‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 43 sur 288 · RENE DE TO WONTACMA · texte numérisé non relu

RENE DE TO WONTACMA

Paysan assistant à l'Enlèvement d'Europe. Fac-similé d'une gi-avure de Benedetto .Montan^na.

jour, par un caprice de Léon X, qui aimait les grosses plaisanteries, d'esquisser une véritable caricature : à l'occasion de la représentation des Suppositi de

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l'Arioste, force lui fut de peindre sur le rideau du théâtre Fra Mariano tourmente par les diables (voy. p. S?).

Moins encore que les peintres, les sculpteurs devaient se complaire dans des sujets si contraires à la dignité, à la gravité de leur art. Il n'est même pas sûr qu'ils aient mis en œuvre des motifs facétieux ou grotesques sur de petits bas-reliefs sans conséquence, tels que les médailles ou les plaquettes.

Seuls ces enfants terribles qui s'appellent les graveurs se sont laissé séduire par un ordre de représentations que je suis loin pour ma part de condamner, mais qui jure, il fout bien le reconnaître, avec la tenue si grande de l'art italien pendant sa période classique. Baccio Baldini a publié une Grimace (les deux doigts du milieu ouvrent la bouche, tandis que les deux index abaissent les paupières inférieures). Un anonyme de l'École lombardo-vénitienne de la seconde moitié du xv'' siècle a représenté une Troupe de singes faisant toutes sortes de niches à un marchand endormi (Passavant, t. V, p. 190), motif que Holbein a traité plus tard dans son tableau de la Bibliothèque de Zurich. Un autre anonyme, de l'École de Mantegna, a symbolisé le Mois de mars par un homme barbu vu de face, assis sur une chaise et ouvrant la bouche toute grande comme pour se plaindre de la mauvaise chère du carême. De la main gauche il tient quelques oignons et appuie le pied gauche sur un panier rempli de légumes. Vis-à-vis de lui on voit un petit baril de sardines et, tout près, quelques poissons avec des écrevisses. A droite, des poissons et une sépia. A ses pieds, une tablette avec l'inscription :

lo son Marzo che carne non manzo bocone, Po non posso esser compagnone

Vivando de niorona, spinaze e ganbareli, Caviaro, tonina, pori e burateli.

Au mois de Mars ou au Carême fait pendant le mois d'Octobre, un jeune homme assis et contemplant avec douleur une cruche renversée à terre. Cependant, sur la table qui est à sa gauche, on voit encore une autre cruche avec un flacon de vin. Dans le fond, un second jeune homme assis sous un oranger contemple son compagnon, les bras croisés. Au bas, sur une tablette :

lo son Otubrio bon citadine Che non posso bever niun picol vino;

Se io avese qualche bon tribiano Ne beveria in loco de padoano.

On attribue au même graveur la Fieille Femme aux Saucisses, composition grotesque dont l'héroïne, une vieille femme avec une chevelure frisée en toupet, tient de la main droite une broche garnie de saucisses et donne de la gauche un pied de porc à un jeune homme. Un autre client lui adresse sa requête à genoux. Plus loin, quatre danseurs et deux musiciens aux vêtements garnis de boutons en forme de clochettes.

Signalons encore, sur la dernière des vingt-deux cartes d'un Jeu de Tarots,

LE COMIQUE ET LE FANTASTIQUE. i5i

un fou dans l'ivresse, tombé à terre, et qui soutient, avec les jambes en l'air, un grand vase rempli de vin sur lequel on lit l'inscription Muscatello ' .

En regard du comique je placerai une catégorie d'idées encore plus en opposition avec les tendances de la Renaissance italienne, cette Renaissance faite surtout de clarté et de santé : je veux parler de ces cycles plus ou moins fantastiques mis à la mode par le moyen âge et par les pays du Nord.

Prenons le cycle de la mort, si populaire en France, en Allemagne, en Angleterre, où les danses macabres continuent à se développer sur les marges des livres d'heures aussi bien que sur les façades des monuments publics. Pendant la période que nous étudions, les artistes italiens, si heureux de vivre, si attachés aux biens de ce monde, ne mettent guère ces images funèbres en œuvre sans nécessité absolue, je veux dire en dehors des tombeaux, des Jugements derniers, des Triomphes de Pétrarque, de VArt de bien mourir de Savonarole. Seules les têtes de morts ont le privilège de figurer assez fréquemment sur des monuments avec lesquels elles n'ont pas trop affaire. Parmi les rares exceptions, il suffira de signaler ici les deux danses macabres (c ballo délia Morte ») peintes à Ferrare, l'une dans l'église Saint-Benoît en 1499, P'^'-' Ludovic de Modène, l'autre dans le Palais de la Ragione', d'après les dessins de Garofalo, affirmet-on, par son élève Flori (f t523). Je rappellerai en outre la Mort représentée sous forme de squelette vivant dans une peinture de Signorelli, au couvent de Saint-Antoine à Orvieto". Par un contraste lugubre plutôt encore que plaisant, les organisateurs de diverses fêtes absolument profanes, telles que le carnaval, eurent l'idée d'évoquer l'horrible spectre. En i5ii, à ce que l'on croit, le peintre florentin Piero di Cosimo représenta, au moyen de tableaux vivants, le Triomphe de la Mort, dans les données imaginées soit par Pétrarque, soit par un des commentateurs du poète : des buffles traînaient un char orné de squelettes et de croix blanches, sur lequel se tenait la Mort avec la faux. Tout à l'entour, des tombeaux qui s'ouvraient de temps en temps, et dont sortaient des personnages déguisés en squelettes. Autour du char, sur des chevaux efflanqués, d'autres squelettes. Des torches fumeuses, des trompettes sonnant des airs lugubres, le chant des psaumes et du Miserere, achevaient de donner à la scène un indéfinissable caractère de terreur. — Il ne fallait pas moins de mauvais goût pour mêler ces évocations lugubres à des festins, comme le fit un certain Matteo da Panzano, qui prit les supplices de l'Enfer pour thème du banquet ofiert à une société d'artistes florentins (voy., plus loin, le chapitre V).

Ici encore, les infractions à la règle commune sont surtout nombreuses chez les graveurs, gent particulièrement indisciplinée, en raison même de la

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