LES ARCHITECTES MILANAIS
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et du quatrième ordre : Cesare Cesariano (iqSS-iSq.^)1, plus connu par son commentaire sur Vitruve (voy. p. 298) que par ses propres constructions; le peintre-architecte Bramantino Suardi (vivait encore en i536), qui doit, lui aussi, sa notoriété à un travail d'archéologie, le recueil des vues de Rome2. Sa principale création originale, le vestibule de l'église San Nkizaro, avec les tombeaux des Trivulce, ne se distingue que par un mauvais goût insigne.
Par contre, deux étrangers, originaires, l'un de Pérouse, l'autre de Bologne,
Le Théâtre Olympique de Vicence, par Palladio.
ont doté Milan des édifices auxquels cette ville doit aujourd'hui encore son cachet. Le premier, Galeazzo Alessi (i5oo-i572), élève de son compatriote Caporali (p. 298) et imitateur de Michel-Ange, s'était fixé en iSqX) à Gènes, d'où il entreprit plus d'une excursion à Milan. Il commença, dans cette dernière ville, en i558, le palais Marini (p. 288, 290), auquel firent suite la façade de « Santa Maria presso San Celso », la salle de 1' « Auditorio del Cambio », l'église San Vittore, etc.
Autant Palladio et son école savaient mettre de grandeur dans la simplicité, autant Alessi s'attache à la poursuite de la richesse. Prenez son palais Marini :
1. De Pagave et Casati, Vita di Cesare Cesariano. Milan, 1878.
2. Le Ravine di Rama al principio del secolo XVI. Studi del Bramantino {Baiiolomeo Suardi): publiées par G. Mongeri. Milan, 1880.
quel luxe de détails ! A chaque étage les fenêtres ont un encadrement spécial : ici des colonnes rustiques, encadrées à leur tour par des colonnes composites ; là des pilastres en forme de gaines, séparés les uns des autres par des pilastres corinthiens. Et encore je ne parle pas des balustres qui ornent le bas des fenêtres, des frontons qui les surmontent, des fenêtres mezzanines, avec leurs accolades,
des frises, des corniches,
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des ornements de toute nature; bref, il n'est pas une surface qui ne soit ouvragée ; nulle détente pour l'esprit, nul repos pour l'œil ; la cour surtout, surchargée de sculptures, n'a plus rien à faire avec l'esprit de la Renaissance '.
Quant à Pellegrino Tibaldi (i527- i5g8), l'architecte favori de saint Charles Borromée, il appliqua les principes de Vignole à la construction d'une série d'églises et de palais (la façade de la cathédrale , l'église San Fedele , commencée en i56c), la cour du palais archiépiscopal, 1670, etc.), qui témoignent de sa .science et de son talent, mais où l'on chercherait vainement le recueillement , la fraîcheur et la
distinction , sans lesquelles il n'y a pas de Renaissance.
A plus forte raison pouvons-nous passer sous silence les constructions de ses
disciples milanais, les Meda et les Seregni (voy. p. 289).
Projet de palais, par Palladio.
(Traité d'architecture, liv. II.)
A Gênes, plus encore qu'à Milan, Alessi élabora un style qui, pour être étranger quant à ses origines, n'en revêtit pas moins un caractère régional bien
1. Voy. Tullo Massarani, </<•/ Salone ai Pala^TO Mariai. Milan, 1881. — Beltrami, Rela^ione... siil Progetto ai comùîemento del Palano Marini ndlafronte verso Pia^a délia Scala. Milan, s. d.; planches.
GALEAZZO ALESSI.
tranché1. Si dans l'église Sainte-Marie de Carignan il reproduisit, en petit, le plan composé par Michel-Ange pour Saint-Pierre de Rome, dans les nombreux palais dont il enrichit principalement la « Via Nuova », dans la « Loggia dei Banchi », dans la porte du vieux Môle et dans une foule d'autres édifices, il s'efforça d'unir le mouvement à l'ampleur. Tantôt il se sert de beaux refends, tantôt de fenêtres ingénieusement disposées, tantôt de riches balustrades, pour varier ses façades; il inonde de lumière ses superbes portiques, aux lointaines perspectives. Assurément la forme n'est plus châtiée, comme chez les architectes de l'Age d'Or; mais du moment où l'art italien avait dit adieu à ces hautes aspirations, il était impossible de lui demander plus de vie, d'éclat et d'harmonie. J'insiste sur cette dernière qualité : si on la rencontre encore dans les palais construits à Gênes par Alessi, notamment dans les palais Sauli, Adorno, Spinola, etc., on la chercherait en vain dans le palais Marini de Milan, qui est postérieur (voy. p. 356) : la décadence avait marché bien vite !
Modèle de vase composé
par Serlio.
(Traité d'architecture, liv. I.
Si nous essayons de résumer cette rapide investigation sur les vicissitudes de l'architecture vers la fin de la Renaissance, nous découvrons que le trait dominant, c'est l'existence de deux écoles absolument distinctes : l'une, représentée principalement par Michel-Ange, qui recherche avant tout le mouvement et le brio et qui prépare l'avènement du style baroque2; l'autre, inspirée par Palladio, qui s'efforce de sauvegarder les droits
du style, de faire triompher la pondération et l'harmonie ; une vraie école classique en un mot. Les deux courants se maintiennent l'un à côté de l'autre jusqu'en plein xvnc siècle; il arriva parfois que le même artiste les suivît tour à tour : tel fut le cas du Bernin, qui, dans sa colonnade de Saint-Pierre, sacrifia à la noblesse et à la pureté des lignes, et dans presque toutes ses autres constructions à un déplorable besoin d'agitation.
Au fond, la diversité des tendances et la multiplicité des efforts sont dominées par une loi unique : les combinaisons à l'avenir seront raisonnées et voulues. A l'ère de l'inspiration, aux intuitions du génie, ont succédé les patients et laborieux calculs. La pleine possession de tous les secrets de l'art classique
t. Bibl. : Rubens, Pala~i di Genova. Anvers, 1622. — Gauthier, Les plus beaux Edifices de la ville de Gènes et de ses environs. Paris, i88l-l832. — Vita di Galea^o Alessi , arclntetto perugino, per Giorgio Vasari, cou note. Pérouse, 1873. — Julius Meyer : Allgcnieines Kûnstler-Lexïkon, t. I, p. 274 et suiv.
2. Voy. le travail de M. Wôlfflin, Renaissance uinl Baroclc. Munich, ii:
explique comment les uns ont pu s'attacher ainsi au rythme, les autres à l'éclat. Rien de plus aisé, quand les convictions et la spontanéité ont faibli, que de choisir entre les extrêmes. Les représentants de l'Age d'Or et les Primitifs auraient été fort embarrassés d'en agir de même : bien loin de pouvoir exercer leur critique en toute liberté, ils obéissaient à cette sorte de nécessité intime sans laquelle toute production est artificielle, sans laquelle la facilité, la banalité, ce que j'appellerai des idées de cerveaux brûlés, se substituent à la saveur et à la poésie, à la grâce ou à la fierté.
Plat de Calïagiuolo.
(Ancienne collection du comte de Nieuwerkerque.)
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Frontispice du Traité d'Architecture de Labacco (Venise, 1576).
La Diane de Benvenuto Cellini. (Musée du Louvre.)