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L'EMILIE

moins de nombreux élèves et rayonna sur les provinces voisines. Francesco Francia, tel fut, on le sait, l'initiateur et le chef de ce mouvement, auquel même un Raphaël ne refusa pas sa sympathie.

Modène', si maussade aujourd'hui, fournit à ce grand concours quelques talents distingués : l'humaniste Sadolet, les sculpteurs Guido Mazzoni, surnommé Modanino, le farouche réaliste, et Antonio Begarelli, le peintre Pellegrino Munari, élève de Raphaël. (Un autre de ses fils, Niccolo dell' Abbate, appartient déjà à la génération suivante.) Ses « intarsiatori »

(artistes en marqueterie) maintiennent de leur côté leur réputation. En i486, l'un d'eux, Bartolommeo de' Polli, incrusta les stalles du chœur de la Chartreuse de Pavie. Mais, prise et reprise par Jules II en i5io, et plus tard par Léon X, pendant les guerres qui désolèrent cette partie de la Péninsule, elle ne put prodiguer à l'art que des encouragements platoniques. Les rares peintres qui y travaillèrent vers cette époque, entre autres Francesco Blanchi de Ferrare , le maître du Corrège , mêlaient, d'après h Cicérone, les influences lombardes et ferraraises aux enseignements de l'École ombrienne.

La petite ville de Correggio, située à peu près à égale distance de Parme, de Bologne, de Ferrare et de Mantoue, et dans le voisinage plus immédiat de Carpi, de Modène et de Reggio, serait à coup sûr restée profondément inconnue sans l'artiste de génie qui y vit le jour. Elle n'offrait à aucun degré l'importance intellectuelle de Ferrare, de Mantoue, de Bologne. La modeste dynastie qui y régnait était, il est vrai, apparentée aux Gonzague, aux Este, aux CoUeone, aux Gambara, mais ses ressources étaient limitées et ses chefs se virent forcés à tout instant de se mettre au service des Visconti, des Sforza ou des ducs de Ferrare. Après même qu'une femme d'un esprit supérieur, Véronique Gambard (mariée en iSoq, veuve en i5i8), eut jeté quelque éclat sur Correggio —

I. Voy. t. I, p. 149. — Venturi, la R. Galhria estense. Modène, 1882. — Le même, la Scultura emiliana iiel Rinascimento. I. Modena, dans VArchivio storico dell' Arie, 1890, p. I et suiv.

Tête de Vierf>e, par Francesco Francia. (Fragment.) (Galerie Horghèse à Rome.)

vers i53o elle avait autour d'elle une cour de littérateurs tels que Bembo, Capello, Moka et Mauro, — les seigneurs de ce nom ne firent rien, ou peu s'en faut, pour le plus illustre des enfants de leurs États.

Quelques poésies du comte Nicolas, la construction d'un palais (i5o7), l'établissement d'un petit atelier de tapisseries de haute lisse, une colonie d'une dcmi-dou/aine de peintres obscurs, c'est à quoi se bornait, avant l'apparition du Corrège, le contingent fourni par Correggio à la Renaissance'.

Qu'on ne parle pas d'entraînement devant une pareille indigence intellectuelle! On ose à peine prononcer le mot de milieu. Seule la toute-puissance du génie (que le sort fait naître où bon lui semble) a fait du Corrège ce qu'il a été.

A quelque distance de Correggio, Reggio d'Emilia n'a guère marqué dans l'histoire de la Renaissance que pour avoir servi de résidence à une famille de sculpteurs célèbres, les Clementi.

Les généreuses ardeurs d'un des princes les plus sympathiques de l'Italie du XVI'' siècle firent de la petite ville de Carpi, quelques lustres durant, un sanctuaire de la science et de l'art.

Alberto Pio', surnommé Pio da Savoja, était né en 1475; neveu par sa mère Catherine du fameux Jean Pic de la Mirandole, le phénix des esprits, il reçut de la main de son oncle un précepteur qui lui donna pour la vie le goût des humanités; je veux parler d'Aide Manuce, de passage à Carpi en 1479 ou même avant, puis fixé pour deux ans, à partir de 1483, dans ce palais hospitalier. Une tendre amitié unit toute leur vie l'élève et le maître ; celui-ci, pour marquer à la postérité ses obligations, ajouta à son nom le nom de Pio et voulut être enterré à Carpi (i5i5), « selon qu'il aura semblé bon au très illustre seigneur Alberto Pio, prince de cette ville, et à l'illustre seigneur Leonello, son frère ». Le Grec Marc Musurus, successeur d'Aide, ne fit que confirmer son élève dans sa passion pour les lettres. Grâce à une telle initiation, Alberto devint un érudit et un sage de la race des grands Mécènes du xv'^ siècle, les Alphonse d'Aragon, les Cosme de Médicis, les Nicolas V, les Frédéric d'Urbin.

La vie de ce prince se partagea entre Mirandole, Novi, Carpi, Rome et la France.

A Carpi, qu'il gouverna pendant près de trente ans, il entreprit des constructions importantes, fit fortifier la ville, éleva un palais (probablement d'après les plans de Bartolommeo Clementi), et rebâtit, à partir de i5i5, la cathédrale

1. BiBL. : Pungilconi, Memorie istoriche di Antonio Allegri detto il Correggio. Parme, 181^- 1821 ; 3 vol. — Les différentes publications de M. Bigi.

2. BiBL. : Litta, Famiglie cekhri. — A. Firmin-Didot, Aide Manuce et VHellénisme à Venise. Paris, iSjS. — Memorie dclF Istituto veneto, 1877, t. I, p. 212 et suiv. — Semper, dans la Zeitschrijt fiir bildende Kunst, 1878, p. 178, 210. — De Nolhac, les Correspondants d'Aide Manuce. Rome, 1888. — Castellani, la Stanipa in Veneiia\ Venise, 1889; p. 104 et suiv.

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