Belgrano, délia Vita priva ta (Ici Genovesi, p
Fontana, épouse de G. -P. Zappi dTmola, peignit des portraits et copia entre autres la Diane de Poitiers du Primatice (Musée du Louvre). A Vicence, la fille
du graveur en pierres dures Valerio Belli apprit l'art de son père et s'y distingua. On cite enfin, pour son talent de portraitiste, Cecilia, la sœur du peintre véronais Brusasorci.
A la variété des aptitudes correspond la variété des tâches. Pendant un temps encore, la règle c'est l'acceptation des travaux quelconques ressortissant à chaque art : comme certains industriels modernes, le sculpteur, le peintre et l'architecte se chargent de tout ce qui concerne leur état. Des maîtres de la valeur de Mosca, de Benedetto da Rovezzano et bien d'autres encore mettent la main à des bas-reliefs purement décoratifs; Carota et Tasso sculptent des poupes de galères d'après les dessins de Perino del Vaga ; Jacopo Sansovino modèle un encrier composé d'une figure nue couchée tenant un vase; Michel -Ange lui-même dirige l'exécution d'une salière destinée au duc d'Urbin '.
Il n'y eut point, pendant tout le xvie siècle, de peintre célèbre qui ne se crût honoré de décorer des bannières et jusqu'à des flammes de trompettes (Jean d'Udine, Lappoli) ou de composer des cartons de tapisseries (Jules Romain, Perino del Vaga, Bronzino, Salviati, Pontormo, Bacchiacca, Pordenone, Garofalo, les Dossi, Paul Véronèse et tant d'autres). Andréa Feltrini fournit les dessins d'une infinité d'objets mobiliers : on ne tissait à Florence ni brocart ni étoffes d'or sans lui en demander les patrons. L'exécution de cartons pour vitraux occupa Granacci, qui s'en fit une véritable spécialité, ainsi que Jean d'Udine. Ce dernier passe pour avoir également fourni les dessins du fameux lit de Castellazzo. Salviati exécuta à la sanguine un dessin, David sacré par Samuel, destiné à être traduit en marqueterie par Fra Damiano de Bergame. D'autres peintres de renom composèrent des modèles d'orfèvrerie : tel Jules Romain, tel G.- F. Penni, qui dessina pour l'évêque de Salamanque des projets de vases que Cellini exécuta ensuite en métal (i52q), tout comme Raphaël avait, quelque
Pilastre sculpté par S. Mosca
(Église S. Maria délia Pace
à Rome.)
I. Voy. l'article de M. de Fabriczv : Archivio storico déll' Arte, i8q j», p. i5l-l52.
LA CONDITION DES ARTISTES
douze ou quinze ans auparavant, dessiné pour Agostino Chigi le merveilleux plat à sujets marins dont l'esquisse est conservée au Cabinet des Estampes de Dresde.
Même condescendance vis-à-vis de branches tout à ait inférieures, telles que la céramique : Tad. Zuccheri fournit le dessin d'un service (« una eredenza ») que le duc d'Urbin fit exécuter en terre à Castel-Durante, et Fed. Zuccheri composa des modèles de plats (Collection Albertine à Vienne; Ecole romaine, n° 746).
La peinture sur meubles continuait d'être tenue en honneur1. Bronzino
Dosseret du lit de Castellazzo , dessiné par Jean d'Udine.
décora un clavecin et Beccafumi deux châsses. Il est vrai que Vasari s'excuse de mentionner des ouvrages d'un ordre aussi inférieur : il ne le fait, déclare-t-il, qu'en raison de leur beauté merveilleuse. Agnolo di Cristotano peignit l'enseigne de la boutique du parfumeur Ciano. D'autres s'estimaient heureux de perpétuer par un ex-voto le souvenir d'un élan de ferveur : Salviati en peignit un pour un soldat qui avait échappé miraculeusement à la mort, et, malgré le peu d'importance d'un tel ouvrage, il lui donna une rare perfection. Citons également l' ex-voto exécuté par l'orfèvre Francesco del Prato et l'œil en or que Benvenuto Cellini cisela en souvenir d'un accident dont il avait failli être victime, et qu'il offrit à l'autel de Sainte-Lucie.
Enfin, les travaux de décoration temporaire, tels que les préparatifs de fêtes,
I. Voy. l'essai que j'ai publié dans les Mélanges Piot (1898-1894, t. I, fasc. 2).
igo HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
ne cessèrent, jusqu'à l'extrême limite du xvie siècle, d'occuper les artistes les plus éminents, depuis Andréa del Sarto, qui décora des chars de triomphe, jusqu'à Paul Véronèse et jusqu'au Tintoret, qui ornèrent de peintures en camaïeu l'arc de triomphe élevé en 1674, près du Lido, à l'occasion de l'entrée d'Henri III de France.
Bref, il n'y avait pas de travail, pour humble qu'il fût, qu'un maître en renom trouvât indigne de lui, sachant qu'il saurait le relever par son talent.
Plus encore que le principat de Laurent le Magnifique et le pontificat de Léon X, la dernière période de la Renaissance peut passer pour l'âge d'or des artistes. Jamais, depuis l'antiquité, ils n'avaient été comblés d'autant d'honneurs \ d'autant de richesses. Aussi bon nombre d'entre eux menèrent-ils un train princier, habitant des demeures somptueuses, tels les palais que se construisirent Antonio da San Gallo à Rome, Jules Romain à Mantoue et Leone Leoni à Milan. Un simple orfèvre — Gian Petro Crivelli — faisait élever pour son usage personnel une maison richement décorée de trophées en stuc, de mascarons, de médaillons contenant les armes des papes et supportés par des génies volant, avec l'orgueilleuse inscription : « Io. Petrus Cribellus mediolanen. sibi ac suis a fundamentis erexit 2 ».
Pour demeurer fidèle au programme suivi jusqu'ici, je m'attacherai aux conditions dans lesquelles s'exécutèrent les travaux, aux systèmes de commandes, aux modes de rémunération, bref à ce que l'on pourrait appeler l'administration des beaux-arts.
Le système des concours (t. II, p. 199) continua de compter des partisans. Benvenuto Cellini le recommande formellement r', quoique lui-même ne sortît pas toujours vainqueur de ces épreuves, notamment du concours ouvert en 1 55g par Cosme de Médicis pour l'exécution du Neptune. Dans une lettre aussi spirituelle que mordante, adressée à Michel-Ange, Leone Leoni a retracé les péripéties de cette lutte épique'1.
1 . Le titre si envié de citoyen de Rome fut accordé à Michel-Ange, au Titien, à Guglielmo délia Porta, à Pirro Ligorio. — Bandinelli fut créé chevalier, de même que le Titien, Antonio Campi de Crémone, Leone Leoni, Jean Bologne, et une infinité d'autres. — L'adresse même de certaines lettres porte des mentions extraordinaires : « al magnifico sor Titiano Apelle » (Gaye, Cartcggio, t. II, p. 872).
2. Voyez, sur cette maison qui existe encore à Rome, dans la « via de' Banchi Vecchi », l'article de M. Gnoli : Archivio storico dell' Arte, 1891, p. 2.36-242.