Campori, Michel AngeJo Buonarroti e Aljonso I d'Eslc
une Bacchanale), et d'avoir, le premier parmi les souverains italiens, apprécié le génie du Titien. Dès le mois de février i5i6, il avait installé le grand artiste dans son palais de Ferrare, avec deux de ses élèves ou serviteurs ; il leur fournissait, outre des honoraires probablement assez considérables, de la viande salée, de la salade, de l'huile, des châtaignes, des oranges, des cierges, du fromage et cinq mesures de vin par semaine*. Ne rions pas de cette convention, qui aujourd'hui semblerait indigne d'un Mécène et d'un artiste : le xvi^ siècle ne connaissait pas les préjugés modernes, et à tout instant les fournitures d'aliments, de denrées de toutes sortes, tenaient lieu de rémunération pécuniaire (quelques années plus tard le marquis de Mantoue faisait don au Titien d'un superbe pourpoint). Le travail confié au Titien par la cour de Ferrare consistait dans l'achèvement de la Bacchanale, commencée par son maître Jean Bellin (aujourd'hui chez le duc de Northumberland, à Alnwick); il y peignit le paysage, pour lequel il mit à contribution les environs de sa ville natale, Cadore. Les autres sujets (ils avaient été probablement désignés par l'Arioste) ne trahissent pas moins les tendances essentiellement profanes de la cour de Ferrare. Pour compléter la décoration de la salle où se trouvait déjà la Bacchanale en question, le maître vénitien dut peindre d'abord un
Fleuve de vin rouge, près duquel se trouvaient des chanteurs et des joueurs d'instruments, hommes ou femmes, à moitié ivres, et entre autres une femme endormie. Une seconde peinture représentait une Fourmilière d'Amours, jouant et folâtrant de mille manières. Pour thème de la troisième composition (i522), le Titien traita V Histoire de Bacchus et d'Ariane, d'après le récit de Catulle (on sait que les deux premières pages se trouvent aujourd'hui au musée de Madrid, et la dernière à la National Gallery de Londres).
Médaille d'Alphonse d'Esté.
Par Niccolô Fiorentino.
A Mantoue, les traditions de droiture et de noblesse que nous avons constatées pendant la période précédente chez les princes de la maison de Gonzague, s'affirment encore, si possible, sous le gouvernement du marquis Frédéric I", qui, né en 1466, succéda en 1478 à son père Louis, et du marquis Jean-François II, qui régna de 1484 à i5i9\