I. Bandello, Nouvelles, I™ partie, nouv. vin
i66 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
logue à celui des « chauchardes » modernes : coiffure plate, tablier, etc. (voy. notamment les folios 26 v" et 228 r° du recueil de Vecellio).
Pour les deux premières sections de la Renaissance, nous avons eu constamment à compter, en tant que fauteurs du réalisme, avec les artistes flamands ou allemands fixés en Italie1 : la mission de ces hôtes du Nord n'expire pas avec l'ère nouvelle. Assurément, la plupart d'entre eux descendent en Italie pour apprendre; mais le nombre de ceux qui font iortune dans leur nouvelle patrie, grâce à leurs connaissances techniques ou grâce à leur mérite, est infiniment plus élevé qu'on ne le croit d'ordinaire.
Pendant l'Age d'Or, la balance avait penché du côté de l'Allemagne plutôt que du côté des Flandres. Celles-ci regagnent leur rang pendant la dernière période de la Renaissance. Alors que les artistes allemands fixés en Italie s'occupent surtout des branches inférieures — orfèvrerie, broderie, etc., — leurs émules flamands se mesurent avec les Italiens dans la peinture et la sculpture.
C'est l'honneur des artistes et des critiques italiens d'avoir su rendre justice aux maîtres étrangers. Il faut voir avec quelle estime l'Aréfin2, Cellini3, et dans une certaine mesure aussi Vasari, parlent d'Albert Durer. Paul Véronèse copia ses gravures1. Même après que les artistes eussent traité de surannées ces productions (on se rappelle la diatribe de Michel-Ange : voy. t. II, p. 178-184), les amateurs persévérèrent dans leur admiration. Les Ricordi de Sabba da Castiglione (1546) nous montrent les Italiens ornant leurs cabinets d'estampes de Durer (que Sabba qualifie, non seulement de maître très excellent, mais de divin)5, puis de Lucas de Leyde. Deux années plus tard, dans une de ses lettres à Varchi (i5q8), Vasari rapporte que le moindre savetier possédait des tableaux flamands; on les appréciait en raison de la perspective aérienne et de la beauté du coloris1'. A la fin du siècle encore on faisait assez de cas de ces productions pour que Fulvio Orsini léguât à la fille d'un de ses amis un tableau de Lucas de Leyde, un petit Saint Jérôme, prisé 10 écus7.
1. Bibl. : T. I, p. 33l-339; t. II, p. 178-184. — La Chronique de T Art, 187.D, p. 292-294; i883, p. 76, 84-86.