Ridolfi, Délie Maraviglie deli'Ar/e, t. II, p
LWNATOMIE.
croissantes de l'exécution, essayèrent de remonter le courant; mais leurs efforts ne portaient d'ordinaire que sur des points accessoires. C'est ainsi qu'Andréa del Sarto stupéfia ses contemporains par l'habileté avec laquelle, dans sa fresque de Poggio a Cajano, César recevant h tribut dit Monde animal, il représenta un caméléon placé dans une boîte tenue par un nain. Vasari lui-même, dans la décoration du couvent de San Michèle in Bosco, près de Bologne, s'efforça de reproduire avec la plus scrupuleuse exactitude jusqu'au millet, jusqu'au panis et au fenouil.
Mais ce réalisme, qui confinait au trompe-l'œil (voy.
p. ioo), n'avait plus rien de fécond.
On en peut dire autant des scrupules de certains artistes; ils témoignaient de la pauvreté de leur imagination et n'avaient rien de commun avec les doutes qui font pénétrer plus avant dans la caractéristique des êtres et des objets. Tel était le cas du Florentin Bugiardini : cet original, qui travaillait avec une lenteur extrême, se creusait la cervelle pour découvrir, par exemple, comment étaient faites les roues qui avaient servi au
Les Études anatomiques au xvi" siècle.
Le Saint Barthélémy de Marco d'Agrate. (Cathédrale de Milan.)
supplice de sainte Catherine d'Alexandrie!
Depuis longtemps certains peintres s'efforçaient de rivaliser avec les sculpteurs en donnant à leurs figures toutes les apparences du relief, en les rendant
en quelque sorte palpables et tangibles, comme l'est une statue. Giorgione, devant qui on parlait un jour de l'impuissance où était le peintre de montrer à la fois le même modèle sous plusieurs taces différentes, entreprit de résoudre le problème : il représenta un homme vu de dos, puis, près de lui, une îontaine limpide dans laquelle la partie antérieure de son corps se reflétait; plus loin on apercevait, sur une cuirasse brunie, le profil gauche de la même figure,
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César recevant le tribut du monde animal, par Andréa del Sarto. (Villa de Poggio a Cajano.)
tandis que le profil droit apparaissait dans un miroir placé du côté opposé. Ce sont là, il faut le déclarer bien haut, des tours de force, inspirés probablement des Flamands, par exemple des Van Eyck. Or, lorsque la peinture en arrive à vouloir ainsi frapper les raffinés par le spectacle de la difficulté vaincue, c'est qu'elle est bien près de renoncer à frapper la foule par la vivacité ou l'éloquence des sentiments.
Plus encore que par le passé, le Costume, cet élément si mobile et si ondoyant, reflète les aspirations et les préoccupations de chaque génération,
LE COSTUME
IOI
les joies et les douleurs publiques, les tendances de chaque région et jusqu'aux moindres particularités de l'organisation sociale'. L'histoire du costume est presque celle de la civilisation même. Il n'y avait pas seulement le costume du noble, du magistrat, du militaire, du marchand, de l'artisan, du paysan; il n'y avait pas seulement le costume d'intérieur, de ville, de campagne, de fête, de cérémonie; il y avait aussi le costume vénitien, vicentin, padouan, trévisan, bolonais, milanais, florentin, siennois, romain, napolitain, que sais-je encore!
L'indépendance régionale fut en effet, jusqu'à l'extrême limite de la Renaissance, un des traits fondamentaux du costume italien. Les principes généraux restaient les mêmes; mais, dans le détail, chaque province entendait suivre ses goûts à elle. Considérons par exemple l'État de Venise : les différentes villes, ses sujettes, — Pa-
1. En i522, à la suite de la prise de leur ville par Antonio da Leyva, les Milanais renoncèrent à tous les raffinements de la toilette (Burckhardt, Cultiir, t. II, p. 170). A Sienne, lors du siège de 1 554-i555, les citoyennes adoptèrent un uniforme spécial.
Leur héroïsme ne leur fit toutefois pas oublier la coquetterie.
Ecoutons le maréchal de Montluc, gouverneur de Sienne pendant cette lutte mémorable : « Au commencement de la belle résolution que ce peuple fit de deffendre sa liberté, toutes les dames de la ville de Sienne se despartirent en trois bandes : la première estoit conduite par la signora Forteguerra, qui estoit vestue de violet et toutes celles qui la suivoient aussi, ayant son accoustrement en façon d'une nymphe, court et monstrant le brodequin ; la seconde estoit la signora Picolomini, vestue de satin incarnadin, et sa troupe de même
Le Costume italien au xvi" siècle.
Portrait d'un membre de la famille Fenaroli, par G.-B. Moroni.
(National Gallery.)