‹ Histoire de l'art pendant la renaissanceChapitre 145 sur 304 · Lettere, p. 55o · texte numérisé non relu

Lettere, p. 55o

Comme matériaux de construction, le marbre l'emporte de plus en plus sur la pierre de taille et celle-ci de plus en plus sur la brique. Cette dernière n'est plus guère employée qu'à Bologne, à Ferrare et en Lombardie. Et encore1, quand il est impossible de s'en passer, la recouvre-t-on d'un crépi, ou lui donnet-on, à l'aide du stuc, l'apparence du marbre. D'après Burckhardt, le palais du Té serait la première construction monumentale dans laquelle on aurait eu recours à des artifices de ce genre, alors qu'il eût été si simple, ne disposant que de briques, de laisser à celles-ci leur couleur naturelle.

En même temps que la brique disparaissent les ornements en terre cuite.

Parfois aussi on faisait entrer le fer dans la construction; c'est ainsi que ce métal remplaça le bois dans le palais de la Monnaie de Venise, un des chefsd'œuvre de Sansovino (il s'agissait avant tout de préserver l'édifice du feu). On se servait en outre couramment d'armatures en fer, soit pour consolider des voûtes anciennes, soit pour en construire de nouvelles (Bibliothèque de Saint- Marc à Venise, également construite par Sansovino).

Les tuiles de plomb continuèrent à être d'un emploi courant. On s'en servit entre autres pour recouvrir l'église de Lorette, ainsi que les palais édifiés à Rome par Paul III.

Dans le choix de 1' appareil, le fait le plus saillant est le regain de faveur dont s'enorgueillit l'appareil rustique, dédaigné pendant un temps (t. II, p. 322). Prenant exemple sur Bramante, qui dans son palais du Borgo en avait fait usage pour le rez-de-chaussée, Jules Romain et San Micheli le prodiguent parfois sans nécessité, en l'associant à l'ordre dorique2. Girolamo da Carpi fait contraster (palais Crispi à Ferrare) des portes cochères en rustique avec des murs en briques, relevés aux extrémités par une rangée unique de blocs également en rustique. La façade d'un des palais construits à Rome par Mazzoni, le palais Spada, fournit à cet égard un enseignement plus mémorable encore : l'auteur s'ingénie à opposer la nudité du rez-de-chaussée en rustique à la richesse du premier étage et surtout à celle de l'intervalle compris entre cet étage et l'étage supérieur : ce ne sont que festons, tentures, niches, inscriptions, etc. Le style baroque n'eût pas su mieux faire.

L'emploi des pointes de diamant se généralise (voy. t. I, p. 383). Un palais

1. En i55i, Giovanni (Nanni) di Bartolorameo dei Lippi obtint un privilège pour un nouveau procédé de fabrication de briques, égales pour la dureté et la solidité à celles des anciens Romains (Bertolotti : Arte e Storia, 1886, p. ig5). Sur les matériaux employés à Venise, voy. Sansovino, Venetia (édit. de 1604, fol. 262). — Certaines provinces conservaient le monopole de certaines spécialités, comme aujourd'hui les Piémontais pour les travaux de terrassement. A Venise, les fabricants de pavements (« terrazzi ») étaient la plupart originaires de Forli (Sansovino, ibid., fol. 262 V).

2. Les bossages et les refends, d'après l'expression pittoresque de Quatremère de Quincy, sont comme les ombres dans la peinture, c'est-à-dire des moyens d'opposition qui font valoir les parties lisses et laissent mieux briller l'élégance des colonnes et des ornements. (Histoire des plus célèbres Architectes, t. I, p. 65-67, 348-35o; t. II, p. 12.)

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