Causeries florentines ; Paris, 1880, p
E. Miintz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance. 19
et faire sauter le cadre de la nature. » L'éminent anatomiste M. Mathias Duval1 m'a fait à ce sujet une déclaration précieuse à recueillir : « Si, en tant qu'anatomiste, Michel-Ange est impeccable, il ne l'est pas en tant que physiologiste; chez lui les muscles sont à l'état de tétanos. Dans la nature, lorsqu'un muscle se gonfle, un autre se détend. Chez Michel- Ange, ils sont tous également gonflés »2.
Ici encore, l'antagonisme entre la manière de procéder du sculpteur florentin et celle des anciens éclate au grand jour : ceux-ci prenaient pour
Les Études anatomiques au xvi" siècle.
Fac-similé d'un dessin de Michel-Ange. (Université d'Oxford.)
modèles des corps vivants, pleins de santé et de fraîcheur; Michel-Ange des cadavres.
Parmi les autres sculpteurs adonnés à ces études, citons Montorsoli et Benvenuto Cellini. Celui-ci en proclame hautement l'utilité dans son Traité des Arts du dessin, où il trace une esquisse fort nette de la structure du corps humain".
A la longue, l'anatomie finit par intéresser pour elle-même comme but et non plus comme moyen. La tendance à abuser de ces connaissances spéciales se donna libre carrière. On en vint à exécuter de véritables pièces d'anatomie :
1. Voyez le savant ouvrage publié par M. Mathias Duval en collaboration avec M. Bical : VAnalomk des Maîtres. Paris, Quantin. 1890. Voy. aussi notre tome II, p. i63.
2. Le musée de South-Kensington expose, sous le nom de Michel- Ange, une série de modèles anatomiques en cire.
3. / Trattati deW Oreficeria e délia Scultura, édit. Milanesi, p. 236-242.