LA RELIURE
pour la majeure partie des volumes, il fît exécuter un certain nombre de reliures en velours, avec une profusion d'écussons et de fermoirs en argent. Au temps de Léon X, nous voyons que l'on recouvrait les volumes de la Bibliothèque Vaticane tantôt de velours rouge, tantôt de cuir rouge. Les manuscrits continuaient à être enchaînés1.
A Florence, la bibliothèque de Pierre de Médicis (iq65) était presque toute reliée en toile (« coperta sericea rubea, cum fibulis argenteis »). Le possesseur avait adopté la couleur bleue pour les ouvrages de théologie, la couleur fauve
Broderie italienne du xvi' siècle. (Ancienne collection Spitzer.)
pour les ouvrages de grammaire, la couleur violette pour la poésie, la couleur rouge pour l'histoire, enfin la couleur blanche pour la philosophie.
L'emploi de la dorure et des petits fers, parfois attribué à Aide Manuce, opéra une véritable révolution dans la reliure. Les relieurs vénitiens ne tardèrent pas à mêler des motifs orientaux aux motifs antiques. Plusieurs de leurs reliures, entre autres celles qui ont appartenu au bibliophile allemand Petrus Ugelheimer (mort en 148g au plus tard), remontent à la fin du xvp siècle. Il n'est pas impossible que des ouvriers musulmans les aient exécutées à Venise même.
1. Voy. le volume que j'ai publié, avec M. Fabre, dans la Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome : la Bibliothèque du Vatican au XV siècle. (Paris 1887), et le volume que j'ai publié à la librairie Leroux : la Bibliothèque du Vatican au XVP siècle.
Ici encore l'Italie servit d'initiatrice au reste de l'Europe, en attendant que chaque nation se fit un style à son image. Tel fut, en effet, le propre de la Renaissance : les étrangers ne la prirent pas toute faite aux Italiens; ils se l'approprièrent et se l'assimilèrent par un travail opiniâtre, de manière à y exprimer leurs aspirations aussi bien que leurs besoins. Un style ne saurait être viable a moins.
Le Vénitien Tommaso Maioli s'est assuré, parmi les bibliophiles, une gloire égale à celle de notre Grolier. Il composait lui-même les dessins qu'il confiait aux plus habiles relieurs. Des rinceaux font les principaux frais de l'ornementation des volumes destinés à sa bibliothèque.
Les compatriotes de Maioli conservèrent longtemps aussi l'habitude d'orner de peintures les plats des livres. Telle est une reliure de 1 565, qui a passé en vente à Paris1.
Malgré les erreurs que nous avons signalées, malgré la dégénérescence croissante du goût, c'est par milliers encore que se chiffrent, jusque vers la fin du xvi° siècle, les œuvres irréprochables, soit pour la noblesse et l'harmonie des formes, soit pour le fini de l'exécution. Que d'inventions ingénieuses et pittoresques jusque dans les industries en apparence les plus modestes! que de motifs riches, magnifiques, ou tout simplement, ce qui vaut mieux, tour à tour fiers et gracieux ! La postérité serait bien ingrate si elle ne bénissait la société qui lui a légué tant de modèles incomparables, où se reflètent à la fois le raffinement des mœurs et le culte pour les plus hautes jouissances de l'esprit.
1 . Catalogue de Manuscrits précieux avec miniatures des Xlir, XIVe, XV, XVIe siècles faisant partie de la collection de M. L. G. Vente du 6 juin 1891. — Le bibliophile génois Demetrio Canevari (i559-iÔ25), dont les reliures ont presque égalé la réputation de celles de Maioli, appartient à la toute dernière période de la Renaissance.
Médaille de Valeriano Bolzani (t 1 558; . Par un Anonyme italien.
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Modèle de Broderie italienne du xvi" siècle. (D'après la » Vera Perfettione del Disegno ». Venise, 1591.
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