PALLADIO
Mantoue), il unit la simplicité à la grandeur. Son idéal, c'était de concilier les formes des temples antiques avec les exigences du culte chrétien.
Non moins original est le cloître de Santa Giustina à Padoue. Tout s'enchaîne, on serait tenté de dire s'emboîte, rigoureusement ; une volonté claire et ferme éclate jusque dans les moindres détails.
Mais c'est surtout dans sa ville natale, à Vicence, que le grand artiste a laissé ses œuvres maîtresses : la construction de la basilique, du théâtre Olympique, de la « loggia del Delegato », de la Rotonde, d'innombrables palais ou mai-
La Basilique de Vicence, par Palladio.
sons de campagne, firent de cette ville, naguère si effacée, une des plus éblouissantes de l'Italie.
Dans la basilique, où il s'agissait de consolider extérieurement un vieil édifice gothique, et de lui donner une façade en harmonie avec le goût de la Renaissance, Palladio réalisa un double tour de force, et comme appropriation et comme décoration. Il montra que, pour innover, il suffisait de combiner d'une manière différente les colonnes engagées, les colonnes accouplées, les arcs, les balustrades, les oculi, les statues placées sur l'axe des colonnes, c'està-dire des éléments mis en œuvre depuis un siècle et demi. C'est ainsi qu'il réussit à obtenir une extrême variété et une grande hardiesse de combinaisons, des lignes pures et cependant mouvementées, des formes amples sans lourdeur.
Le théâtre Olympique (voy. p. 3ig-32o) est un mirage — du Paul Véronèse
E. Mïlntz — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 45
en architecture, — avec sa profusion de statues sur des colonnes et de statues dans les niches, de bas-reliefs, de perspectives étourdissantes; ses dégagements grandioses comme des boulevards modernes; et cependant les lignes générales sont encore nobles et calmes.
En un mot, comme Quatremère de Quincy l'a déclaré en termes excellents, « on constate dans les dessins des édifices de Palladio une raison toujours claire, une marche simple, un accord satisfaisant entre ce que commande le besoin et ce que le plaisir demande, enfin une telle harmonie dans leur concordance qu'on ne saurait dire lequel a reçu la loi de l'autre. Sa manière présente à tous les pays une imitation facile ».
Avec Sansovino et Palladio, l'architecture vénitienne avait réalisé un idéal de richesse et d'harmonie comparable à celui auquel la peinture avait atteint dans la môme ville. Leurs églises et leurs palais étaient bien les monuments dignes d'abriter ces grands seigneurs, aux manières si aisées et si nobles, d'une si belle tournure, d'une souveraine distinction. C'était plus et mieux qu'un art d'apparat, comme devait l'être celui du siècle suivant : on y sent encore les pulsations d'une race ayant conservé un fonds de vigueur et de générosité, et cette vie immanente, cetre douce chaleur, qui sont le plus précieux des privilèges de la Renaissance.
Sansovino et Palladio comptèrent d'innombrables disciples dans tout l'État vénitien. Si aucun d'eux ne les égala1, la plupart cependant s'efforcèrent de maintenir la tradition inaugurée par eux : au xvn1' siècle encore les palais construits à Venise par Longhena, les palais Pesaro et Rezzonico, gardèrent quelque chose de l'ampleur et de l'harmonie propres aux glorieux fondateurs de l'École vénéto-vicentine.
Nous pourrions à la rigueur nous dispenser d'étudier les monuments élevés dans la partie occidentale de la Haute Italie, car ils appartiennent déjà, pour l'immense majorité, au style que l'on désigne sous le nom de baroque. A Milan comme à Gênes, l'architecture a passé, presque sans transition, de l'adolescence à la décadence. Comment aux créations si fraîches, si délicates, si généreuses, de Bramante, ont pu succéder si rapidement les compositions d'un Alessi et d'un Tibaldi ? C'est là un de ces problèmes dont il faut chercher la solution dans toutes sortes de circonstances fortuites : les troubles politiques, l'absence de quelque initiateur transcendant.
L'École milanaise indigène est représentée jxir plusieurs artistes du troisième
I. Rappelons ici Giovanni da Ponte (l.5i 2-1 D97), l'architecte des prisons et du pont du Rialto ; Giorgio Spavento, qui construisit en 1 5.34 l'église San Salvatore ; Vincenzo Scamozzi (l552-l6l6), qui construisit en 1.584 les Nouvelles Prccuraties.