LES PORTES ET LES PONTS
pour l'imitation des arcs de triomphe; il leur faut des colonnes, des basreliefs, des statues ; c'est le système qui prévaut à Rome, notamment dans la porte du Peuple, élevée sous le pape Pie IV et décorée de quatre colonnes doriques, aux formes aussi pleines que banales. Les autres — et à leur tète San Micheli — traitent les portes comme des poternes fortifiées. Rien de plus opposé aux modèles à la Michel-Ange, à la « porta Pia », avec ses ornements de mauvais goût, ses créneaux terminés par une volute ionique et couronnés par un boulet, ses lourds festons, ses chambranles compliqués, que les portes construites par San Micheli : ici le dorique domine, avec une sévérité qui ne va pas toutefois jusqu'à la nudité. La « porta del Palio » à Vérone est
Le Pont du Rialto à Venise.
ornée de colonnes et de pilastres cannelés, de boucliers et de bucrânes. A Gênes, dans la « porta del Molo », Alessi s'inspire également du style dorique.
La construction des ponts fixa l'attention de plusieurs architectes éminents, qui s'efforcèrent d'y concilier la science de l'ingénieur avec la pureté des profils ou la richesse de la décoration. On vante le pont de la Trinité à Florence, avec ses élégantes arches aplaties, construit de i5Ô7 à i5~o par Ammanati, qui, en diminuant les piles et en surbaissant les voûtes, facilita le passage des eaux. Plus pittoresque, mais aussi moins monumental, est le pont du Rialto à Venise, construit de 1 588 à i5q2 par Antonio da Ponte. La même ville montre avec orgueil l'élégant pont des Soupirs (attribué à Antonio Continu, le neveu de Giovanni da Ponte), dont l'arche unique, jetée par-dessus un canal, relie aux Prisons le premier étage du Palais des Doges. On trouve dans le livre III du Traité de Palladio la description de plusieurs ponts construits par ce grand artiste.
E. Mi'intz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 41
Par leur nombre non moins que par leurs dimensions et leur richesse, les fontaines de la Fin de la Renaissance relèguent dans l'oubli leurs aînées, sans exception aucune. L'élément architectonique y lutte jusqu'à la fin avec l'élément plastique. Si la fontaine d'Ammanati à Florence, celle de Jean Bologne, dans la ville du même nom, celle des « Tartarughe » à Rome, font la part la plus large à la sculpture, la belle fontaine de la place « délia Rocca » à Viterbe, attribuée à Vignole (gravée p. 246), et les nombreuses fontaines élevées à Rome sur les dessins de Giacomo délia Porta1, affirment les droits de l'architecture.
A Venise, des margelles de puits monumentales tiennent lieu de fontaines.
Des fondeurs célèbres,
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notamment les Alberghetti, ont attaché leur nom à ces ouvrages.
Les villas et les jardins n'avaient cessé de tenir une place d'honneur dans l'architecture italienne (t. II, p. 084- 358). La Fin de la Renaissance donna plus d'importance encore, si possible, à ces créations dans lesquelles l'art se Le Pont des Soupirs à Venise. mariait si agréablement
à la nature. Fontaines, jets d'eau et cascades, bocages, berceaux et haies, treilles et treillages, fleurs d'agrément et plantes médicinales, grottes et souterrains, volières et orgues hydrauliques, statues et groupes, obélisques, vases, pavillons et promenoirs couverts, salles de bains, tout y était réuni pour charmer le regard ou favoriser le recueillement.
Ce que l'on recherche avant tout, c'est la pureté et la fraîcheur de l'air, qui ne s'obtiennent que sur les hauteurs; puis l'étendue ou la beauté de la vue, qui sont intimement liées, elles aussi, à l'élévation du site" (on ne comprendrait pas une villa dans un bas -fond). Aussi l'aménagement abonde-t-il en contrastes, offrant à chaque détour un nouveau panorama.
1. Voy. le recueil de Falda, le Fontane ai Roma nelle placée luoghi pubblici délia città. Rome (1675). '
2. « Les Vignes, qui sont des jardins et lieues de plesir, de beauté singulière, et là où j'ai aprins combien l'art se pouvoit servir bien à pouint d'un lieu bossu, montueus, et inégal; car eus ils en tirent des grâces inimitables à nos lieus pleins, et se prévalent très artificielemant de cete diversité. » (Montaigne, Voyage, p. 3i|. Cf. p. 498.)