LES ÉGLISES
Un premier coup d’œ1l montrera que les églises valaques, à peu d’exceptions près, suivent dans leurs grandes lignes les proportions habituelles du style byzantin des Balkans, dispositions où aucune des trois dimensions ne l'emporte de beaucoup sur les autres et où l'harmonie générale de la construction donne une impression plutôt trapue, ainsi que le sont
généralement les constructions du sud-est de l’Europe.
En Moldavie, au contraire, — si l’on considère surtout les constructions de la bonne
Église moldave du xXvI° siècle (Pobrata)
époque, — l'allongement de l’église suivant son axe frappe immédiatement, ainsi que son
élancement, qui la rapproche des édifices occidentaux. L'examen de la façade, de la façon A 3° / s / = = : 3 È
de bâtir, des détails sculptés, augmente encore cette première impression et conduit à la
conclusion — que confirmera ce qui sera exposé dans la suite de cette étude — que ces deux
arts se différencient nettement, l'architecture religieuse valaque étant peut-être plus distante de l’architecture moldave que de celles de la péninsule balkanique.
L’explication de cette différenciation par la plus grande proximité de la Moldavie des régions qui n’appartiennent plus au domaine byzantin est en même temps l’explication du grand intérêt que présente l’art moldave, comme celui, du reste, de tous les confins artistiques où plusieurs civilisations se rencontrent et où leur pénétration réciproque plus ou moins accentuée soulève une série de problèmes des plus intéressants et dont la solution passionne le chercheur.
Dans cet ordre d’idées, la Moldavie est une des régions qui mérite le plus d’être étudiée, parce qu’elle est une de celles où se rencontrent peut-être le plus de courants étrangers. À la grande vague byzantine, déjà modifiée par des apports secondaires, vient se mêler le flot gothique, qui atteint ici, sur le continent, son extrême limite orientale, Par des voies encore non déterminées, et que nous étudierons plus loin, viennent s’y mêler des influences arméniennes, caucasiennes, et puis, plutôt dans les détails, des influences turques, russes et occidentales, qui, dans la période de décadence surtout, arrivent à se surperposer sans s’amalgamer.
L'étude de ces différents courants est encore peu avancée : 1l y a encore beaucoup à travailler dans cette direction; néanmoins il s’est fait, ces dernières années, un premier travail de déblayement qui permet de voir clair et d'indiquer les voies à suivre pour solutionner séparément les questions soulevées.
L'influence du climat — déjà plus riche en neiges et en pluies — a aussi sa part dans la différenciation signalée et explique en partie la plus facile adoption de formes plus nordiques et plus éloignées des types byzantins, conçus et évolués dans des climats plus doux.
Le climat conditionne, en première ligne, les toitures, par la nécessité d’éloigner le plus rapidement possible les eaux et les neiges dans des régions pluvieuses, comme le sont celles du pied des montagnes où s’est développée et a fleuri l'architecture moldave.
Les matériaux d’un choix assez restreint, qu’on avait sous la main, Îles temps troublés, les guerres continuelles qui ne permettaient pas d’entreprendre des ouvrages de longue haleine, les moyens financiers et réduits sont autant de raisons qui font que nous ne trouverons pas en Moldavie ces constructions grandioses qui font la gloire des contrées du sud ou de l'occident.
Les églises étaient forcément petites, rapidement construites, et les circonstances peu favorables à l’éclosion d’écoles constructives ou à l’établissement de grands maîtres étrangers dans des contrées inconnues, qu'ils devaient considérer comme sauvages et dangereuses.
Néanmoins — et il ne faudrait pas que ce qui a été dit plus haut soit mal interprété — c’est bien le byzantin qui est prépondérant et l'architecture moldave, quelles que soient les modifications qu’elle comporte, n’en est qu’une branche.
C’est, en somme, le plan — avec les voûtaisons — qui est l'élément principal de toute architecture et qui conditionne essentiellement tous les autres. Or, en Moldavie — à part de très rares exceptions —, le plan reste byzantin, ainsi qu'il était naturel qu’il le fût, la religion du pays étant la religion grecque orthodoxe, et les exigences du culte, aussi bien
que les habitudes du clergé et la tradition, imposant des dispositions consacrées,
On peut dire que les besoins du culte donnent le programme de la construction, auquel les possibilités constructives doivent s'adapter.
Ce fait de l'influence de la religion sur la persistance du plan byzantin est rendu encore plus évident lorsqu'on remarque que les trop rares vestiges de constructions laïques qui nous sont restés montrent une intrusion bien plus grande des éléments étrangers qui modiñent 1ci les plans et les voûtaisons. Mais, dans l'architecture religieuse, les éléments étrangers, quelle que soit l'importance relative qu’ils prennent, ne seront jamais que des éléments secondaires.
Et, si de l’architecture proprement dite nous passons à son art auxiliaire le plus voisin, à la peinture qui revêt les églises moldaves non seulement à l’intérieur, mais souvent aussi à l'extérieur, nous nous trouvons en domaine absolument byzantin, tant par l’iconographie que par les procédés, et ceci malgré l’apparition par-ci par-là d’influences étran-
gères.
On peut distinguer trois périodes au cours de l’évolution du style moldave :
1° L'époque de formation, qui s’étend de la fondation de la principauté dans le troisième quart du XIV° siècle jusqu’au milieu du XV';
2° La période de floraison, jusque vers le milieu du XVII° siècle et, enfin,
3° La décadence, jusque vers la fin du XVIH° siècle quand les derniers éléments
autochtones cèdent le pas à l’architecture moderne, dérivée surtout de l’art italien (baroque).
De la première époque, il ne nous reste que peu de monuments, non pas qu'il n'y en
Église de bois (Rächitoasa)
ait eu que peu d’élevés, mais parce que presque tous ont disparu. Les chroniques et les inscriptions témoignent, au contraire, de nombreuses fondations qui, au cours des temps, ont été ou radicalement transformées ou reconstruites de fond en comble.
Beaucoup, du reste, de ces églises ont dû être des églises de bois, ainsi qu’on en trouve encore un certain nombre, dont certaines remontent à un ou deux siècles.
Cette rareté, ce manque presque complet de monuments, rend d'autant plus diffi-
cile la solution du problème des origines.
La première église que nous rencontrons est celle de Rädäuti, en Bucovine, qui passe
Église de Rädäuti
pour avoir été bâtie par Bogdan (1), le fon dateur de l’État moldave (1360-1364).
Cette église — exception faite de l’exonarthex ajouté au XVI° siècle, — mesure 25 mètres
de long sur 12 mètres 50 de large et se présente en plan sous la forme d’une nef voûtée et
de deux bas-côtés séparés par des piliers massifs, la nef centrale étant beaucoup plus haute
que les nefs latérales (qui possèdent un second étage aveugle).