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LES ARTISTES ETRANGERS

Notons enfin l'hommage rendu à Holbein par Fed. Zuccheri, qui déclarait ses tableaux supérieurs à ceux de Raphaël1.

Nous attachons-nous aux artistes mêmes — Français, Flamands, Allemands, Suisses — qui ont traversé les Alpes ou débarqué à Gênes, c'est par centaines qu'on les compte'2. Beaucoup d'entre eux ont brillé au premier rang : tels, dans la sculpture, le grand Jean Bologne, ce réaliste au premier chef, et ses continuateurs Pierre de Francheville (f vers 161 5) et Nicolas d'Arras (y i5g8), ou encore le mystérieux Janni, l'auteur de la statue de Saint Roch conservée dans l'église de l'Annonciation à Florence et déjà vantée par Vasari, et le non moins mystérieux Jacques d'Angoulême, qui, affirme-t-on, eut l'audace de se mesurer avec Michel-Ange.

Quant aux peintres flamands ou hollandais, ils formaient légion", et on comptait dans le nombre plus d'un talent distingué. Vasari affirme que le Titien même ne dédaigna pas de leur demander parfois leur concours; ayant à peindre une Fuite en Egypte, il prit chez lui plusieurs Flamands (Vasari dit « Tedeschi »), qui excellaient, comme on sait, dans la représentation de la verdure et du paysage. Quelque incroyable que paraisse le fait, il finit bien ajouter foi au témoignage de Vasari. Ainsi, voilà un esprit synthétique tel que le Titien, si habitué à voir les choses en grand, dans leur ensemble, qui ne dédaigne pas de demander des leçons à ces analystes à outrance !

Ébranlés comme ils l'étaient dans leurs doctrines, et fidèles seulement à leurs instincts de vulgarité, les artistes du Nord ne pouvaient se flatter de donner quelque consistance à l'art italien, qui allait à la dérive; ils ne réussirent qu'à

1. Van Mander, le Livre des Peintres, édit. Hvmans, t. I, p. 220.

2. Il est à peine nécessaire de rappeler ici les monographies consacrées à ces artistes par M. Dussieux (les Artistes français à l'étranger, 3e édit., 1876), M. Fétis (les Artistes belges à l'étranger, 1 857-1 865) et le regretté Bertolotti.

3. Rien qu'à Rome nous rencontrons une nuée de peintres néerlandais de renom : Bernard van Orley, Jean Schoorel, qui y peignit le portrait du pape flamand Adrien VI (mort en i523), Michel Coxcie, Martin Heemskerk (i536), qui nous a laissé de si précieuses vues de la Ville éternelle, puis les Backereel d'Anvers, Michel Jonquoy de Tournai, et son élève Barth. Spranger (né en 1546), qui ornèrent de fresques l'église Saint-Oreste, Antonio Moro (i55o-i55i). Et encore je ne parle pas des peintres français plus ou moins inféodés au réalisme : Guillaume de Marcillat, le miniaturiste Vincent Raymond de Lodève (i538 et années suivantes), etc. Naples servit de résidence à Jean de Calcar, l'habile élève du Titien, qui y mourut en i5q6; à Arnould Mytens de Bruxelles, surnommé Renaldo (1541-1602), et à Jean Francken d'Anvers, surnommé Franco (i55o). Florence offrit l'hospitalité à Frédéric Sustris (i52Ô-i59Q), qui y prit part aux préparatifs des funérailles de Michel- Ange; à Jean van der Straeten de Bruges, surnommé Stradano ou délia Strada (i536-i6o5), qui défraya d'innombrables cartons l'atelier grand-ducal de tapisseries; à Pierre de Witte ou Candido (1548-1628), qui y fit figure avant de s'établir à Munich; puis aux peintres-verriers Giorgio et Gualtieri de Flandre, qui exécutèrent des vitraux pour le duc Cosme de Médicis, d'après les cartons de Vasari. Gênes servit de quartier général au Maître de la Mort de la Vierge. A Ferrare, Lucas Corneille et Guillaume Boides de Malines peignirent, en i55o, des cartons de tapisserie. Venise, enfin, hébergea, outre Jean de Calcar, Paul Franchoys d'Anvers, surnommé « il Franceschi » ( 1 540- 1 5q6), l'élève et le collaborateur du Tintoret, et tant d'autres.

concourir à la dépravation du goût. Entre vingt témoignages, j'en emprunterai un, bien frappant, à l'histoire d'une branche d'art des plus spéciales : Passeri, l'historien des majoliques italiennes, constate l'influence déplorable exercée par les gravures flamandes, vers le dernier quart du xvf siècle, sur la céramique italienne; les estampes de Sadler évincèrent celles de Marc-Antoine et de son école : on juge de l'action produite par de tels modèles1!

Remarquez cette gradation : pendant la Première Renaissance, les artistes étrangers avaient visité l'Italie en triomphateurs, dressant autel contre autel; pendant l'Age d'Or, abstraction faite de Durer, qui fit figure à Venise, ils sollicitèrent humblement les leçons de leurs tributaires de la veille; vers la fin de la Renaissance, familiarisés avec les enseignements classiques, ils combattirent à côté des Italiens sous le même drapeau, confondus dans les mêmes rangs.

Mais le Nord ne s'en tint pas là : avec les maîtres de la génération suivante, les Matthieu Brii (i55o-i584) et les Paul Bril (i 556- 1626), il commença de prendre sa revanche : on sait quelle impulsion ces artistes donnèrent au paysage, dont ils firent un genre spécial. Un de leurs compatriotes, Denys Calvaert d'Anvers (1 540-1619), fixé comme eux en Italie, fut le premier maître du Guide, de l'Albane et du Dominiquin! Ainsi va le monde.

I. Istoria deïïe Pitture in Majolica Jatte in Pesaro, 2e édit., p. 85. Antérieurement, les céramistes italiens avaient de loin en loin mis à contribution les gravures allemandes. Un plat décoré à Urbin en 1641 (ancienne collection Marryat), la Prise du fort de la Goulettc par Charles- Quint, reproduit la gravure de Georges Pencz, inspirée elle-même de la Prisé de Carthage de Jules Romain. — Une coupe décorée à Rimini dans la seconde moitié du xvr siècle reproduit la gravure d'Aldegrever : le Bon Samaritain (Darcel, Notice des Fayences peintes, p. 94).

Marque typographique des frères Sessa.

D'après l'édition de Serlio (Venise, i56o).

Graffite du palais Corsi à Florence.

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