I. Morelli, Kunst-Kritische Studien
La Présentation de la Vierge au Temple, par Sodoma. (Confrérie de Saint-Bernardin à Sienne.) .
SODOMA
manques (dans les anges du haut), etc. Le guerrier qui s'avance à droite rappelle l'Alexandre de la Farnésine. D'une manière générale, il ne faut pas
La Présentation de la Vierge au Temple, par Sodoma. (Confrérie de Saint-Bernardin à Sienne.)
regarder de trop près les tresques du maître; elles sont particulièrement lâchées dans le détail, par exemple dans les mains, ou encore dans les fleurs.
La partie gauche de la paroi du fond est occupée par Y Évanouissement de sainte
Catherine, avec le Christ dans les airs (gravé p. 228), morceau fameux où l'artiste a triomphé de la difficulté de composer un tableau à l'aide de draperies blanches et où il s'est véritablement égalé au Corrège par la suavité de l'expressjon non moins que par le charme du coloris.
A droite est peinte Sainte Catherine ravie en extase, genre de composition qui convenait à merveille à une imagination morbide, chez laquelle il y avait place pour toutes les impressions, sauf celles qui relèvent de la force et de la santé. La femme agenouillée à droite, les bras croisés sur la poitrine, est d'un sentiment tout raphaélesque. Elle forme comme un amalgame des motifs qui, dans une des fresques des Loges du Vatican, le Moïse sauvé des eaux, sont distincts.
La sacristie de l'église Saint-Dominique offre à notre admiration une peinture sur soie exécutée par ce pinceau magique : l'étoffe est ornée d'une Assomption, d'un dessin plus fin qu'à l'ordinaire, et où l'influence de Raphaël se révèle dans plus d'une figure. La Vierge se distingue par la douceur; les anges aussi sont charmants, quoique leurs proportions laissent à désirer et que le dessin de leurs mains prête à la critique.
Le fragment de fresque de l'Académie de Sienne, le Christ délivrant les âmes des limbes, est célèbre par l'admirable figure d'Eve, debout à côté d'Adam, et n'ayant pour tout vêtement qu'une légère draperie jetée autour des reins, mais croisant les bras sur sa poitrine par le geste le plus exquis de la pudeur féminine que jamais peintre ait inventé. Qu'elle est belle, touchante, cette figure de la première pécheresse, perdue dans son repentir, arrêtant sur le Rédempteur un long regard chargé d'une mélancolie infinie ! qu'il est beau ce corps souple et svelte, avec ses flancs puissants qui ont porté le genre humain (gravée, t. II, p. 228)!
Il y avait donc une âme, une âme vibrante, chez cet enfant terrible de la peinture et de la charge, et qui a été lui-même son pire ennemi.
L'église Santo Spirito reçut à son tour une page monumentale : Saint Jacques le Majeur, armé de pied en cap, l'épée haute, lançant son cheval par-dessus les cadavres des Sarrasins qu'il vient d'immoler (exécutée en i53o). Le motif, très hardi, très brillant, remplit à merveille la lunette dans laquelle il a été appelé à prendre place. Le cheval a beaucoup d'allure; malheureusement il manque d'étude, et la fougue du mouvement ne saurait faire oublier certaines hérésies anatomiques, surtout dans l'arrière-train, qui est beaucoup trop allongé.
Dans une autre peinture de la même église, la Visitation, l'invention est plus heureuse que dans le fameux tableau de Raphaël, conservé au Musée de Madrid : Sainte Elisabeth met un genou en terre devant la Vierge qui s'empresse de la relever. Comme spectateurs, une demi-douzaine de personnages de chaque côté. Malheureusement les figures sont trop trapues et la composition manque d'air.
L'Adoration des Mages, de l'église Saint-Augustin (terminée dès 1 533,. peut-
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être même plus tôt), offre à côté de nombreuses imperfections — manque de perspective et d'air, entassement des personnages, incorrection de certaines figures (par exemple, le pasteur debout à côté de la Vierge, avec son bras
L'Évanouissement de sainte Catherine, par Sodoma. (Eglise Saint-Dominique à Sienne.)
gauche tout de travers), — des qualités de premier ordre : beauté des acteurs, fierté des chevaux qui hennissent.
Au Palais public de Sienne, Sodoma peignit à fresque Saint Victor et Saint Ansanus (i52q).
Sous une niche, flanquée d'élégants pilastres a grotesques et ornée, dans les
E. Mùntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 07
angles, de Victoires, saint Ansanus debout verse sur des hommes agenouillés le contenu d'une aiguière (scène de baptême?). Plus loin, saint Victor, presque un adolescent, à la barbe naissante tirant sur le brun, armé de pied en cap, saut les jambes et les bras qui sont nus, brandit l'épée. Ses yeux brillent d'une sainte flamme ; sa physionomie respire à la fois l'énergie et la douceur. Dans le bas, des génies nus, dont l'un tient le bouclier du saint, offrent des figures d'une grâce parfaite, dont Sodoma a très certainement emprunté l'idée à Raphaël,
qui en avait tiré un si brillant parti dans la décoration de la Chambre de la Signature.
Rien de plus noble que l'invention , de plus éblouissant que le coloris de ces fresques.
Des figures isolées , voilà justement ce qu'il fallait à Sodoma, peu apte, étant donnée l'incohérence de son esprit, aux grandes compositions d'histoire ; là, pendant cet effort qui ne dure pas trop longtemps, il peut déployer toutes ses séductions, toutes les ressources de sa palette, son sentiment de la beauté, l'éloquence- de ses expressions . On croyait qu'il excellait uniquement dans l'interprétation des grâces de la femme : dans son Saint Victor, il a créé un type idéal de la fierté chevaleresque, se mêlant à la douceur du cuerrier chrétien.
Plus bas, en retour, sur une ligne différente, saint Bernard Tolomei (1043) tient dignement sa place à côté de saint Victor et de saint Ansanus.
Saint Victor, par Sodoma. (Palais public de Sienne.)
Les dernières années de Sodoma furent partagées entre Volterra, où il peignit, pour un riche seigneur du nom de Médicis, la Chute de Phaéton (un tableau représentant le même sujet figure dans l'inventaire dressé après sa mort), Pise, Lucques, où l'abbé des Olivétains lui commanda une Madone
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pour le couvent de Porziano, et Piombino, qui le compta, deux années durant, parmi ses hôtes : il habita cette dernière ville en 1 537 et en i538, comblé d'honneurs par le prince Jacques, cinquième du nom.
Dans le Sacrifice d'Abraham, de la cathédrale de Pise (iôqi-iDqa), le patriarche, les jambes nues, le torse recouvert d'une tunique courte, du plus beau bleu, et d'un manteau rouge flottant, la barbe ondoyante, le front haut, les yeux levés au ciel, le geste inspiré, bran-
dit le glaive ; devant lui , Isaac agenouillé , tout nu et tout tremblant , les bras serrés contre la poitrine, regarde son père à la dérobée; dans les airs, le messager céleste s'apprête, par un mouvement superbe, à empêcher un forfait si horrible; au fond, un bouquet d'arbres : telle est la composition.
Tout est admirable dans cette grande page :
et la sobriété de la composition et la puissance dramatique , et la pureté du dessin et la naïveté des expressions (l'Isaac vaut l'Eve peinte à Sienne par Sodoma, ce qui n'est pas
peu dire); enfin la richesse et l'harmonie du coloris, ce bleu vibrant de la tunique formant un accord si sonore avec le rouge du manteau et avec les carnations, d'une délicatesse exquise. A la suite de nos victoires, le Sacrifice d'haac a figuré pendant quelques années au Louvre. Le choix qu'en avait fait Vivant-Denon honore le coût de l'organisateur de cette collection sans rivale
Saint Bernard Tolomei. par Sodoma. (Palais public de Sienne.)
qui s'appelait le « Musée Napoléon ». En i8i5, la toile reprit sa place dans la cathédrale pisane.
Une autre composition, également conservée à la cathédrale de Pise, une Pietà, composée d'une dizaine de figures, montre l'artiste sous un jour moins favorable et n'offre plus rien de la fraîcheur qui caractérise la Descente de Croix de l'Académie de Sienne; elle date d'ailleurs des dernières années de Sodoma.
La vieillesse sied mal à certaines natures : ce bouffon devenu morose, peutêtre infirme, converti à la gravité, quelle anomalie ! Il eut la douleur de se survivre. La gloire de Beccafumi faisait pâlir la sienne. Pauvre et découragé, il dut chercher un asile à l'hospice de Sienne, où la mort vint enfin le prendre en 1 549, à l'âge de soixante-douze ans1.
Sodoma laissa après lui le souvenir d'un talent admirable, d'un talent auquel, pour briller à côté des plus grands, il n'a manqué que l'élévation morale et un peu plus de conviction. Tel quel, avec toutes ses lacunes, son œuvre n'en occupe pas moins le premier rang, entre celui de Léonard d'une part, celui du Corrège de l'autre. Où chercher le secret de la fascination qu'exercent ses peintures? Avant tout, dans son colons si suave et si vibrant (le maître de Verceil l'emporte sur ses confrères milanais par la franchise et l'éclat de certains tons, notamment les bleus); en second lieu, dans ses figures si belles, si poétiques, si touchantes.
Personne n'a excellé comme lui à rendre la grâce féminine, tour à tour hardie, comme dans les courtisanes de Monte Oliveto, ou chaste, comme dans la Roxane de la Farnésine, l'Eve de l'Académie, la sainte Catherine de l'église Saint-Dominique. Je dirai plus : Sodoma a inventé un genre de beauté qui lui appartient en propre, une beauté veloutée, suave, touchante : les yeux grands et langoureux, le nez droit, parfois très légèrement retroussé, de manière à laisser voir la naissance des narines, la bouche petite, avec la lèvre supérieure dessinée en arc et très développée, le menton d'un galbe incomparable. Mais la fierté du guerrier (Alexandre le Grand ou Saint Victor) a également trouvé en lui un interprète inspiré.
1 . Un inventaire ancien mentionne parmi les tableaux de Sodoma : Une Madone (haute de 2 br. 1/2, évaluée i5o écus), un Numitor condamnant la mère de Romains et de Rémulus, tableau en longueur (100 écus), la Chute de Phaéton et Daphné changée en laurier (i5o écus les deux), une Résurrection (i25 écus); six portraits, parmi lesquels ceux de Pandolfo Petrucci, d'un Saracini et d'une Toscani. (Délia Valle, Lettere sanesi, t. III, p. 267. — Vasari, t. VI, p. 38o.)
La gravure de Marc-Antoine, le Triomphe après la Victoire (Bartsch, 2i3; Delaborde, p. 2o3), semble reproduire une composition de Sodoma.
Dans les dernières années, de nombreuses peintures ont été revendiquées en faveur de notre maître, à la gloire duquel ces productions, la plupart d'un ordre absolument inférieur, n'ajouteraient pas grand'chose. On me dispensera d'y insister ici. Le Musée du Louvre, de son côté, continue d'exposer sous le nom de Sodoma une série de miniatures revêtues de la signature <( Antonius Vercellensis » (n°s 89-93 du catalogue Reiset). Or il est manifeste que nous avons affaire à un artiste quelconque de Verceil et nullement au grand Antonio Bazzi.
Etude de Figures, par Bal. Peruzzi.
Ancienne collection Lesoufaché.
(Musée de l'Ecole des Beaux-Arts.)