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Didot, Aide Maniice, p. i^~-i.Sr

VENISE

églises, ses palais, ses sculptures, ses peintures, tout forme comme un défi porté à la rigueur et à la sécheresse des Florentins.

Après avoir été si longtemps réduits à invoquer le concours des artistes de la

L'Escalier des Géants, au Palais des Dog;es à Venise.

terre terme, les Vénitiens purent enfin prendre l'oflensive aux approches du siècle nouveau. Jean Bellin, le véritable fondateur de la gloire artistique de sa patrie, travailla pour le marquis de Mantoue et le duc de Ferrare ; Jacopo di Barbarj devint le peintre attitré de Marguerite d'Autriche, gouvernante des

E. Muntz. - II. Italie. LAge d Or. 3?

Pays-Bas; Sebastiano del Piombo fit à Rome la brillante fortune que l'on sait. Sic^nalons, puisque nous parlons des États pontificaux, la colonie de peintres, de médailleurs, de graveurs en pierres dures, d'orfèvres, originaires des Lagunes et fixés à Rome, pour ne point parler de leurs quasi -compatriotes nés sur la terre ferme : Lorenzo Lotto, qui eut l'honneur d'être invité par Jules II à peindre au Vatican, Jean d'Udine, le collaborateur de Raphaël, le médailleur Camelio, etc.

Dans cet intervalle, le gouvernement vénitien, toujours si jaloux d'ajouter encore à la magnificence de la cité, multiplia les constructions, les embellissements, les fêtes. Si une série de doges (Niccolô Tron, 1471-1473; Niccolô Marcello, 1473-1474; Pietro Mocenigo, 1474-1477; Andréa Vendramini, 1477-1478; Marco Barbarigo, 1485-1486) ne firent que passer sur le trône ducal, trois du moins de ces dignitaires (Giovanni Mocenigo, 1478- 1485, Agostino Barbarigo, 1486-1501, et Leonardo Loredano, i5oi-i52i') eurent le loisir d'imprimer à l'art une direction nouvelle et d'opposer aux monuments du luxe oriental, tels qu'ils s'incarnaient dans la basilique de Saint-Marc, les libres créations de la Renaissance.

L'achèvement du Palais ducal, avec des morceaux tels que l'Escalier des Géants, la continuation de la série de fresques de la grande salle du Conseil, l'érection de la statue équestre du Colleone (1479-1496), la construction des « Procuratie vecchie » (1496- i5i 7), la reconstruction du pont du Rialto (i5i4), voilà quelques-unes des entreprises les plus saillantes auxquelles ces trois doges attachèrent leur nom.

Dans le domaine de l'architecture religieuse, nous avons à enregistrer la construction de la « Scuola di San Marco » (1490), de la « Scuola délia Misericordia » (i5o8), l'achèvement de San Zaccaria (i5i5), puis toute une série de travaux entrepris dans la basilique de Saint -Marc, entre autres la construction de la chapelle Zeno (i5o3-i52i).

De même que Rome, Venise abritait une foule de colonies étrangères, qui rivalisèrent plus d'une fois en luxe avec leurs hôtes. Les Allemands et Flamands firent reconstruire en i5o6 par leur compatriote, maître Hieronymus, leur entrepôt, le célèbre « Fondaco dei Tedeschi » (aujourd'hui la Douane). Ils confièrent à Albert Diirer le retable destiné à leur chapelle, le Rosaire (aujourd'hui à Prague), et au Titien les fresques de la façade.

Parmi les Mécènes, une figure éclipse toutes les autres, celle du cardinal Domenico Grimani (né à Venise en 1461, fiiit cardinal en 1498, patriarche d'Aquilée en 1498, mort à Rome en i523)'. Ce prélat illustre, dont le père,

1. La physionomie de Loredano nous est connue par des médailles, par un très beau basrelief du Palais ducal (gravé dans la Renaissmiu au temps de Charles VIII, p. 32 1), et enfin par un portrait de la National Gallcry de Londres, dû au pinceau de Jean Bellin.

2. BiiiL. : Noliiia d'Opere di disegno, édit. Morelli ; Bassano, 1800; p. 75, 2i5 et suiv. — Raphaël; sa vie, son œuvre et son temps, p. 287-288, 604.

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Antonio Grimani, fut doge de i52i à i523, chérissait également les lettres et

les arts. Lié avec Politien, Pic de la Mirandole, Erasme, il entretenait d'autre

part des relations avec des artistes tels que Michel-Ange et Raphaël. Pendant

son long séjour à Rome, il avait réuni au palais de Saint-Marc ou palais de

Venise un musée d'antiques qui n'avait de rival que ceux du Capitole et du

Vatican. Par une inspiration véritablement généreuse, il légua à sa ville natale,

si pauvre jusqu'alors en antiquités classiques, sa superbe collection de statues,

de bustes d'empereurs et de bas-reliefs, qui torma ainsi le premier noyau du

Musée de Saint-Marc. Sa bibliothèque, riche de 8 000 volumes, échut elle aussi

à Venise. Sa galerie de tableaux marchait de pair avec ses autres collections.

Le fin connaisseur qui avait nom Marc-Antonio

Michiel y signalait, en i52i, une série de pein- ^>-^i2ï«îSïa

tures de Memling (on reconnaît bien le Vénitien

à cette prédilection pour les Flamands!), de

Jérôme Bosch, de Patenier, d'Albert van Ou-

water, de Jacopo de' Barbarj, d'Albert Durer,

de Gérard Horebout, puis le fameux Bréviaire

Grimani, le carton de la Conversion de saint

Paul, de Raphaël, etc.

Les neveux du cardinal Grimani héritèrent de ces nobles traditions ; nous aurons l'occa- Médaille du cardinal Grimani.

sion, dans notre troisième volume, de signaler ^^^ ^' ^^'"^'"^•

les services qu'ils rendirent à l'art.

Si Marc-Antonio Michiel (né vers i486, mort vers i552) n'a pas été un Mécène aussi magnifique que son compatriote le cardinal Grimani, il a du moins égalé, voire surpassé en pénétration et en délicatesse les plus fins amateurs de ce siècle clairvoyant entre tous. Partageant son temps entre les charges publiques et l'étude, il décrivit la ville et le territoire de Bergame, commenta la Chronique de Dandolo, réunit les notes les plus précieuses sur l'histoire des arts à Rome, à Naples, et surtout dans le nord de l'Italie. Une partie de ses notes a été pubUée en 1800 par l'abbé Morelli, sans nom d'auteur, sous le titre de Notiiia d' Opère di disegno... esistenti in Padova, Cremona, Milano, Pavia, Bergamo, Crenia e Venexia (réédité en 1884 par M. Frizzoni, et en 1887 par M. Frimmel); elle a été revendiquée en faveur de Michiel par Cicogna, dans un mémoire des plus instructifs, où cet éminent érudit vénitien a en même temps fait connaître dans tous ses détails la biographie de son héros'. Ce qui distingue Michiel, c'est l'alliance du goût le plus sûr avec la tolérance la plus large : il admire au même titre les Flamands et les Florentins, les créations de l'architecture nouvelle et les antiques.

A quelque distance de Venise, la plus illustre de ses concitoyennes, Catherine

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