LES COLONNES
pouvoir plus énergiquement stigmatiser le projet composé par San Gallo pour la basilique de Saint-Pierre qu'en le traitant de tudesque.
Dans la composition des colonnes, plusieurs innovations importantes sont à noter. Une des plus curieuses est l'emploi de bossages formant saillie sur le fût'. Deux variétés s'offrent à nous : tantôt les assises sont alternativement cubiques et circulaires; tantôt les assises sont toutes circulaires, mais une partie d'entre elles offre un diamètre supérieur celui de l'autre et forme par conséq sur celle-ci. Ces colonnes, appelées i donné à la Monnaie de Venise et térieure du palais Pitti leur ca Il est à peine nécessaire d'ajouté tème fut appliqué aux pilastres.
J'ajouterai, pour n'avoir plus besoin cl y revenir que cette alternance d'assises en saillie et d'assises en retraite, produit une sorte de trépidation, de trémolo, véritablement nuisible à l'effet d'ensemble ; on dirait des hachures qui enlèvent au dessin toute netteté et toute fermeté.
Les colonnes torses tendent également à se multiplier, mais sans atteindre encore à la lourdeur et à la vulgarité que leur donnera le style baroque. Celles de la cour du palais ducal de Mantoue, bâti, affirmet-on, entre i5l8 et l53g, se distinguent par leur mauvais goût.
V,'!ëf-f# ?■'•' ••>>r/ra
Colonne historiée.
Par Benedetto da Rovezzano.
(Église de la Trinité
à Florence.)
Plus élégantes sont les colonnes à cannelures en spirale, telles que celles dont San Micheli a enrichi le palais Bevilacqua à Vérone.
Les colonnes historiées se multiplient de leur côté. Dans les fragments conservés au Musée national de
Florence, Benedetto da Rovezzano a orné la partie inférieure du fût de cannelures, et le haut de rinceaux. Dans la cour du Palais Vieux de Florence (i565, voy. p. 209), Marco Marchetti de Faenza a revêtu les colonnes de stucs représentant des pampres, des mascarons, des rinceaux, des grotesques, etc., etc.
1. Voy. sur ces colonnes le IIP livre de Serlio (chap. xn, xxvi, xliii, etc.), ainsi que son recueil de portes. Des colonnes analogues se voient à Rome, dans la « vigna di papa Giulio ». D'après Redtenbachcr (p. 22.5), l'invention de ce motif est due à San Micheli.
3o8 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
Des colonnes d'une grande richesse se voient également au palais Buoncompagni-Ludovisi a Bologne.
Les chapiteaux historiés de Stagio Stagi au dôme de Pise (voy. p. 224), ou de Nie. Civitale dans l'église Saint-Martin à Pietra Santa, n'ont rien à envier pour la richesse à ceux des anciens.
Plus variés encore que les colonnes sont les pilastres : on en trouve de toutes les formes : gaines (palais Marini à Milan, etc.), lyres, momies (recueil de Serlio, etc.).
Quoique la ligne horizontale eût depuis longtemps définitivement triomphé de la ligne verticale, qui formait le point de départ du style gothique, certains architectes ne pouvaient résister au désir d'obtenir des profils plus tranchés, une silhouette plus accidentée : sans sacrifier le parti général de leurs façades, ils imaginèrent de les couronner, d'abord par des statues, puis par des candélabres, enfin par des obélisques, motif disgracieux entre tous, car si les clochetons qui s'élancent dans les airs forment le développement organique de tout un ensemble de constructions, les obélisques ne sont qu'un élément absolument parasite. Ces appendices malencontreux se rencontrent sur la Bibliothèque de Saint- Marc à Venise, sur le palais communal de Brescia, l'église « Santa Maria presso San Celso » à Milan, celle de « Santa Maria del Orto » à Rome, et en beaucoup d'autres endroits1.
Aux lignes trop rigoureusement géométriques succèdent, d'autre part, des lignes brisées, courbes et ondulées, ayant pour résultat de rompre la monotonie, d'augmenter la souplesse et l'élégance. Voyez ce couronnement horizontal : s'il donne de la noblesse et de l'assiette à un édifice, il l'écrase aussi. Une ligne légèrement relevée produira infiniment plus d'effet. Ce système, qui compte des partisans dès le xvie siècle, se développera surtout au xvnf.
Les progrès du principe d'autorité, si sensibles dans toutes les br-anches de l'architecture, ne pouvaient manquer de se manifester dans le domaine de I'ornementation. Le rôle de la fantaisie décroît au fur et à mesure que celui de la raison se développe. Jamais encore l'architecte en chef n'avait exercé pareille maîtrise. Ce qu'était son empire sur tous ses collaborateurs sans exception, sculpteurs, peintres, ornemanistes, nous le savons par l'exemple de Jules Romain : dans les constructions qu'il dirigea à Mantoue, pas une feuille en stuc n'était exécutée sans qu'il en eût lui-même fourni le dessin. Il en résulta de l'harmonie, mais aussi de la monotonie et de la sécheresse2.
La Fin de la Renaissance n'a pas, que je sache, inventé d'ornements nouveaux; bien au contraire, elle a supprimé un certain nombre de ceux que lui avaient
1. Voy. aussi Serlio, livre IV, fol. lviii, et Burckhardt, Gcschichtc der Renaissance in Italien, édit. Holtzinger, p. 26-27, M^-