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LA PEINTURE LITTÉRAIRE

La diminution de l'imagination et de la fantaisie au profit de la raison est, si je ne m'abuse, un des critères qui permettent le mieux de différencier la Fin de la Renaissance d'avec ce que j'ai appelé l'Age d'Or. Raphaël, Michel-Ange, qui domine les deux périodes, Giorgione, et, d'une manière plus générale, les Vénitiens, avaient proclamé l'indépendance de l'artiste vis-à-vis de son sujet; la torme avait passé avant l'idée. Chez leurs successeurs, les Vasari, les Zuccheri et autres, au contraire, tout est raisonné et voulu jusque dans les moindres détails.

Prenez le programme des fresques de la villa de Caprarole ou de la coupole du Dôme de Florence, quel triomphe de la logique, comme tout est méthodiquement déduit!

On dirait des géomètres, non des hommes d'imagination.

Sur la valeur des idées littéraires en matière d'art, je me suis expliqué assez souvent (voy. notamment t. II, p. 58) pour n'avoir plus besoin de redire làdessus mon sentiment. Ce que pouvaient valoir ces idées, on ne le vit que trop lorsque aux qualités techniques si solides des âges précédents se substitua la déplorable facilité qui caractérise les Écoles romaine et florentine, ou encore, lorsque, avec plus de probité protessionnelle, mais avec un manque d'inspiration non moins absolu, les Bolonais du xvne siècle, — les Carrache, le Guide, le Dominiquin, — s'attaquèrent indistinctement à la

La Justice, d'après la gravure de Marc-Antoine.

mythologie, aux sujets sacrés ou aux poésies de leurs contemporains1.

Naguère (voy. t. II, p. 4,63) le choix des sujets impliquait encore certaines convictions chez l'artiste, aussi bien que chez le Mécène. Plus tard, au contraire, les uns et les autres ne consultèrent plus que leur fantaisie. L'éclectisme fit accepter indifféremment les motifs les plus insignifiants ou invraisemblables. Seuls quelques énergumènes s'efforcèrent d'ajouter à l'originalité du style je ne sais quel piquant dans la conception, tendance propre aux époques raffinées et savantes, plutôt qu'aux époques véritablement artistes. Nous savons, entre autres, qu'un certain peintre de Brcscia, du nom de Girolamo, se fit une réputation en traitant des thèmes fantastiques et bizarres.

Etant donnée une telle élasticité, on pourrait dire une telle indifférence, il n'est pas surprenant qu'au cours même du travail les artistes aient changé,

I. On pourrait, dans une certaine mesure, appliquer à la peinture littéraire la théorie des symbolistes modernes, et dire, avec M. Mallarmé, que « nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème, qui est faite du bonheur de deviner peu à peu; que le suggérer, voilà le rêve » (voy. Nordau, Dégénérescence, t. I, p. 206). Toute allusion trop directe, toute interprétation trop pratique, ne peut se faire qu'au détriment de l'imagination, au détriment de toutes les pudeurs qui sont dans l'âme de l'artiste, au détriment en un mot de son indépendance.

Rien de mieux déduit, mais rien aussi de plus pitoyable comme exécution que les fresques de Vasari et de Fed. Zuccheri dans la coupole du Dôme de Florence. On en jugera par le schéma ci-dessous. Quel dommage qu'un Raphaël ou un Michel- Ange n'ait pas eu à interpréter un programme aussi savamment élaboré!

Anciens.

Anges tenant l'Ecce Homo.

Séraphins. Chérubins.

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