SIENNE
depuis les créations d'Andréa Pisano et de Duccio jusqu'à celles de Donatello, de Ghiberti, de Giacomo délia Quercia, de Michel-Ange, de Pinturicchio et de Beccafumi. Aussi que de couleur et quelle intimité en comparaison de la vide et froide cathédrale florentine! Rien que l'exécution du fameux pavement auquel les artistes siennois se consacrèrent pendant près de deux cents ans montre combien il y avait de ténacité dans le génie de leur race.
Pendant cette ère fortunée à laquelle nous avons donné le titre d'Age
Palais Nobili-Tarugi-llari à Montepulciano, par A. da San Gallo le vieux.
d'Or, le sanctuaire siennois s'enrichit de marbres, de bronzes, de fresques, de marqueteries sans nombre, signés des noms les plus fameux. Andréa Bregno y sculpta l'autel des Piccolomini, Francesco di Giorgio Martini y fondit en bronze deux*anges (1497), Michel -Ange, le Marrina et d'autres y exécutèrent des statuettes ou des ornements, Pinturicchio les fresques de VHisîoire d'Aeneas Sylvius, les Barile, ces célèbres sculpteurs en bois, la tribune des orgues (i5ii), et Raffaello de Brescia les stalles et le lutrin (i52o), tandis que Peruzzi y ornait de stucs la chapelle circulaire de Saint- Jean - Baptiste.
En même temps que la décoration de la cathédrale et dans le même esprit s'achevait la décoration du palaîs public, lui aussi infiniment plus attachant que son rival, le Palais vieux de Florence. Le Sodoma y laissa quelques-unes de ses plus belles pages, bien £iites pour couronner le merveilleux cycle de fresques
inauguré au xiv" siècle par Simone Martini, Ambrogio Lorenzetti et Spinello Arethio, continué au xv" siècle par Taddco di Bartolo. Nulle part ce maître
inégal ne sut allier à la suavité magique de son pinceau des accents aussi vibrants que dans ses trois saints peints pour la salle du Grand Conseil. En même temps les Barile ornaient le palais de stalles, de portes sculptées et incrustées, d'un buffet d'orgues, etc.
Pandolfo Petrucci (f i5i2), le fameux tyran siennois, qui s'était fait une loi de dominer par la ruse non par la violence, évitait plus soigneusement encore que les Médicis d'éblouir ses concitoyens par son luxe. « Jamais, affirme Sismondi, il ne prit de titre; jamais il ne déposa le simple costume, le manteau noir, que tous les Siennois portaient également; jamais non plus il ne dépassa dans ses repas la retenue d'un citoyen modeste et économe. Il ne bâtit qu'une simple maison privée pour sa commodité, sans prétendre à la somptueuse élégance des palais; enfin, pendant tout le cours de sa vie, il chercha à dissimuler et à fliire oublier son absolu pouvoir'. »
N'en déplaise à Sismondi, l'habitation de Petrucci (terminée en i5o8) était plus qu'une maison; c'était un palais (connu aujourd'hui sous le titre « il Palazzo del Magnifico »), à la décoration duquel d'habiles artistes s'employèrent. Le peintre Girolamo Genga y passa fles mois et des années; Signorelli y exécuta six fresques, avec des suj-ets allégoriques et historiques, dont deux, le Triomphe de l' Amour et Coriolan devant Rome, sont entrées de nos jours dans la National Gallery de Londres, et Pmturicchio deux fresques, l'une avec Pénélope devant son métier (aujourd'hui également à la National Gallery de Londres), l'autre avec une figure
Eve. l^ciiUiire à fresque du Sodonia.
(Académie des Beaux -.\its de Sienne.