‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 64 sur 288 · I. Toscane : Léonard de Vmci ^ n · texte numérisé non relu

I. Toscane : Léonard de Vmci ^ n

et Michel-Ange, dont les noms

disent l'infinie variété de connaissances; Lorenzo di Credi, orfèvre et peintre ; Andréa Ferrucci,

sculpteur et architecte; Andréa et Jacopo Sansovino, tous deux sculpteurs et architectes; Rus-

tici, sculpteur et architecte ; Giovanni Mangone, sculpteur et architecte ; Lorenzetto, sculpteur

et architecte ; Giuliano di Baccio d'Agnolo , architecte et sculpteur en bois ; Benedetto da

Rovezzano, sculpteur et architecte; Solosmeo, peintre et sculpteur; Tommaso di Stefano,

miniaturiste, peintre et architecte; Aristotele da San Gallo, peintre et architecte; Francesco

da San Gallo, sculpteur et architecte ; le Tribolo, sculpteur et architecte; Nanni Unghero,

sculpteur en bois et architecte; Bandinelli, peintre et sculpteur; puis à Sienne, CozzareUi,

architecte et sculpteur; G. Peruzzi, peintre et architecte; Beccafumi, peintre et fondeur; etc.

Ombrie : CaporaH, peintre et architecte.

Rome : Jules Romain, peintre et architecte.

Royaume de Naples : Cola dell' Amatrice, architecte et peintre.

Duché d'Urbin : Bramante, Raphaël, les deux Genga, tous peintres et architectes,

Bologne : F. Francia, orfèvre et peintre; A. Aspertini, peintre et sculpteur; le Primaticc, peintre, sculpteur, architecte.

VÉNÉTIE : Pietro Lombardo et Santé Lombarde, sculpteurs et architectes; Fra Floriani d'Udine, peintre et architecte; Giovanni de Vicence, sculpteur et architecte; etc.

Vérone : Antonio Riccio, sculpteur et architecte; G. -M. Falconetto, peintre et architecte; Ottaviano Falconetto, peintre et stucateur; Francesco dei Libri, peintre et architecte; etc.

Milanais : B. Zenale, peintre et architecte; A. Borgognone, peintre et architecte, Bramantino Suardi, peintre et architecte ; Omodeo, architecte et sculpteur ; etc.

E. Miintz. — IL Italie. L'Age d'Or. =5

de Ferrare jusqu'à rédiger pour ce prince un mémoire sur les moyens d'empêcher les cheminées de Son Altesse de fumer; Peruzzi et Beccafumi peindront encore des bières mortuaires; le Corrège semble même avoir été réduit à dorer le cadre de la Vierge avec saint François (Musée de Dresde), son plus ancien tableau connu. Mais ce ne seront plus là que des exceptions. Alors même que des artistes en vue acceptent n'importe quelle tâche relevant de l'art décoratii (voy. p. 42), les Mécènes, mieux inspirés, réserveront les travaux secondaires pour des débutants ou pour des médiocrités. On en arriva ainsi peu à peu à établir une ligne de démarcation bien tranchée entre le grand art et les branches accessoires.

Vasari, à la fois artiste et biographe, reflète exactement la nouvelle manière de voir : il regrette qu'un maître de la valeur de Perino del Vaga ait été forcé, quoique surchargé de besogne, de fournir des dessins pour des broderies, pour des fanions, pour des costumes, qu'il ait peint de sa main des petits drapeaux, des portières et « ogni minima cosa dell' arte ».

Ce dédain, qui s'affirma au fur et à mesure que la gloire de Michel-Ange et de Raphaël grandissait, eut pour l'art des conséquences désastreuses, sur lesquelles nous aurons plus d'une fois l'occasion de revenir.

L'épicurisme intellectuel du xvi" siècle eut un autre résultat encore : ce fut de relever la situation des artistes (pour les poètes et les savants, la période précédente avait tant fait, qu'il était impossible d'aller plus loin, à moins de les porter sur le trône). Naguère, on les voyait confondus avec les hommes de métier, chargés des travaux les plus humbles, condamnés à la sobriété et à l'économie, pieusement attachés aux devoirs de famille; les voilà subitement au comble de la richesse et de la gloire : ils s'habillent en gentilshommes, portent l'épée et la chaîne d'or, se parent des titres de chevalier et de messire*, se flattent d'exceller, les uns à jouer du luth", les autres à tourner un sonnet ou à aiguiser une épigramme (voy. p. 5g). Léonard mène le train d'un grand seigneur : même dans les jours les plus sombres il a de nombreux domestiques et une brillante écurie; Raphaël s'efforce de lutter de générosité avec le richissime banquiei Chigi; un chanteur célèbre achète un duché; Bramante et San Gallo construisent de véritables palais pour leur usage personnel; Michel- Ange dicte des conditions au Pape; le duc de Ferrare, la .marquise de Mantoue, François I", Charles-Quint se font humbles pour obtenir de l'artiste en renom un tableau ou une statue".

1. Jean d'Udine, le Pordenonc (créé chevalier par le roi de Hongrie), le Sodoma, le Titien, etc.

2. Citons, parmi les peintres ou sculpteurs musiciens : Verrocchio, Léonard de Vinci, le Rosso, Benvenuto Cellini, Marco Calavrese, puis Timoteo Viti, Garofolo, G.- A. Lapparoli, le Giorgione, Sebastiano del Piombo.

3. La tendance à s'affranchir de certaines obligations sociales perce dans la répugnance pour le mariage, que l'on constate chez les souverains maîtres de l'art italien : Bramante, Léonard

LA CONDITION DES ARTISTES. igS

La description des banquets organisés par un artiste et un amateur florentins du temps, le sculpteur Rustici et Matteo da Panzano, nous permet de jeter un coup d'œil sur la vie de ces joyeux compagnons. J'emprunte cette description au recueil de Vasari : « Dans les ateliers de la Sapienza se rassemblait la joyeuse Société du Chaudron, composée des douze membres que voici : Rustici, Andréa del Sarto, le peintre Spillo, Domenico Puligo, l'orfèvre Robetta, Aristotele da San-Gallo, Francesco di Pellegrino, Niccolô Buoni, l'excellent chanteur et musicien Domenico Baccelli, le sculpteur Solosmeo, Lorenzo dit Guazzetto, et le peintre Ruberto di Filippo Lippi; ce dernier avait été élu provéditeur de la société. Chacun des douze associés avait la permission d'amener quatre amis à certains repas solennels. Comme ce genre de réunions est aujourd'hui presque entièrement tombé en désuétude, ajoute Vasari, je n'hésite pas à fournir quelques détails sur la manière dont les choses s'y passaient. Chaque convive devait apporter un plat remarquable par sa singularité. Le président, choisi dans le sein de la société, recevait le plat et le donnait à qui bon lui semblait. Une fois à table, les convives prenaient part à tous les plats. Deux plats se rencontraient- ils semblables, l'inventeur de chacun était condamné à une amende.

« Rustici, ayant un jour à traiter ses confrères, les reçut tous dans une cuve gigantesque transformée en chaudron à l'aide de peintures et de toiles si habilement agencées, que l'assemblée paraissait plongée dans l'eau jusqu'à mi-corps. De l'anse du chaudron, accrochée à la voûte, ruisselait une abondante clarté. Lorsque tous les convives furent assis, il surgit au milieu d'eux un arbre dont chaque branche soutenait un plat. Les mets enlevés, l'arbre disparaissait au bruissement harmonieux d'une musique cachée, et remontait bientôt chargé d'un nouveau service, tandis que des valets versaient des vins précieux. A ce banquet, Rustici offrit un pâté en forme de chaudron, plein d'une sauce exquise dans laquelle Ulysse plongeait son père pour le rajeunir. Sous les doigts de notre artiste, deux chapons avaient usurpé les traits du mari de Pénélope et de l'aïeul du vertueux Télémaque. Andréa del Sarto présenta un temple à huit faces pareil au Baptistère florentin, mais élevé sur des colonnes. Pour pavé un immense plat de gelée, orné de compartiments en mosaïque de couleurs variées. De gros et grands saucissons représentaient, à s'y méprendre, des

de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, le Giorgione, restèrent célibataires, comme l'étaient restés Donatello, Luca délia Robbia, Verrocchio.

D'autres se trouvèrent trop à l'étroit dans la carrière des arts : le sculpteur Torrigiano s'engagea tout à coup comme soldat sous les ordres de César Borgia et de Paolo Vitello ; il prit également part à la bataille du Garigliano. Le peintre et architecte véronais G. -M. Fakonetto se distino-ua par sa bravoure à Vérone, au service de l'empereur Maximilien. Q.uant à Morto da Feltro, il abandonna complètement la peinture pour le métier des armes et mourut en combattant vaillamment à la tête de sa compagnie. Et encore ne fais-je pas figurer dans cette liste les artistes transformés en ingénieurs militaires, Léonard de Vinci, les San Gallo, le joyeux et pacifique Fra Giocondo, qui défendit en iSog, au moyen de canaux et de fortifications, la ville de Trévise contre Maximilien, etc.

igô HISTOIRE l^E L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.

colonnes de porphyre. Les bases et les chapiteaux étaient en fromage de Parme, les corniches en sucre, et la tribune en tranches de frangipane. Un lutrin,'sculpté dans un morceau de foie, et surmonté d'un livre en lazagnes, où le pla'in-chant était écrit et noté avec des grains de poivre, occupait le centre du chœur. Des grives rôties, ouvrant un large bec, droites sur pattes, et couvertes de légers surplis taillés dans le lard, chantaient au lutrin. Deux pigeons remplissaient l'office de contrabasso, et six ortolans celui de soprano. Le peintre Spillo avait déguisé une oie colossale en serrurier, et l'avait munie de tous les outils nécessaires pour raccommoder le chaudron au besoin. Domenico Puligo d'un cochon de lait avait fait une jeune fille armée d'une quenouille et préposée àlao-arde d'une couvée de poussins. L'orfèvre Robetta avait métamorphosé en enclume une tête de veau. »

Matteo de Panzano, président de la Société de la Truelle, traça et exécuta de son côté le programme suivant : « Cérès, à la recherche de sa fille Proserpine enlevée par Pluton, va supplier les confrères de la Truelle de l'accompagner en enfer. Ceux-ci, après divers pourparlers, y consentent et pénètrent avec elle dans une salle où pour toute entrée s'ofî"re une immense gueule de serpent, près de laquelle aboyait Cerbère. Pluton paraît, et ne répond aux réclamations de Cérès qu'en la priant d'assister avec la compagnie à ses noces; l'invitation est acceptée, et la gueule monstrueuse du serpent livre passage dans une vaste salle circulaire, éclairée par une lumière blafarde. Un démon d'une prodigieuse laideur, armé d'une fourche de fer, conduit les invités à une table couverte de draperies noires. Pluton commande qu'en l'honneur de ses noces les tourments des damnés cessent durant le repas, et ainsi est fait. Seulement, à un signal donné, des petites gerbes de feu s'élancent soudainement, et montrent tous les supplices des réprouvés peints sur les parois de la salle.

Sur les plats de ce banquet infernal étaient entassés des serpents, des couleuvres, des lézards, des tarentules, des crapauds, des grenouilles, des scorpions, des chauves-souris et d'autres animaux du même genre; mais ces hideuses enveloppes recelaient la chair la plus succulente. Ces mets étaient placés par des démons sur la table à l'aide d'une pelle, tandis qu'un autre agent de l'enfer versait à chaque convive des vins délicieux dans des creusets qui tenaient lieu de verres. Après ce premier service, qui pouvait passer pour une entrée, on sema sur la table, en guise de dessert, comme si le repas à peine commencé eût tiré à sa fin, des sucreries qui avaient l'apparence d'ossements de morts. Pluton dit ensuite qu'il voulait aller se reposer avec Proserpine, et ordonna que les tortures des damnés eussent à recommencer. Aussitôt toutes les lumières s'éteignirent, et l'on entendit un lugubre concert de plaintes, de lamentations et de hurlements. Puis, au milieu des ténèbres, scintilla une étoile qui montra à l'un des assistants le bombardier Baia, condamné au plus atfreux supplice par Pluton, pour avoir osé donner aux Florentins, dans ses feux d'artifice, des représentations de l'enfer. Pendant

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