‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 4)Chapitre 83 sur 288 · NAPLES · texte numérisé non relu

NAPLES

entre Français et Napolitains, entre Français et Espagnols, entre Napolitains et Espagnols, sur ce « suol beato », dans ce paradis terrestre, étant donnée d'autre part la dure domination espagnole, que la culture de l'art incombât uniquement à quelques particuliers, ni que les fondations de ce temps présentassent un caractère fragmentaire et quelque peu incohérent.

Le plus éminent de ces Mécènes, le cardinal Oliviero Caraffa (f i5ii), est déjà connu de nos lecteurs (t. I, p. 102). Une de ses compatriotes, Jeanne d'Aragon, fille de Ferdinand d'Aragon, fils naturel de Ferdinand I, plus tard mariée à Ascanio Colonna, prince de Tagliacozzo (morte à Rome en iS'j'j), n'était à ce moment célèbre que par sa beauté. On sait qu'en i5i8 Raphaël envoya Jules Romain à Naples pour préparer l'ébauche du portrait qui se trouve aujourd'hui au Louvre'.

Pour ce qui est du peuple même, ce peuple si vif, si spirituel et si inconstant, partagé entre tant de triomphes et tant d'infortunes, il y avait chez lui un mélange d'exaltation et d'humilité qui l'empêchait d'apporter aux choses de l'art l'esprit de suite et le recueillement, sans lesquels une école ne saurait se fonder ou prospérer. ^,^^j„^ ,^, ^.^. p,.,^^,.^ ,„

Les lettres avaient de tout temps été en Par un anonyme italien.

plus grand honneur à Naples que les arts

(vo}'. t. I, p. 109). Vers la fin du xv*' siècle et le commencement du xvf, Pontano (f i5o3) et Sannazar (f i53o) y représentaient, non sans éclat, au milieu de l'Académie littéraire, les humanités et la poésie, en attendant que quelques lustres plus tard s'affirmât le mouvement philosophique auquel l'Ecole calabre a attaché son nom. Le souvenir de Virgile, dont Naples se vantait de posséder les cendres, continuait à planer sur l'antique Parthenope : Sannazar fit élever sa chapelle funéraire près du tombeau supposé du grand poète latin. Ouvrons ici une parenthèse pour rappeler que Sannazar a droit à une place dans cette revue des Mécènes. Il se rendit acquéreur d'un petit tableau de Petrus Christus, un Christ en Croix; il commanda son portrait à un peintre vénitien, élève de Jean Bellin, un certain Paolo di Agostino, et une Nativité en bois sculpté à Jean de Noli pour sa chapelle du Pausilippe.

Les Toscans avaient de bonne heure planté leur drapeau sur ce golfe enchanteur : ils continuèrent pour un temps à y taire des incursions. A Benedetto et à Giuliano da Majano (t. I, p. 116-118) avaient succédé, à des intervalles plus ou moins longs, les architectes Giuliano da San Gallo, Luca

I . Voir l'attachante et instructive biographie de cette princesse dans Raphaël peintre de portraits, par M. A. Gruyer. Paris, 1881 ; t. II, p. 170 à 197.

Fancelli, Antonio Marchessi de Settignano, qui semble avoir résidé à Naples jusqu'en iSi;, Francesco di Giorgio Martini et le sculpteur Andréa Ferrucci. Puis le mouvement se ralentit ; à peine si dans les premières années du xvf siècle nous trouvons à Naples les peintres Donzello, dont on ne connaît aucun ouvrage authentique, et Pietro Pontelli, frère de l'architecte Baccio Pontelli (i5o4).

Les Lombards, en tête desquels brillaient l'illustre architecte Fra Giocondo de Vérone, le sculpteur réaliste Guido Mazzoni de Modène, le sculpteur Tommaso Malvita de Côme (i5o4), et enfin l'habile sculpteur en bois et incrustateur Fra Giovanni de Vérone, ne tardèrent pas non plus à chercher fortune

ailleurs.

Quant aux Ombriens, ils n'étaient représentés que par des ouvrages envoyés du fond de leur patrie : V Assomption de la Vierge de Pinturicchio (autrefois dans l'église de Montoliveto, aujourd'hui au Musée), V Assomption de la Vierge du Pérugin (peinte pour la cathédrale aux frais du cardinal Caraffa). Il est possible que les fresques du cloître de San Severino, V Histoire de Saint Benoît, faussement attribuées

Revers de la médaille ^^ Zingaro, aient été peintes sur place, comme

de Gonsaive de Cordoue. qj-^ \q ^-j-qJj- aujourd'hui, par un maître ombrien.

A ces importations fit suite la Vierge au poisson de Raphaël (autrefois dans l'église Saint- Dominique de Naples, aujourd'hui au Musée de Madrid).

Nous aurons à apprécier, dans la section consacrée à l'architecture, le talent des architectes napolitains de cette période. Bornons-nous à rappeler ici les noms de Gabriele d'Agnolo, qui construisit en i5oo l'élégant palais Gravina, pour le duc Ferdinand Orsini, et de Giovanni Donnadio da Mormanno, l'architecte de Santa Maria délia Stella.

La sculpture fut relativement bien partagée. Aux habiles artistes toscans et lombards cités tout à l'heure se joignirent quelques artistes indigènes, nullement sans mérite, et principalement Giovanni Merliano de Noie (i488-i558). Il fallait toutefois une certaine dépravation de goût pour qu'un réaliste de la trempe de Mazzoni pût stupéfier et charmer à ce point les Napolitains par ses trompe-l'œil. Dans son Calvaire de l'église de Monte Oliveto, les attitudes aussi bien que la polychromie des figures (aujourd'hui peintes en bronze) étaient bien propres à donner l'illusion de personnages en os et en chair, agenouillés autour d'un cadavre. Les Florentins, juges plus éclairés, n'eussent pas manqué de protester contre ces artifices grossiers, qui jamais ne tentèrent leurs concitoyens les délia Robbia, champions eux aussi de la sculpture polychrome, mais d'une sculpture véritablement digne de ce nom.

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