Traitait, p. 219 et à la table
2. « Le infinité stranissime dipinture fatte sui mûri di moite chiese vecchie, e quei fantucci cosî mal fatti in campo d'oro, che si vedono sparsi in moite tavole per tutta l'Italia... Quegli antichi pittori, che furono dall' età di Giotto fino a quella di Pietro Perugino... operando secondo la debolezza di quei tempi. » (Édit. Ticozzi, p. 204. Cf. p. 1, 2.) Voy. aussi Baldi (f 1617), Versi e prose, p. 572-S73, et Redtenbacher, die ArchitelUur der Renaissance, p. 19-21.
ment en honneur d'un bout à l'autre de l'Italie. L'empirisme continuait de l'emporter sur les études méthodiques et théoriques. Celles-ci ne commencèrent à prendre quelque crédit qu'après l'établissement de l'Académie de Florence.
Par contre, l'apprentissage préliminaire de l'orfèvrerie fut de plus en plus délaissé (t. II, p. 191). Un orfèvre se faisant sculpteur, tel que Cellini, passait déjà pour une exception et éveillait de la méfiance chez ses nouveaux confrères.
Jusqu'à l'extrême limite de la Renaissance l'apprentissage conserva son caractère de semi-domesticité et de semi-adoption. C'est ainsi que Bernardino, l'élève de Cellini, bêchait son jardin, pansait son cheval et faisait tout le service de la maison. D'autre part, combien d'artistes ne substituèrent pas le nom de famille de leur maître à leur propre nom!
La fondation à Florence de la célèbre Académie du dessin, en 1 563, marqua une évolution nouvelle. Ce n'était pas seulement une institution honorifique, ouverte à tous ceux qui s'occupaient d'art à quelque titre que ce fût; c'était en même temps un établissement d'instruction. Un article du règlement porte que les anciens sont tenus de donner des conseils aux jeunes gens qui leur en demandent. Il ne restait qu'un pas à franchir pour arriver à l'établissement de cours et de conférences, bref à l'enseignement officiel1.
A côté des études professionnelles les études littéraires tendent à gagner en importance : le niveau intellectuel s'élève de génération en génération. Que de noms à ajouter sur la liste des artistes-littérateurs que nous avons dressée pour l'Age d'Or (t. II, p. 59)! Le sculpteur Cattaneo Danese, qui se signala comme poète; le peintre Pordenone, fort versé dans la littérature latine; Antonio Campi de Crémone, auteur d'une histoire de sa ville natale (i585); l'architecte Pirro Ligorio, qui s'est fait un nom, d'ailleurs tristement fameux comme archéologue et comme épigraphiste (il a fabriqué une foule d'inscriptions fausses); le graveur Enea Vico, un des maîtres de la numismatique! Le Rosso,
1 . Jacopo Sansovino, Perino Buonaccorsi, qui adopta le nom de del Vaga, Battista del Cavalière, ainsi appelé parce qu'il avait été élève du Cavalière Baccio Bandinelli, Michèle di Ridolfo, l'élève de Ridolfo Ghirlandajo, Alessandro Allori, surnommé Bronzino, en souvenir d'Agnolo Bronzino, et tant d'autres.
Un apprenti ou un compagnon venait-il à quitter son maître ou son patron, l'agrément de celui-ci était nécessaire pour qu'il pût entrer dans un autre atelier. Un Cellini lui-même observa cette règle le jour où il prit chez lui Ascanio; mais il entendait que l'on en agît de même visà-vis de lui, et il faillit en coûter cher à son confrère, l'orfèvre espagnol Francesco, pour avoir repris le même Ascanio sans la permission spéciale de l'irascible Cellini.
Plusieurs gravures du temps nous initient aux moeurs des ateliers de la Renaissance; nous y voyons la jeunesse appliquée à toutes sortes d'études : le squelette, le mannequin, les moulages d'après l'antique alternent avec le modèle vivant.
L'aménagement de ces ateliers était l'objet d'une sollicitude croissante (voy. t. II, p. 672). Le Tintoret donna des soins particuliers à la construction du sien ; il eut en outre recours à toutes sortes d'artifices pour obtenir des effets de lumière des plus raffinés (Ridolfi, Del le Maraviglie delF Arte, t. II, p. 7).
Qu'este len farti.onde ïhutnana inrteana Chr loJeUeua al Vin bramalu feaita , Dunjue chi farJi uuol Ji auelle Jeona Stjali J'earu feruier cape la mente , < Me Va- eue ecn [r ir.an ehara aafer/ Datte ruie'eZe.e it fuffune henare^ C en lanaa liulie amice e papeueerT <a Ca afana faUta jafreCtU: tntent/
Un Atelier italien au xvi" siècle, d'après la gravure de Bertelli.
E. Mïinlz. — III. Italie. La Fin de la Renaissance.
i86 HISTOIRE DE L'ART PENDANT LA RENAISSANCE.
au moment de partir pour la France, se crut obligé d'apprendre le latin, afin de paraître honorablement à la cour du souverain étranger. D'autres — et ils sont nombreux (voy. t. II, p. 194) — se piquent de chanter ou de jouer du luth.
Le voyage — je devrais dire le pèlerinage — à Rome complétait ces études; il devint obligatoire pour tout artiste qui se respectait. On n'approchait de la cité sainte qu'avec une sorte de vénération religieuse, comme nous le voyons par l'exemple de Pierino da Vinci, qui abrégea un premier séjour parce qu'il ne se sentait pas suffisamment préparé pour goûter toutes ces merveilles, et qui ne retourna dans la Ville éternelle que lorsqu'il se crut en état de profiter d'un tel enseignement.
Voilà l'éducation du jeune artiste complète : que devenait-il au sortir de l'atelier ? Alors comme aujourd'hui, le hasard faisait autant que le talent pour le succès des débutants. Tandis que les uns devaient à des relations de famille une fortune rapide, d'autres étaient réduits à lutter longtemps contre l'adversité. De même que l'on voit aujourd'hui les élèves architectes de notre Ecole des Beaux-Arts « faire la place », c'est-à-dire travailler, pendant une partie de la journée, pour des artistes en vue, et consacrer l'autre partie à leurs études, de même, au xvic siècle, les débutants menaient de iront des travaux, parfois de l'ordre le plus humble, avec les études d'après l'antique ou d'après les maîtres contemporains. Tad. Zuccheri fut encore plus mal partagé : il dut se résoudre à broyer, jour et nuit, des couleurs pour de mauvais peintres de Rome.
En tant que variété des connaissances, les derniers représentants de la Renaissance n'ont rien à envier à ceux de l'Age d'Or ou aux Primitifs; comme eux ils ont droit au titre d' Encyclopédistes : l'exception, on peut l'affirmer, c'est la spécialisation des études '. C'est ainsi, pour ne citer qu'un exemple, que l'immense majorité des peintres cultive la sculpture en stuc".
1 . On lira avec fruit, sur les avantages et les inconvénients de ce cumul, les observations du marquis de Laborde (Exbosition universelle de 185 1 ; Travaux de la Commission française, t. VIII, p. 64-65).
2. On a vu (t. II, p. iç-3) quelle était la répartition des encyclopédistes dans les différentes provinces de l'Italie. Aux noms précédemment cités il faut ajouter les suivants :
Toscane : l'architecte-peintre Tiberio Calcagni, le Rosso et Vasari, peintres et architectes; les sculpteurs-architectes Ammanati, Montorsoli, V. de Rossi et Nanni di Baccio Bigi, G.-V. Casali, G.-B. del Cervelliera de Pise, Jean Bologne, le peintre-sculpteur Daniel de Volterra ; Buontalenti, architecte, sculpteur, peintre, miniaturiste, graveur en pierres dures et poète.
Sicile : Jacopo del Duca (il Siciliano), sculpteur-architecte.
Bologne : les Formigine, architectes et sculpteurs; Pellegrino Tibaldi, peintre, architecte et ingénieur militaire; Vignole, architecte et peintre.
Mantoue : Bertani, peintre, sculpteur et architecte.
Reggio : les Clementi, sculpteurs et architectes.
Venise : c'est là que les artistes cumulaient le moins, sans doute patee qu'ils parurent les
LA CONDITION DES ARTISTES. 187
Les artistes de profession, qui s'étaient formés au prix d'une longue initiation, avaient à compter avec le groupe, de plus en plus nombreux, des amateurs et des dilettanti (t. II, p. 197-198). Il n'est pas surprenant, en présence de tant d'encouragements et de distinctions, que même les représentants de l'aristocratie aient ambitionné de briller dans ces arts manuels, naguère si dédaignés. La vraie noblesse, aux yeux de cette époque privilégiée, ne consistait-elle pas dans le talent et non dans la naissance !
En Toscane, deux gentilshommes, l'un Florentin, le Rosso de' Giugni, l'autre Siennois, Giov. Battista Sozzini, se firent une réputation par leurs médaillons en cire. Un autre gentilhomme siennois, Oreste Vanocci, se distingua dans l'architecture (i583). A Arezzo, Bartolommeo Torri, noble comme eux, se signala tout ensemble par ses essais en peinture et par ses excentricités, sa tenue débraillée, ses habitudes de cynisme. Pour être roturier, le parfumeur florentin Ciano n'en a pas moins le droit de figurer dans la classe des amateurs : il s'est fait un nom comme sculpteur. A Rome, Tommaso dei Cavalieri, l'ami de Michel-Ange, dirigea la construction du palais du Capitole. Naples est représentée par l'architecte Pirro Ligorio. A Bologne, messire Vincenzo Caccianimici cultiva la peinture et suivit la manière du Parmesan. Dans la Haute Italie, le poète Trissin bâtit lui-même sa villa de Crieo, près de Vicence. A Milan, une série de jurisconsultes et d'administrateurs s'appliquèrent à l'étude de l'architecture; on trouvera leurs noms dans la traduction de Vitruve par Ces. Cesariano (p. 1 10). Mais c'est surtout à Venise que les patriciens aimaient à se délasser en cultivant l'une ou l'autre branche de l'art. Outre le patriarche Barbara, l'auteur d'un Traité de Perspective célèbre (i568), et Maïoli, l'inventeur des reliures qui ont immortalisé son nom, nous rencontrons une série de peintres amateurs : Fr. Morosini, Al. Contarini et autres '. Franeesco Zeno, qui était « intendente dell' architettura », composa le modèle de son palais".
De même que pendant la période précédente3, un grand nombre de femmes se vouèrent à la pratique de l'art. A Gênes, la chanoinesse Angela Veronica Airoli exécuta plusieurs tableaux qui, affirme-t-on, ne manquent pas de mérite1. A Ravenne, Barbara Longhi marcha sur les traces de son père, le peintre Luca Longhi. A Bologne, Lavinia Fontana (1522-1614), fille et élève de Prospéra
derniers, à une époque où ces habitudes tendaient à se perdre. Citons toutefois Paul Véronèse, peintre et sculpteur; Alessandro Vittoria, architecte et sculpteur; Giuseppe Porta, surnommé Salviati (j vers 1592), peintre, architecte et mathématicien.
Frioul : Franeesco Floriani, peintre et architecte.
Milanais : le peintre-architecte Cesare Cesariano, Giulio Campi, peintre et architecte.
Plaisance : Giulio Mazzoni, peintre-sculpteur.