sainte-Marie du Peuple à Rome, de la fin du xv' siècle. Ces carreaux, de forme hexagonale, au nombre de plus de i5oo, ont pour ornements les armes des délia Rovere, écartelées de celles de la famille royale de Naples, des rosaces et des feuilles imitant des plumes de paon.
Au Musée de South Kensington, une plaque datée de 1489, représentant la Vierge et V Enfant, est déjà d'une telle beauté que M. Fortnum en attribue le dessin à Melozzo da Forli, ce grand peintre.
On peut encore citer une plaque avec le même sujet et la date de 1492% un plat de l'ancienne collection Davilher, aujourd'hui au Musée céramique
de Sèvres, avec la date de 1498, représentant cinq personnages debout, en costumes mi-antiques, mi-renaissance, puis un petit temple, avec un autel allumé et une femme agenouillée, au fond un paysage. /
On voit par ces derniers exemples que l'usage s'était introduit de représenter sur les plats de véritables sujets de tableaux : de là aux copies de tableaux ou
Pavage du couvent de S. Paolo,
à Parme.
(D'après M. E. Molinier.)
1. Molinier, h Ccramique italienne aie XV siècle. Paris, l p. 128-181.
2. Publié par M. Darcel, Recueil de Faïences italiennes, pi. XIV
E. Miintz. — II. Italie. L'Age d'Or.
— Le même : Venise;
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d'estampes, si largement représentés dans la céramique du xvf siècle, il n'y avait qu'un pas.
La VERRERIE, depuis longtemps l'apanage de Venise, mit au jour des séries de vases, de lustres, de miroirs, qui n'avaient rien à envier à l'orfèvrerie pour la délicatesse des formes et l'éclat des couleurs.
Dans l'ÉMAiLLERiE, Florence et Milan citaient avec orgueil, l'une les travaux de Pollajuolo, l'autre ceux de Daniele Arcioni. On trouvera dans l'ouvrage de Labarte et dans un mémoire de Piot, toutes les informations désirables sur les productions de ces deux artistes'.
L'art textile l'emporta peut-être encore sur ses congénères. L'Italie, dit M. Lefébure, était devenue le pays le plus avancé dans l'industrie des tissus : depuis la Sicile jusqu'à Gênes, Milan et Venise, chaque ville avait ses ateliers où l'on travaillait habilement le lin, le coton et surtout la soie.
Pour la BRODERIE, il n'était procédé qui ne fût mis en usage, depuis les ornements en perles de couleur jusqu'aux grandes pages décoratives, les chapes, les devants d'autel, etc. Si pour les étoffes brochées, qui faisaient la richesse de Florence, de Lucques et de Venise, on s'en tint longtemps aux motifs orientaux (ramages, écussons, animaux fantastiques), pour les broderies à la main on demanda des modèles aux artistes le plus en vue (p. 34). Raffaellino del Garbo se fit en quelque sorte une spécialité des patrons destinés aux ornements d'église.
Dans notre précédent volume, nous avons poussé l'histoire de la tapisserie jusqu'à la fin du'xv" siècle et nous avons vu combien d'ateliers avaient surgi de toutes parts, au nord et au centre de la péninsule. Au début du xvi^ siècle, la production se ralentit sensiblement : les ateliers de Ferrare, de Mantoue, de Florence, de Venise ou languissent ou disparaissent; seul celui de Vigevano s'affirme par une création monumentale, les Dou:(e Mois, exécutés pour le maréchal de Trivulce.
Ce n'est pas que les productions de la haute lisse fussent tombées en défaveur, bien au contraire : les amateurs trouvaient tout simplement plus commode et plus économique d'envoyer dans les Flandres, pour les y faire reproduire en tapisserie, les cartons composés en Italie même. Tel fut le parti auquel Léon X s'arrêta pour les tapisseries de Raphaël (p. 764). '
Nous verrons, dans la suite de ce travail, quel essor la tapisserie italienne prit à partir du second tiers du xvf siècle.
I. Les Arts industriels au moyen âge et à l'époque de la Renaissance. — Le Cabinet de l'Amateur, 1 863- 1864.