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LA PEINTURE LITTÉRAIRE

non seulement le nom, mais encore la destination d'un ouvrage. Bandinelli, qui ne doutait de rien, métamorphosa en un Bacchus sa statue A' Adam, qu'il trouvait trop serrée des flancs, et en une Cércs sa statue d'Eve. On affirme de même que la Vierge à la rose du Parmesan (Musée de Dresde) tut primitivement une Vénus accompagnée d'un Cupidon.

Non moins choquant était ce que j'appellerai le manque de propriété. Un exemple entre cent :

un certain Battista de Vérone orna la façade d'un mont-de-piété d'une toule de figures nues plus grandes que nature. Quel non sens !

Il serait difficile d'imaginer un sujet mythologique, historique ou allégorique qui n'ait pas été mis en peinture. Rien ne trahit mieux l'indigence de l'imagination ou plutôt l'absence de sincérité qu'une abondance aussi stérile.

Veut-on savoir avec quelle facilité on adoptait un sujet, on n'a qu'à lire les Mémoires de Cellini : au cours d'une conversation, un des interlocuteurs propose, pour la décoration d'une

salière, Vénus et Cupidon; un autre, Amphitrite accompagnée de ses Tritons; Cellini se prononce, on ne sait trop pourquoi, pour l'Union de la Terre avec l'Océan1.

Aux compositions trop littéraires firent pendant celles où l'idée était absolument sacrifiée à la facture. Si les Florentins et les Romains mettaient parfois

La For£;e de Vulcain, par Vasari.

(Musée des Offices.)

I. Ed. Tassi, t. II, p. n3. — Un autre sculpteur célèbre, Jean Bologne, avait mis la dernière main au plus célèbre de ses groupes, mais ne savait encore quel nom lui donner. Un ami lui proposa de l'appeler V Enlèvement d'Andromède par son oncle Phinc'e; Borghini, au contraire, insista pour qu'il le baptisât l'Enlèvement des Sabines : ainsi fut fait. Pour rendre le sujet plus clair, l'artiste composa un bas-relief en bronze qui ne laissait aucune place au doute et qui fut incrusté dans le piédestal (Desjardins, la Vie et l'Œuvre de Jean Bologne, p. 35-36).

E. Mûntz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. ij

trop de précision et de sécheresse dans leurs compositions, dominés qu'ils étaient par le désir de donner, du thème choisi, l'interprétation la plus complète, en revanche les Vénitiens se bornaient souvent à de simples tours de force de coloris, se contentant d'évoquer de beaux corps, un paysage poétique, sans essayer de mettre dans leurs compositions une signification quelconque. Toute la magie de leur pinceau ne saurait, à mon avis, racheter une telle abdication de la pensée. Comme on reconnaît bien les héritiers des Orientaux à cette prétention de flatter la vue sans parler à l'esprit!

Le Titien, Paul Véronèse, le Tintoret, sans se piquer d'érudition à la façon

des Florentins ou des Romains, et tout en faisant fi de la vérité historique ou de la couleur locale, réagirent contre un tel laisser aller.

Renonçant à ces peintures énigmatiques, où le principal régal est pour les yeux, non pour la pensée, ils estimèrent qu'à rentrer dans les voies normales, à s'attaquer à des sujets nettement déterminés1, et à triompher loyalement dans une arène accessible à tous, il y avait plus de gloire qu'à se placer en dehors de toute donnée rationnelle. Aussi ne recherchèrent-ils plus de sujets incompréhensibles, mais des motifs en quelque sorte courants, empruntés à l'histoire sainte, à l'histoire grecque et romaine, à la mythologie. On a souvent pu se demander, devant le fameux Titien de la galerie Borghèse, laquelle des deux femmes incarnait l'Amour sacré et laquelle l'Amour profane : du moins personne n'a-t-il jamais hésité sur le sens même du tableau. Ce fut surtout Véronèse qui rétablit dans ses droits l'élément littéraire, si complètement méconnu par Giorgione, et que le Titien lui-même avait trop souvent sacrifié à la recherche des effets de lumière et de coloris.

L'Ait littéraire dans les faïences.

Le Jugement de Marsyas.

(Plat de Castel-Durante; i525.)

De même que nous avons analysé les facteurs qui ont contribué à l'essor des écoles italiennes pendant le xv1' siècle, à leur épanouissement pendant l'Age d'Or, nous devons marquer ici les principaux éléments de la décadence.

I . Les potiers avaient l'habitude d'expliquer le sujet de leurs plats par un verset en langue vulgaire, tels que : la « Haute Naissance de Dieu fait homme (i54<j) », le « Premier Sang répandu pour nous (i5qi) », ou encore « Metabus lance Camille au delà du fleuve des Amazones (iSoa) », les « Grossiers Paysans changés en grenouilles (i.55i) ».

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