LES HÉROS ET LES SACIES DE L'ANTIQUITÉ
vers i520 à Castel Durante (Musée Correr, à Venise); sur un autre plat de la même suite on rencontre Eurydice et Aristée.
Arion monté sur un dauphin et jouant du luth compte, lui aussi, ses tervents, quoique son rôle soit infiniment plus limité que celui d'Orphée. Déjà nous l'avons rencontré sur une médaille de Boldu (t. I, p. ^57); il reparaît sous forme de statuette en bronze (collection Davillier, au Musée du Louvre), puis sur une plaquette de Moderno, une gravure attribuée à Pellegrino et une majolique publiée par De- . •
lange (pi. XL M). Dédale et Icare se montrent entre .
autres sur les nielles du Musée de Lille attribués à Giacomo Francia.
Il ne faut d'ailleurs pas nous dissimuler que les souvenirs du monde hellénique sont peu familiers à cette période de la Renaissance. On aurait de la peine à trouver quelque glorification des législateurs, des sages ou des Mécènes d'Athènes , de Sparte, de Thèbes : Solon, Lycurgue, Pythagore, Aristide, Périclès. Zaleucus est le seul qui jouisse de quelque crédit, grâce à l'acte de justice qui a immortalisé son nom (fresque de Raphaël dans la Salle de la Signature). Le cynisme de Diogène lui a valu, d'autre part, d'être choisi par Agostino Veneziano pour sujet d'une de ses gravures (avec la date : i5i5) : on y voit le philosophe méditant, assis près d'un arbre. J'ignore ce que pouvait être la « Disputa di Filosofi » peinte en camaïeu par Francia au palais Bentivoglio, à Bologne, et détruite en i5o7.
Pour ce qui est de tant de héros fameux — les Léonidas, les Thémistocle, les Épaminondas, — la gloire du dernier d'entre eux, Alexandre le Grand, a relégué dans l'ombre leur mémoire. Le conquérant macédonien se présente sous les faces les plus variées : ici il dompte Bucéphale (gravure de Nicoletto de Modène), là il fait déposer les manuscrits d'Homère dans le tombeau d'Achille (fresque de Raphaël dans la Salle de la Signature), ailleurs il épouse Roxane (fresque du Sodoma à la Farnésine).
Aristée et Eurydice.
Plat en majolique. (Musée Correr. à Venise.
Pour reconstituer ce Panthéon de la Grèce antique, certains maîtres, Raphaël en tète, recherchèrent avec un soin scrupuleux les documents iconographiques les plus dignes de foi (portraits d'Homère, de Platon, d'Aristote, dans la Salle de la Signature). Malheureusement la plupart des artistes contemporains n'hésitaient "pas à produire des images de pure fantaisie. Leur manque de probité n'avait d'égale que leur ignorance : pour Nicoletto de Modène, par exemple, Apelle est un « poeta ciliberimus » (sic).
Nous attachons-nous noy plus à des hommes isolés, mais aux grands cycles moitié historiques, moitié légendaires, nous trouvons Flliade seule en possession d'intéresser la Seconde Renaissance (voy. t. I, p. 241-242), tandis que rOdyssée
l'a laissée indifîerente (signalons toutefois V Histoire d' Ulysse peinte par Peruzzi sur la façade du palais Fano à Rome, et V Histoire de Vulcain, ou les Amours de Mars et de Vénus, exécutée en tapisserie d'après les cartons d'un anonyme). Il en a été de même des tragiques grecs, et notamment du cycle thébain : Electre et Oreste, Œdipe et Antigone ont à peine rencontré un interprète sur les quarante ou cinquante qui se sont attaqués à flliade\ J'ajouterai que les principaux héros du siège de Troie, Achille, Agamemnon le roi des rois, Ménélas, Patrocle, Hector, n'apparaissent eux-mêmes que rarement (gravure anonyme représentant Hector; Passavant, t. V, p. 10); ils n'ont rien à envier à Iphigénie, dont on ne rencontre guère l'image que sur des plaquettes de Giovanni délie Corniole, de Valerio Belli et d'un anonyme (Molinier, t. I, p. i35, 298; t. II, p. 022), ainsi que sur une gravure d'Agostino Veneziano. Ce qui a séduit dans cette vaste légende, ce sont quelques scènes sans portée particuHère : VEnJèvement d'Hélcue (dessin de Raphaël gravé par Marc-Antoine et par Marc de Ravenne; plat de Faenza au musée Correr, à Venise), 'Thétis et Pelée (plat de Caste! Durante, au musée Correr, à Venise), le Jugement de Paris (estampe de Marc-Antoine d'après le dessin de Raphaël; deux majoliques publiées par Dclange, pi. LXIV. LXXXVI; revers de la médaille d'Hortense Piccolomini;
I. On sait que par une de ces déformations populaires, si fréquentes au moyen âge, la Légende du roi de Mcrcie s'est greffée sur le Jugement du berger troyen. Voy. Molinier, les Broiiies de lu Renaissance, t. II, p. i-- et suiv.
L'Eiilèvciiienl d'Hélène.
Plaque en faïence de Faenza. (Musée Correr, à Venise.)
L'ILIADE ET L'ENEIDE.
Armand, t. II, p. 98'), le Cheval de Troie (Delange, pi. LXXVIII). J'ignore quels épisodes représentait la rameuse suite de tapisseries exécutée à Urbin pour le duc Frédéric, le Siège de Troie.
L'exemple du Laocoon nous prouve qu'il suffisait parfois de quelque découverte archéologique retentissante, comme le fut celle du fameux groupe (i5o6), pour mettre un sujet à la mode.
On trouverait difficilement, au xv' siècle, un artiste tenté par la mort si dramatique du vieux prêtre troyen et
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de ses fils; au xvf siècle, en dressant la liste des marbres, bronzes, sculptures en bois, peintures, majoliques, gravures, etc., reproduisant le groupe du Belvédère, on dépasserait probablement la centaine'.
Mais attendons que des mains d'Homère les héros du siège de Troie passent entre celles de Virgile et touchent ainsi à l'Italie; quelle popularité n'acquièrent-ils pas sur-le-champ ! Troïlus, qui ne figure qu'en passant dans FEnéide, forme le sujet d'une gravure anonyme (Passavant, t. V, p. 10); Enée, l'ancêtre des Romains, paraît tour à tour sur quatre plaquettes, sur la célèbre estampe de Marc-Antoine, Neptune calmant les flots, gravée d'après Raphaël, sur une estampe du Maître au dé, également gravée d'après Raphaël, puis dans des peintures de Perino del Vaga, dans des tapisseries, etc. Didon, de son côté, a fourni à Raphaël et à Marc- Antoine le prétexte d'un de leurs chefs-d'œuvre; elle a inspiré le tableau de Libérale de Vérone, aujourd'hui au Musée de Cassel, l'estampe d'un anonyme de l'École de Marc-Antoine (Passavant, t. VI, p. 82), etc.
Avec les scènes de l'histoire romaine nous touchons à une corde plus sensible. Ce qui pourrait passer chez nous pour de l'archéologie pure et simple était bel
1. Je ne parle pas, bien entendu, des artistes qui, au lieu de mettre en œuvre le sujet même, se bornent à copier quelque monument antique : telle est l'estampe d'Agostino Veneziano représentant, d'après un bas-relief de la villa Albani, Oreste et Pylade conduits devant Iphigénie (Thode, die Antiken in den Stichen Marcanton's, p. 12).
2. Voy. le travail de M. Venturi dans VArchivio storico deWArte; 1889. — Passavant, t. VI, p. 70, i32. — Burckhardt et Bode, Cicérone, p. 207.
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