‹ Histoire de l'art roumain ancienChapitre 184 sur 207 · Romstorfer, Xirchenbauten der Bukovina · texte numérisé non relu

Romstorfer, Xirchenbauten der Bukovina

C’est la disposition de l’église des Franciscains à Halicz (qui a 24 mètres de long sur 16 mètres 50 de large) et qui date à peu près de la même époque (1).

C’est la forme basilicale occidentale qui n'a rien des caractéristiques auxquelles nous reconnaitrons le style moldave.

La poussée des voûtes est contrebutée à l'extérieur par des contreforts. L'église ne possède ni tours ni absides latérales, mais elle est séparée par un mur percé d’une petite porte, en naos et pronaos. Dans cet édifice, le plus ancien qui nous soit resté, se rencontrent ainsi déjà, mélangées à un Le . LA = plan occidental, des ZATZA dispositions byzanti- NEC A] a PR Fu nes.

L'église de la Trinité, à Siret (en Bucovine) est d’un plan tout byzantin. Il se compose d’un pronaos TT rectangulaire et d’un

TN : 2 — naos carré, avec deux

Plan de l'église de Rädäuti absides latérales ceune

abside principale demicirculaire, flanquée de ses deux annexes obligées, le diaconicon et la proscomidie (prothesis). Il n’y a n1 tour ni contreforts comme à Rädäuti.

Cette église passe pour avoir été construite avant 1400 (2). Elle ne présente, en tout cas, aucuné des futures caractéristiques du style moldave.

C’est à peu près de la même époque que daterait l’église de Saint-Jean dans la même ville, élevée par le prince Pierre I” 1378--1303). Si cette attribution est exacte, cette église serait le prototype des églises moldaves; elle réunit, en effet, déjà les principales caractéristiques qui en se développant donneront le style moldave.

Le pronaos est carré et couvert d’une voûte sphérique; le naos a des absides latérales semicirculaires ainsi que celle de l’autel ; sur le naos s'élève une tour qui réunit déjà les caractères généraux dont nous parlerons plus loin (page 11) au sujet de la construction et de

la disposition des voûtes. La tour est octogonale à

l'extérieur et est éclairée par huit fenêtres en plein

cintre : on n’y voit pas de contreforts. La base supé-

Église de Rädäuti rieure de la tour est à plan étoilé; l'inférieure (section transversale schématique)

est carrée. Des travaux ultérieurs ont modifié la façade. À Baia, il existe encore une église gothique en ruines, construite en 1410, sous le règne

d’Alexandre-le-Bon, pour le culte catholique.

1. D. Onciul, Ænciclopedia român& et communication verbale. 2. Romstorfer, Die Baukunst in der Bukovina.

Pendant cette première époque, les influences catholiques étaient très fortes en Moldavie. Les deux religions se disputaient ce nouveau terrain. Des moines franciscains et dominicains y avaient leurs établissements et il existait un évêché catholique à Siret. Un des sou-

verains mêmes du pays a changé de religion.

Ces faits expliquent suffisamment les influences occidentales,

Les chroniqueurs citent de nombreuses constructions élevées pendant cette période; le monastère de Neamt par Pierrette celui de Bistrita et celui de Moldovita par Alexandre-le-Bon (1400-1432), Saint-Nicolas « in poianä (dans la clairière), Miräuti à Suceava et d’au-

tres.

CRD

Ainsi que nous l’avons exposé, nous ignorons tout de leur construction (et 1l = . REPAS È 1bl ] : 2 LA T2 d

Église de la Trinité à Siret (plan) est possible que plusieurs aient été de

bois), ce qui fait que nous nous trou-

vons devant le type presque achevé de Saint-Jean de Siret, sans avoir les éléments néces-

saires pour suivre l’évolution qui l’a amené.

Pour nous en rendre compte, nous sommes donc réduits aux conjectures, basées sur les documents que nous possédons.

Examinons donc avec plus de détails les courants qui peuvent avoir eu une action déterminante.

Il est inutile de documenter l'influence byzantine; la religion dominante l’explique assez.

L’évêché de Halicz, ?u nord-ouest de la Bucovine, devenu Métropole en 1371,

était sous la dépendance du

Patriarche de Constanti-

nople et en relations avec

Église de la Trinité à Siret (vue)

le nouvel État moldave.

D'un autre côté, la culture religieuse serbe s'était répandue vers la fin du XIV° siècle d’abord dans la petite Valachie où le moine serbe Nicodème avait fondé, sur le désir des

princes de Valachie, deux monastères. Ses disciples continuèrent son œuvre et passèrent sous

le règne du prince Pierre (vers 1300) en Moldavie, où ils fondèrent le premier couvent de Neamt (1).

Puis ils fondèrent Bistrita, sous Alexandre - le- Bon, et probablement Saint - Nicolas

« dans la clairière » sur les bords du Séreth.

La Serbie, à ce moment, après plusieurs siècles de développement politique et de vie intellectuelle — à la veille de sa chute sous les coups des Turcs — était un pays bien plus avancé et plus civilisé que le nouvel État moldave. L'influence de ses moines dût être considérable et 1l serait étonnant que leur apport en matière d’architecture religieuse eût été nul. Et, de fait, on peut se demander si une influence serbe n’existe pas dans le plan des églises moldaves.

En Serbie, à l’époque où s'établit une architecture religieuse réellement nationale, on

Église de Saint-Jean à Siret (plan)

trouve deux types de plan : celui à quatre piliers, dérivé du type classique byzantin en forme de croix, et le type à une seule nef sans piliers. C’est ce dernier que l’on trouve en Moldavie sans exception (comme du reste, presque exclusivement en Valachie).

Nous sommes en droit de voir 1ci une influence directe. En effet, le Mont-Athos ne possède le type sans colonnes ou piliers que pour des constructions tout à fait modestes, Il en est de même dans tous les Balkans, dans toutes les régions, ainsi, d’où pouvaient venir d’autres influences byzantines.

Enfin la caractéristique la plus importante à relever est probablement le plan tréfié, le plan à trois absides, une principale dans le prolongement de l’autel et deux absides latérales sur les côtés du naos, à la place du transept des églises occidentales.

Bien que ce plan soit connu dans tout le domaine de l’art byzantin, on ne peut pas dire qu’il y soit fréquent. Il y a pourtant trois provinces où 1l est la règle à peu près générale. Ce sont le Mont-Athos (avec les Météores), la Serbie et les pays roumains.

Ce plan se prêtait bien aux exigences du service des communautés religieuses ; 1l était naturel que les moines qui avaient pu l’apprécier à la Sainte-Montagne, l’aient introduit dans les contrées où ils étaient appelés à créer de nouvelles fondations et surtout dans celles où aucune tradition locale ne venait les contrecarrer. Il me paraît hors de doute que c’est

du Mont-Athos que ce plan est venu et s'est répandu en Serbie et en Roumanie, On pourrait

1. Jorga, Aistoire de l’Église roumaine (en roumain), I, p. 48.

se demander si, dans ce dernier pays, l'influence a été directe ou si elle a agi par l’intermédiaire de la Serbie.

Notre avis est que c’est cette seconde hypothèse qui est la vraie, et que ce sont bien les moines disciples de Nicodème qui ont importé le plan triconque en Moldavie, ainsi du reste qu’en Valachie (quoique, ici, une influence plus directe de l’Athos ne soit pas absolument exclue).

Peut-être aussi, la tendance à l’élancement des églises moldaves est-elle due, partiellement, au courant serbe? C’est une des caractéristiques relevées par ceux qui ont étudié l’art serbe, que l'allongement et la hauteur relative de ses monuments en comparaison des églises byzantines de la même époque.

LS x x

Il ne faut pas perdre de vue, du reste, que la presque totalité des fondations religieuses — et Jusqu’assez tard, — sont des monastères et que, sauf de rares exceptions, comme c'est le cas pour certaines églises princières, sortes de grandes chapelles de cour (ou églises

métropolitaines) les églises des couvents sont des monuments bien plus importants que les autres.

ro

Il est probable que l’influence des Arméniens a dû se faire sentir pendant cette période de formation de l’architecture moldave. En effet, 1l y a eu, à plusieurs reprises, des immigrations arméniennes en Moldavie et dans les pays limitrophes à la suite des invasions qui ont détruit l’Etat arménien.

Les Arméniens ont installé, dès les premiers temps de la principauté, des colonies florissantes dans plusieurs villes de Moldavie et ils y ont construit des églises. Celles qui existent encore aujourd’hui et dont quelques-unes sont assez anciennes, ne présentent pas de différences de style avec les autres églises moldaves.

D'un autre côté, l'aptitude des Arméniens à bâtir est un fait bien connu. Les monuments qui couvrent encore leur pays sont un témoignage de leur habileté. Leurs architectes étaient réputés dans tout l'Orient byzantin. Il serait surprenant qu’une immigration aussi importante que l’a été l'immigration arménienne n’ait pas amené avec elle des constructeurs. Ces constructeurs arrivant dans un pays où l’art de bâtir était à ses débuts, ont certainement dû contribuer à son progrès.

Cette hypothèse permettrait d’expliquer, peut-être, certaines particularités du style moldave, dont l’origine est restée obscure jusqu’à aujourd’hui.

Nous pensons ici, en première ligne, à ce mode de construction des voûtes du naos que l’on peut voir sur le plan de l’église de Saint-Jean de Siret.

La voûte centrale repose suivant le principe byzantin classique sur quatre arcs en plein cintre qui forment un plan carré, dont les côtés sont parallèles aux axés de l'édifice.

Mais au lieu que la calotte de la voûte soit placée directement sur ces arcs par l’entremise de pendentifs ou de trompes d’angle, ainsi que nous le voyons dans les églises byzantines, elle repose sur un système intermédiaire de quatre autres arcs diagonaux qui transmettent les pressions sur les clefs des quatre grands arcs inférieurs. Le diamètre de la calotte sphérique se trouve ainsi sensiblement réduit (dans la proportion de deux tiers à peu près).

Cette solution élégante — que l’on ne retrouve nulle part, à notre connaissance — fait

ses ALIUITEY

si, \ AN A j À {

AR RTE KE

pl Qi A

Page 1