I. Memorîe deW Istituto venefo, t, IX, p
Cornaro, l'ancienne reine de Chypre, faisait de son château d'AsoIo un asile des Muses.
Nous aurons à montrer, dans les sections consacrées aux différents arts, comment l'architecture, avec les Lombardi et les Riccio, comment la sculpture, avec les mêmes dynasties d'artistes, auxquels se joignit Alessandro Leopardi, comment enfin la peinture, grâce surtout aux efforts de Giovanni BelHni, parvinrent à s'affranchir de l'influence byzantine, si singulièrement tenace (en i5o6 encore, on choisit le type le plus archaïque pour la figure du Christ destinée à être incrustée en mosaïque dans l'abside de Saint-Marc), et à réaliser un idéal qui, s'il avait encore la fermeté propre aux Primitifs, n'avait du moins plus de raideur, ni de dureté.
Constatons seulement ici que pendant ce radieux printemps, qui dura de 1470 à i520 environ, l'École vénitienne l'emportait déjà infiniment sur l'École florentine par la souplesse, la couleur et la suavité. L'ordonnance de ses palais avait quelque chose de plus mouvementé et de plus brillant; ses sculptures, sans égaler le pathétique de celles de Michel-Ange, avaient un tour libre et une grâce naturelle; ses peintures enfin ravissaient par leur faire large et moelleux, et par une chaleur absolument inconnue aux Florentins. Un rejeton nouveau avait poussé sur l'arbre déjà si riche de l'art italien ; un nouveau fleuron était venu enrichir sa couronne.
L'Istrie, la Dalmatie, puis l'Esclavonie, qui, sans appartenir aux Vénitiens, subissait leur influence, les îles de Chio, de Chypre, de Rhodes, de Crète, etc., ne laissèrent pas de prendre part à ce grand tournoi.
Aux deux Laurana, au médailleur Paul de Raguse, aux peintres Gregorio Schiavone, Carpaccio et Battista, cités dans notre précédent volume (p. 174), à Domenico di Capo d'Istria, l'architecte du petit temple de Vicovaro, et au sculpteur Giovanni Dalmata, firent suite Andréa Schiavone, élève du Titien, dom Giulio Clovio, le célèbre miniaturiste, né en Croatie, Alessandro Cesati, habile médailleur et graveur en pierres dures, surnommé « il Grecchetto » parce qu'il avait Chypre pour patrie. Le peintre vénitien Marco Basaiti semble aussi avoir été d'origine grecque. De temps en temps les artistes italiens faisaient à leur tour des incursions dans ces régions. Le mystérieux sculpteur Michelagnolo de Sienne travailla longtemps, au dire de Vasari, en Esclavonie, « avec d'autres sculpteurs excellents ». Capo d'Istria s'enrichit de peintures dues à Carpaccio et à Cima da Conegliano. Mais ce sont surtout les ingénieurs militaires qui laissèrent dans les possessions vénitiennes de l'Adriatique et de la Méditerranée des traces de leur science : Michèle San Micheli fortifia les îles de Chypre et de Crète, et G. -G. San Micheli la ville de Zara.
Au nord de Venise, le Frioul, naguère si rude et si inculte (t. I, p. 174),
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